L'édito de Pascal Boniface

Vers un massacre en Libye

Édito
23 février 2011
Le point de vue de Pascal Boniface

Répression armée et discours fleuve pathétique sont les deux seules réponses que semble apporter Kadhafi à l'immense contestation populaire dont il est l'objet.

Comme en Tunisie et en Égypte, un pouvoir en place depuis trop longtemps, incapable de satisfaire les demandes sociales de la nation et semblant se diriger vers une succession dynastique, est rejeté par le pays. Il existe toutefois une grande différence : si les affrontements ont été limités en Tunisie et en Égypte, ils pourraient être d'une très grande ampleur en Libye.

Le discours prononcé hier par Kadhafi montre qu'il a perdu le sens des réalités, qu’il n'a pas pris – ou refuse de prendre - conscience des bouleversements politiques en cours. Il est mentalement enfermé dans une époque révolue. Ce fut une longue diatribe et un auto plaidoyer qui sont d’un autre âge, avec pour seul point marquant la promesse d’un massacre.

Mais le guide libyen est prêt à jouer son va-tout, quitte à noyer la contestation dans un bain de sang. Il estime que c'est le seul moyen de se maintenir au pouvoir et se déclare prêt à tout pour y parvenir. Il ne semble plus du tout en mesure de reprendre la main politiquement. Une répression, même massive, sera-t-elle suffisante ? C’est loin d'être certain. Tout d’abord, parce que les forces de sécurité ne sont pas unies derrière leur chef contre la population. Il risque donc, non seulement d'y avoir des défections, mais également des combats entre les secteurs sécuritaires favorables à Kadhafi et ceux qui prendront le parti du peuple. De plus, le recours à des mercenaires africains pour protéger le régime va priver Kadhafi d’argument patriotique et accroître l’hostilité de la population à son égard.

Kadhafi pense aujourd’hui qu’il pourra survivre à un nouvel isolement international s’il se maintenait au pouvoir au prix de centaines, voire de milliers de morts. Là aussi, il semble ne pas avoir pris compte de la nouvelle donne internationale. La supposée communauté internationale s’est auparavant très souvent accommodée, après les protestations d'usage et les condamnations formelles du maintien de régimes autoritaires par le recours à la force. Cela sera beaucoup plus difficile après les révolutions pacifiques tunisiennes et égyptiennes. Kadhafi va peut-être provisoirement se maintenir au pouvoir mais il est néanmoins d’ores et déjà condamné et la sentence est proche.

« Celui qui arrive en retard est puni par l'histoire », avait déclaré Gorbatchev à Éric Honecker, le leader est-allemand qui voulait tirer sur les manifestants. Cette maxime pourrait s’appliquer à Kadhafi. Mais Gorbatchev avait empêché Honecker de donner l’ordre de tirer sur les manifestants. Qui empêchera Khadafi de le faire ? On peut désormais craindre le pire pour les Libyens, car si Khadafi sera vraisemblablement puni par l’histoire, ils seront les premières victimes.
 


 

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