L'édito de Pascal Boniface

Sarkozy, diplomate ou guerrier?

Édito
2 septembre 2011
Le point de vue de Pascal Boniface

Profil bas ? Quand même pas ! Plutôt une approche modeste, à la limite de la « force tranquille » c’est ce qu’a voulu incarner Nicolas Sarkozy lors de son discours devant la 19e Conférence des ambassadeurs qui s'achève aujourd'hui.

On l'accuse de vouloir se mettre constamment en avant. Il n'a pas cessé de rendre hommage aux autres chefs d'État et de gouvernement étrangers avec lesquels il coopère. S'il a montré sa satisfaction, il a évité tout triomphalisme excessif sur la Libye. Sur les affaires diplomatiques également, Nicolas Sarkozy poursuit sa stratégie de « représidentialisation ». Et s'il n'en a pas trop fait, on peut être certain qu'il compte faire de son bilan diplomatique un atout dans la bataille pour sa propre réélection.

Pour bien montrer qu'il ne recherche pas nécessairement le spectaculaire, il a commencé par l'Afrique, déclarant que 2011 restera dans les annales comme l'année de progrès majeur de la démocratie en Afrique. Une vingtaine d'élections se sont succédées de façon satisfaisante dans le continent. Cela lui permet de souligner au passage le rôle joué par la France dans la reconnaissance de l'élection du président Ouattara en Côte d'Ivoire. Développement démocratique mais également développement démographique et économique, Nicolas Sarkozy s’est délibérément rangé dans le camp des « afro optimistes ». Ils pensent que le continent africain prend son envol et que ceci est une chance pour l'Europe.
Évoquant le printemps arabe, il a remarqué que les jeunes ne criaient pas « À bas l’Occident, à bas l’Amérique, à bas Israël ». Ils exigeaient la liberté et la démocratie montrant que les attentes des peuples étaient les mêmes au sud et au nord.

Il a surtout, à propos de la Libye, voulu récuser l'accusation de néo colonialisme. Ce sont les peuples qui font l'histoire, eux seuls peuvent prendre leur destin en main. Le mouvement vers les libertés et la démocratie ne peut être provoqué de l'extérieur. Il prend donc définitivement ses distances avec les théories néo conservatrices qui affirmaient exactement l’inverse.

Il fait un lien entre la Libye et la Côte d'Ivoire montrant que dans les deux cas, la France a eu le mérite d'agir, y compris militairement, mais qu'elle l'a fait à la demande des peuples concernés et avec un mandat international.

Il a également profité de l'affaire libyenne pour montrer qu'elle justifiait sa décision de réintégrer l'OTAN. « Pour la première fois depuis 1949, l'OTAN s'était mise au service d'une coalition emmenée par deux pays européens déterminés : la France et le Royaume-Uni. »
C’est pour le moins tiré par les cheveux. La France a pu coopérer dans le passé avec les autres membres de l’OTAN sans y être totalement réintégrée. Mais Sarkozy sait que le « gaullo-mitterandisme » reste populaire, il doit donc justifier le plein retour dans l’OTAN.

Il a déclaré que l'Europe était en danger de rétrécissement stratégique du fait de la diminution de l'effort de défense et de l'invocation de soft power qui « sert de paravent au renoncement ». Ceci peut interpeller car si la France soit se maintenir une force militaire, à l’ère de la globalisation, le soft power, l’influence est capitale, et la France est loin d’être suffisamment organisée en ce domaine.

Sur l’Afghanistan, il a évoqué les progrès sur le terrain, la montée en puissance des forces afghanes qui leur permettront de prendre en charge la sécurité du pays en 2014. Sans parler des pertes françaises, il dénonce le recours aux actes terroristes par les Afghans, qu'il attribue à leur incapacité à mener des actions militaires normales. L’argument revient à dire que l’augmentation du nombre de soldats tués en Afghanistan s’explique par l’affaiblissement des Talibans. On peut penser tout le contraire.

Selon lui, le printemps arabe rend au contraire encore plus urgent le règlement du conflit du Proche-Orient : « la paix pourra être obtenue d'abord par la création d'un État palestinien, tout autre chose serait une folie. » a-t-il ajouté dans une phrase non contenue dans le texte écrit.
Il souhaite que les 27 pays de l'Union Européenne « s'expriment d'une seule voix et qu'ensemble nous assumons nos responsabilités, la France y travaille. » Certains y ont vu l'annonce d'un vote positif en faveur de la création de l'État palestinien le 20 septembre.

Il a terminé par un long passage sur l'Europe et l'euro, se rangeant dans le camp des euro-optimistes et appelant à la création d'une taxe sur les transactions financières, demandant « pourquoi les transactions financières seraient les seules à n'être pas taxées ? » et se montrant confiant dans le poids des opinions publiques pour soutenir ce projet.

Comme nous l’avons déjà écrit, les questions internationales ne seront pas centrales dans la campagne électorale. Mais elles compteront et Nicolas Sarkozy pense qu’elles joueront à son avantage. Ses concurrents devraient en tenir compte.
 


 

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