L'édito de Pascal Boniface

Le premier panorama sociétal du football français

Édito
29 juin 2011
Le point de vue de Pascal Boniface

La très grande visibilité du football le rend fragile. Il devient une proie accessible pour ceux qui veulent se faire remarquer. Attaquer le football est la garantie d’avoir des retombées médiatiques sans risque de représailles ou de sanctions, les responsables du football n’étant pas vindicatifs et ils n’ayant guère de moyens de rétorsion.

Le football n’est certes pas sans reproche. Il y a des dérives, elles sont reconnues et combattues par ses dirigeants, souvent plus en profondeur que dans d’autres secteurs de la vie sociale. Mais le mépris traditionnel des élites en France pour le sport, la facilité et l’impunité qu’il y a à le mettre en cause, fait que le football subit des critiques excessives et injustes par rapport à la réalité. Ces critiques sont la plupart du temps le fruit de préjugés.

C’est pour remettre les choses en perspective que la Fondation du football, vient de rendre publique le premier panorama sociétal du football français.

Voilà les chiffres, voilà les faits, à partir desquels on pourra réellement juger le football. Avec 1 900 000 licenciés et 5 millions de pratiquants loisirs, c’est bien le sport numéro un. 400 000 bénévoles y consacrent une grande partie de leur temps, bien sûr à leurs frais. Y a-t‘il d’autres activités qui réunissent autant de monde ? Qu’est-ce qui motive les parents pour inscrire leurs enfants au football ? Tout d’abord le plaisir mais surtout la qualité pédagogique des éducateurs et entraîneurs.

60 millions d’euros sont dédiés chaque année à des actions de solidarité, soit 2,5 % du budget cumulé de l’ensemble des clubs. À titre de comparaison, les entreprises françaises consacrent 0,1 % de leur budget au mécénat, soit 25 fois moins en moyenne. Si l’on critique les salaires excessifs des grands joueurs, on ne le fait jamais pour les acteurs ou les chanteurs et pourtant il est vrai que nombreux footballeurs consacrent plus de temps et d’argent à des actions d’intérêt général que ces derniers, et très souvent en le faisant discrètement.
Il y a 1 million de matchs par an dont 98,2% qui se déroulent sans absolument aucun incident. Bien sûr, on parle plus des trains qui déraillent que de ceux qui arrivent à l’heure.

Il y a 18 000 clubs de football en France. Cela correspond à un club sur deux villes ou villages. C’est un maillage territorial absolument unique. De surcroît alors que dans de nombreuses villes, l’habitat, mais également l’école, font l’objet d’une ségrégation sociale, le club de football est l’un des lieux où enfants de toute origine, de toute religion, de tout milieu social se mélangent harmonieusement.
Le football a pris une telle importance dans la société qu’on lui demande de tout résoudre et qu’on l’accuse si des problèmes subsistent. Si le football n’existait pas, notre société n’irait pas mieux, elle irait plus mal. Le football contribue à l’améliorer. Le monde du football ne doit pas culpabiliser de sa réussite et sous-estimer son apport positif à la société. Il doit prendre conscience de ses responsabilités, les assumer franchement et revendiquer d’être mieux pris en considération, mieux faire valoir ses contributions au vouloir vivre ensemble.
Il y a encore de grands progrès à faire puisque seuls 3 % des licenciés de la Fédération sont des femmes.

Il faut également travailler à maintenir ou à développer le lien entre l’élite et la masse.

En tous les cas, lors de la conférence de presse organisée à l’occasion de la publication de ce panorama, le nouveau président de la Fédération Française de Football, Noël le Graët, a pris un engagement très fort en faveur de l’action de la Fondation du football et des valeurs qu’elle véhicule.

Jacques Lambert, qui fut à l’origine de sa création, maintenant en charge de l’organisation de l’Euro 2016, a réaffirmé sa volonté de voir la Fondation être en charge des aspects sociétaux et environnementaux de la compétition.
 


 

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