L'édito de Pascal Boniface

Attaque terroriste en Tunisie: c’est la réussite démocratique du pays qui était visée

Édito
19 mars 2015
Le point de vue de Pascal Boniface

Avec les attentats du musée du Bardo, la Tunisie a été attaquée sauvagement et profondément meurtrie.


La Tunisie est un espoir pour le monde arabe


Ce pays a su résoudre les problèmes politiques postérieurs à la révolution, par des moyens politiques, où les acteurs principaux ont été assez intelligents et assez conscients de leurs devoirs par rapport à leur pays pour ne pas surenchérir sur leurs oppositions et accepter des compromis.


Bref, ce pays est un modèle d’évolution démocratique, un pôle d’espoir pour l’ensemble du monde arabe. C’est cette réussite que les terroristes ne supportent pas et qu’ils ont voulu attaquer.


On peut penser que la société civile tunisienne est assez mature, solide, clairvoyante pour ne pas céder aux vents mauvais et apporter une réponse d’unité à ces attentats. C’est la réussite démocratique de la Tunisie qui était attaquée, c’est l’enracinement de la démocratie qui doit être la meilleure réponse.


Le pays risque d'être de nouveau déserté


En attaquant l’un des plus beaux musées au monde, les terroristes ont voulu faire fuir les touristes avec pour objectif d’empêcher la reprise économique en Tunisie, d’aggraver le chômage, afin de rendre la démocratie responsable de la mauvaise situation.


Alors qu’après les bouleversements politiques post-2011, le tourisme avait chuté en Tunisie, de façon d’ailleurs irrationnelle : que risquait-on, à Djerba, Tozeur ou Hammamet, quelles que soient les batailles politiques à Tunis ? Les tours opérateurs, au lieu de communiquer sur le fait que les débats politiques les plus vifs n’avaient pas d’incidences sur la sécurité des touristes, ont préféré faire pression pour obtenir des prix meilleurs des opérateurs tunisiens.


Le tourisme commençait à repartir à la hausse pour retrouver les chiffres d’avant 2011. On voit bien que le risque est que, par peur des attentats, la Tunisie soit de nouveau désertée. Cela serait irrationnel et lourd de conséquences pour l’avenir du pays.


Irrationnel dans la mesure où s’il y a eu des attentats en Tunisie, il y en a malheureusement dans d’autres pays. Nul n’est venu dire que la France ou le Danemark devenaient des pays qu’on ne pouvait plus visiter suite aux attentats de janvier.


Un environnement dégradé, mais un pays paisible


Après les attentats de New York, Madrid et Londres, qui ont fait beaucoup plus de victimes, personne n’a dit que ces destinations devenaient dangereuses et qu’il fallait les éviter. Il y a un risque en Tunisie comme, en fait, dans tous les autres pays.


Le terrorisme mondialisé laisse assez peu d’oasis. Le risque existe, il faut en être conscient. Les Tunisiens prendront des mesures supplémentaires de protection. Il ne doit cependant pas être surdimensionné.


La consolidation de la démocratie passe aussi par le fait de sauver la saison touristique. Les tours opérateurs doivent avoir un comportement responsable. Mais les médias également et ne pas contribuer à diffuser un climat d’affolement.


Il faut regarder les choses de façon rationnelle, ne pas nier la menace terroriste, mais ne pas être obsédé par elle au point de ne plus vivre normalement.


La Tunisie a été cruellement frappée, elle n’est pas à feu et à sang. Malgré un environnement stratégique dégradé, elle reste un pays paisible. Et toujours magnifique et accueillant.


La solidarité avec la Tunisie doit être politique, économique et aussi touristique.

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