L'édito de Pascal Boniface

Après le PSG, le Qatar investit dans les banlieues : est-il une menace pour la France ?

Édito
28 septembre 2012
Le point de vue de Pascal Boniface
Un spectre hante la France : le spectre du Qatar. Et toutes les voix de la peur des arabes se sont unies dans une sainte alliance pour traquer ce spectre.
 
À en croire certains commentaires, nous sommes en train d'être envahis par le Qatar. L'indépendance de la France serait menacée par ce pays d'1,7 millions d'habitants dont 300.000 nationaux. Un "fond banlieue" financé par le Qatar, puis transformé en fond cofinancé à parité par l'État français et le privé, suscite des commentaires alarmistes.
 
À les croire, les 50 millions d'euros que le Qatar veut verser vont mettre en péril l'identité nationale française. Celle-ci ne doit pas est très solide, si elle est menacée par si peu.
Peut-on ramener un peu de rationalité dans ce débat où la simple superposition de "pays arabes du Golfe - islam - banlieue" permet tous les excès ?
 
Le Qatar a investi des milliards d'euros en France depuis plusieurs années. Il achète également des biens d'équipement français pour des sommes équivalentes. Mais les 50 millions de dollars de ce fond suscitent plus de commentaires que les investissements plus massifs dans les grands groupes industriels français, ou l'achat d'Airbus, les contrats BTP etc. De même qu’on parle énormément du Qatar depuis qu'il a acheté pour 40 millions d'euros 70 % du Paris-Saint-Germain il y a un an.
 
Le fond d'investissements dans les banlieues suscite immédiatement l'image d'une horde d'imams allant prêcher le wahhabisme, la haine de l'Occident dans nos banlieues déjà prêtes à exploser. Pourtant, lorsque l'ambassade américaine fait des banlieues sa priorité d'action politique et culturelle, on ne fait pas de telles remarques.
 
Croit-on que le moindre dérapage des actions financées par ce fond d'investissements ne donnera pas lieu à une couverture médiatique sensationnaliste et dénonciatrice ?
 
Ce que l'on peut dire, c'est qu'il est dommage que ces territoires aient été abandonnés par l'État français, que le talent qui y réside ne soit pas mis en valeur. C'est le constat commun qu'ont fait les États-Unis et le Qatar, et ce que reconnaissent aussi les responsables français.
 
Il est amusant de voir que les milliards d'euros investis ne suscitent aucun commentaire alors que les quelques millions d'euros – il est vrai dans un club de football – ou vers les banlieues créent l'hystérie.
 
Lorsque un fonds qatari a acheté le Paris-Saint-Germain, on a vu la ministre des Sports de l'époque, Chantal Jouanno, déplorer que le club de la capitale soit vendu à l'étranger. Seul problème, il appartenait auparavant à un fond d'investissements américain, qui n’y investissait rien d’ailleurs.
 
On a dit que l'équipe féminine ne jouerait pas au Parc des Princes. Elle n'y avait jamais joué auparavant. Depuis, elle a été professionnalisée et son budget a quadruplé. On a dit que la convention avec le Paris Foot Gay (PFG) serait abrogée, le Qatar, comme de nombreux pays arabes, pénalisant l'homosexualité. La convention a été renouvelée. Le Qatar respecte la législation française en France. Les hôtels qu’il possède servent ainsi de l'alcool.
 
Les relations entre la France et le Qatar remontent à l'arrivée de l’actuel Émir au pouvoir, en 1996. En 2000, lorsqu'il veut lancer l'exploitation du gaz liquide, seul Total le suit, les compagnies anglo-saxonnes font défaut. À l'époque, le baril de pétrole est à peine supérieur à 10 dollars. Depuis, les relations politiques, militaires, économiques et stratégiques entre les deux pays se sont développées dans l'intérêt mutuel.
 
Le Qatar poursuit son intérêt national, quoi de plus normal ?
 
Mais la France y trouve également son compte. Entre un pays membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, puissance indépendante, et un petit pays riche mais fragile, qui a besoin d'exister sur la carte par rapport aux appétits croisés saoudiens et iraniens, la France est une contre-assurance utile qui vient s'ajouter à une garantie américaine.
 
Le déchaînement des commentaires effrayés ne sont que le reflet d'une peur irrationnelle des pays arabes et musulmans.
 
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