L'édito de Pascal Boniface

David Cameron mise tout sur l’économie. Les Britanniques vont payer son erreur

Édito
11 mai 2015
Le point de vue de Pascal Boniface

La victoire des conservateurs aux élections législatives britanniques est aussi massive que surprenante. Ils ont une centaine de sièges de plus que les travaillistes alors que tous les instituts de sondage donnaient les deux partis au coude à coude.


Vers une sortie de l'Europe ?


Au final, c’est la situation économique qui a compté. Elle est incontestablement bonne : le taux de chômage n'est que de 5,5 %, la croissance de 2,6 % pour 2014. De quoi faire rêver la plupart des pays européens.


Comment, dès lors, a-t-on pu douter de la victoire de David Cameron ? Il y a un hic : les très fortes inégalités sociales qui se creusent et la peur du déclassement qui hante de nombreux Britanniques. Mais aussi le déclassement international du pays.


Ceux qui, comme l'auteur de ces lignes, souhaitaient la victoire des travaillistes, seuls en mesure de redonner une nouvelle vigueur à leur politique étrangère et la possibilité de rejouer un rôle moteur en partenariat avec les Français, ne peuvent qu'être déçus.


Le maintien au pouvoir de David Cameron risque d'avoir une conséquence majeure : la sortie possible, voire probable, du Royaume-Uni – même si lorsque les indépendantistes du SNP remportent 56 sièges sur 59 en Écosse le terme semble sujet à caution – de l'Union européenne.


David Cameron s'est engagé à soumettre au référendum la question du maintien de son pays au sein de l'UE avant fin 2017. Dans un climat général de fatigue de l'Europe au sein des frontières de l'Union européenne, on peut penser que dans un pays qui n'a jamais eu la fibre européenne le "non" l'emportera.


Une réussite économique, pas géopolitique


Dans sa grande majorité, la presse attise les sentiments anti-européens. Les Britanniques voient dans l'Europe un risque d'immigration massive, une stagnation économique et une perte d'identité nationale. Si le parti anti-européen UKIP a échoué aux élections, c’est en grande partie parce que David Cameron a asséché leur terrain électoral en prenant (et donc en nourrissant) des positions anti-européennes.


Mais, après tout, ne faut-il pas se réjouir de cette clarification ? Puisque Londres a décidé de ne pas jouer son rôle moteur dans la construction européenne, ne vaut-il mieux pas rompre avec un pays qui est un frein ? Et cela ne permettrait-il pas au contraire de donner un nouvel élan à l'Europe ?


Si David Cameron a réussi sur le plan économique, il a largement échoué sur le plan international. C'est sans lui qu'Angela Merkel et François Hollande ont conclu les accords de Minsk avec la Russie et l'Ukraine.


La Chambre des communes a refusé en 2013 de laisser l'armée britannique intervenir en Syrie, le Foreign Office subit des coupes sombres, ainsi que le budget de la défense qui passe en dessous de la barre des 2% du PIB à un tel point que le chef d'état-major de l'armée américaine a émis des commentaires publics négatifs sur l'évolution de l'armée britannique.


L'influence britannique en Europe rétrécit


Vu de Washington, la Grande-Bretagne n'est plus un allié aussi fiable que par le passé. C'est l'Allemagne pour les aspects économiques et la France pour les aspects stratégiques qui sont devenus les partenaires privilégiés.


David Cameron a également rétréci l'influence britannique en Europe. Son influence est réduite et même son pouvoir de nuisance a diminué. Il s'est opposé en vain à la nomination de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne. Le parti conservateur a quitté le groupe politique le plus important, le PPE, et cultive un isolement qui n'est pas splendide.


Les demandes de Cameron de réaménager les positions britanniques au sein de l'Union ont été repoussées. La sortie de l'Union européenne risque de s'avérer beaucoup plus coûteuse pour le Royaume-Uni que pour l'Europe. Mais David Cameron a, par sa promesse de référendum, lancé un processus qu'il ne contrôle plus.


Loin de la politique de Tony Blair


Quelle dégradation de la situation par rapport à celle qui prévalait au début de ce siècle ! Tony Blair qui, faut-il le rappeler, voulait que son pays adopte l'euro, avec sa troisième voie, était un leader incontournable d'une Europe sociale-démocrate avec ses partenaires français, allemands, espagnols et portugais. Il avait une influence supérieure à ces derniers aux États-Unis.


La Grande-Bretagne était à la fois influente en Europe et outre-Atlantique. Elle n’est plus ni l'une ni l'autre. C’est certainement l'une des conséquences de la décision catastrophique d'entrer en guerre aux côtés de Washington contre l'Irak en 2003. C’est a partir de là qu’est venue la rétraction actuelle de la Grande-Bretagne sur la scène internationale, qu'une sortie de l’Union européenne va accélérer.

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