L'édito de Pascal Boniface

Prix Nobel de la paix : tant mieux pour l’OIAC, mais la guerre civile se poursuit en Syrie

Édito
14 octobre 2013
Le point de vue de Pascal Boniface
L’attribution du prix Nobel de la paix à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques provoque des sentiments mitigés.

Certes, la reconnaissance du travail d’une organisation internationale de désarmement est toujours positive. C’est un hommage appuyé à la sécurité collective, à la paix et au multilatéralisme. Ceci au moment où l’on apprend que les États-Unis et le néoconservateur John Bolton avaient organisé en 2002 le départ du premier directeur de cette organisation, le Brésilien José Bustani (actuellement ambassadeur du Brésil à Paris), jugé trop indocile. Il faisait obstacle, par le sérieux de son travail, à leur plan de guerre contre l’Irak au nom de la lutte contre les armes de destruction massive.

Au-delà de cette satisfaction de principe, il y a néanmoins quelques regrets par rapport au choix pour cette année du comité Nobel.

Donner l'impression que la paix progresse en Syrie

 
Le premier tient à la Syrie. Certes le fait que Bachar al-Assad se soit, sous pression internationale, engagé à détruire son stock d’armes chimiques est une chose positive. On peut espérer que la population syrienne ne sera plus victime de ces armes inhumaines.

Mais le ouf de soulagement qui a été poussé après qu’un accord ait été trouvé sur ce point ne doit pas masquer le fait que la guerre civile se poursuit en Syrie et que le nombre de morts, majoritairement parmi la population civile, continue d’augmenter à une vitesse incontrôlable. L’attribution du prix Nobel semble venir envoyer le message que la paix progresse en Syrie, ce qui n’est absolument pas le cas. L’horreur y est toujours quotidienne.
 
Certains vont regretter que la jeune Pakistanaise Malala Yousafzai n’ait pas été récompensée. Elle symbolise le combat des femmes contre les Talibans et la lutte pour faire avancer le droit à l’éducation, mais elle venait d’obtenir le prix Sakharov, qui faisait suite à de nombreuses récompenses déjà obtenues. Par ailleurs, sa promotion par le biais de la grande agence de communication britannique Edelman (qui compte parmi ses clients Starbucks, Microsoft, Pepsi, Blackberry, etc.) suscitait quelques réticences. 

Levier pour populariser une cause
 

On peut déplorer davantage que le docteur Denis Mukwege, qui lutte pour aider les femmes victimes de viol en République démocratique du Congo, n’ait pas été choisi. Ce gynécologue congolais surnommé "l’homme qui répare les femmes" a depuis près de 15 ans soigné 40.000 femmes victimes de viols ou de violences sexuelles dans l’est du Congo. Déjà présenté l’an dernier, il a échappé de peu à une tentative d’assassinat en octobre 2012.

Cela aurait mis en lumière le conflit sanglant et interminable qui met a feu et a sang la RDC, une guerre civile alimentée de l'étranger pour accaparer les richesses du pays. Cela aurait constitué une dénonciation utile du viol comme arme de guerre.
 
En 2009, le comité Nobel avait choisi Barack Obama de façon très prématurée. L’an dernier, il avait choisi l’Union européenne plus pour l’ensemble de son œuvre que pour son actualité récente. En d’autres circonstances, le comité Nobel a été plus avisé : ce prix doit servir de levier pour populariser une cause et la faire progresser.
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