L'édito de Pascal Boniface

Rohani élu en Iran : la communauté internationale doit lui tendre la main

Édito
18 juin 2013
Le point de vue de Pascal Boniface
 
L’élection d’Hassan Rohani à la présidence iranienne a soulevé l’enthousiasme des Iraniens et a été bien accueillie dans le reste du monde.
 
Avant les élections, les électeurs iraniens pouvaient craindre le pire : la liste des candidats autorisés à se présenter avait été étroitement contrôlée et ne donnait qu’un choix extrêmement limité d’options.
 
L'Iran en crise

 
Les Iraniens aspirent au changement. Dans un pays où les deux tiers de la population a moins de 35 ans, la rigidité du système est de moins en moins supportée. Les Iraniens sont mécontents du manque de libertés politiques et sociétales. Du fait de la gestion calamiteuse d’Ahmadinejad et des sanctions occidentales la situation économique est mauvaise. L’inflation dépasse 30%, le chômage atteint 12,5% de la population selon le FMI en 2012, la monnaie nationale a perdu 75% de sa valeur sur les 18 derniers mois.
 
Mais si le consommateur et le citoyen iranien ont de nombreux motifs d’insatisfaction, le réflexe patriotique conduit à la prudence. Tout d’abord, le régime arrive toujours à jouer sur l’existence des menaces extérieures pour susciter un réflexe de solidarité à son égard. Les Iraniens aspirent à un changement mais ils se rappellent également de la brutale répression qui avait suivi les élections de 2009.
 
Le régime après avoir été menacé s’était rétabli par la répression. En parallèle, les Iraniens assistent effarés à la guerre civile en Syrie. Ils ne veulent surtout pas que leur pays s’effondre comme le fait leur voisin, pour le plus grand malheur de toute la population.
 
Rohani, la meilleure solution

 
Dans ces circonstances, le choix de Rohani leur semble être le meilleur compromis. Il est acceptable par le guide Ali Khameini tout en étant le plus réformateur et le plus moderne de tous les candidats.
 
Pour toutes les raisons indiquées ci-dessus, les Iraniens n’aspirent pas à une révolution mais un changement profond. Leur expérience historique leur fait conclure que cela ne sera possible que par la voie graduelle.
 
Mis à part en Israël, les capitales étrangères se félicitent également de ce nouveau président. Pour Israël, Ahmadinejad était un personnage repoussoir bien commode. Rohani ne suscite pas la même aversion dans les chancelleries occidentales et les pays arabes, ne commettra pas les mêmes provocations grossières contre Israël, sans pour autant vouloir en aucun cas s’en rapprocher.
 
Par rapport aux pays du Golfe arabe, le nouveau président a envoyé un message d’amitié et de volonté de normaliser les relations qui s’étaient profondément dégradées au cours de la décennie passée. C’est un choix intelligent de la part de Rohani. Les différentes menaces iraniennes sous les présidences d’Ahmadinejad n’avaient réussi qu’à renforcer les liens stratégiques entre les pays arabes et les États-Unis, et à justifier le renforcement du dispositif militaire américain dans le Golfe. Plus l’Iran fera peur aux pays arabes, plus ces derniers demanderont une protection à Washington. Cette politique était une impasse et il est dans l’intérêt bien compris de l’Iran d’y mettre fin.
 
Pour les capitales occidentales, le dossier nucléaire est la priorité. Rohani qui avait gelé provisoirement le programme nucléaire iranien en 2003 n’a pas indiqué qu’il voudrait le faire aujourd’hui. Il semble en tous les cas ouvert à une négociation, disant même dans un discours au lendemain de son élection qu’il pourrait envisager des contacts avec les États-Unis si ces derniers levaient les sanctions.
 
Les cartes sont dans les mains de la communauté internationale

 
En choisissant Rohani les électeurs iraniens ont fait leur travail. Aux capitales occidentales désormais de jouer. S’il leur était, en termes de communication, impossible de refonder leurs relations avec un Iran dirigé par Ahmadinejad, l’accession de Rohani au pouvoir leur donne une fenêtre d’opportunité. À eux de la saisir, à eux de donner cadre large aux négociations avec l’Iran pour qu’elles ne portent pas que sur les demandes occidentales, mais que l’Iran comprenne qu’il a intérêt à rentrer dans ce jeu. Lorsqu’il est arrivé au pouvoir en 2009, Obama avait initié une politique de la main tendue à l’Iran. Le résultat des élections présidentielles de 2009 et la répression qui a suivi avaient empêché cette fois de se réaliser, il y a désormais une seconde chance.
 
Les Occidentaux ne doivent pas se faire d’illusions, Rohani ne rompra pas totalement avec la politique iranienne que l’on connaît, mais il est prêt à rentrer dans une phase plus positive. À eux de permettre le mouvement, en faisant preuve d’ouverture.
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