L'édito de Pascal Boniface

À propos du « Journal de guerre » de Gilles-William Goldnadel

Édito
18 mars 2024
Le point de vue de Pascal Boniface
Gilles-William Goldnadel a publié en janvier 2024 son Journal de guerre avec comme sous-titre « C’est l’Occident qu’on assassine » chez Fayard.

Ce n’est pas un essai. C’est un journal au premier sens du terme. L’auteur nous livre jour après jour ses impressions à partir du 7 octobre et des attentats du Hamas. On sait ce qu’il pense, ce qu’il mange et quels sont ses états d’âme. Il y ajoute des articles qu’il a publiés au cours de cette période. Donc un livre écrit à la va-vite, mais qui s’est placé immédiatement en tête des ventes et est devenu un best-seller.

Gilles-William Goldnadel reprend ses thèmes de prédilection, amplifiés par l’horreur des attentats : les dangers qui pèsent sur la communauté juive française, sur Israël, les dangers de l’immigration massive et islamique… Il dit craindre autant pour sa famille vivant à Sarcelles que pour celle vivant en Israël. Et pour lui, l’heure est à la résistance non seulement en Israël, mais aussi ici, car : « nous sommes en guerre ».

Les peurs de Gilles-William Goldnadel sont à sens unique. Il ne faut pas attendre un mot de compassion pour les Palestiniens. Et s’il reprend, sans problème, les fake news concernant les bébés décapités, ou le bébé qui aurait été mis dans un four ou encore de femmes enceintes éventrées, il ne s’attarde pas sur les femmes et enfants palestiniens tués par les bombardements israéliens, sauf pour écrire le fait que les Palestiniens dansent de joie après chaque attentat terroriste, que les foules de Gaza dansaient de joie, après le grand pogrom (du 7 octobre), « ce qui ne m’empêche pas, moi, de pleurer, la mort d’un enfant de Palestine ». Des larmes qui semblent avoir séché assez vite. Il évoque également les enfants palestiniens tués « par mégarde ». Pourtant, les bombes ne sont pas lancées par « mégarde » sur les civils palestiniens.

Il estime qu’un juif est plus chez lui en Judée qu’un algérien clandestin à Saint-Denis. Pour lui, tous les membres de l’UNRWA à Gaza sont membres du Hamas. L’ONU et son secrétaire général Guterres sont une officine et un employé acquis aux pays islamistes.

Il admet qu’il se fout de l’antisémitisme « des papas ». Il combat celui d’origine islamiste aujourd’hui.

Il attaque beaucoup France Inter, accusé d’être complice objective du Hamas, mais rend hommage à Sofia Aram qu’il qualifie d’excellent et à laquelle il reconnaît une hauteur de vues.

Gilles-William Goldnadel se comporte comme un avocat, en l’occurrence celui d’Israël. Il ne s’embarrasse pas sur la véracité ou non des arguments qu’il emploie pour défendre son client.

En 2010, j’ai publié un livre de débat avec Gilles-William Goldnadel. J’avais été contacté par David Reinharc qui montait sa maison d’édition et qui voulait faire un livre de confrontation d’idées.

Je venais d’en publier un avec Élisabeth Schemla. À l’époque, Gilles-William Goldnadel était considéré comme un extrémiste et j’avoue avoir un peu hésité.

Il s’est avéré être un partenaire/adversaire réglo, agréable dans le contact. Et par ailleurs appréciant le Football et Léo Ferré. Il n’y a jamais eu de tentative de coup bas de sa part, contrairement à l’exercice précédent.

Nous avons débattu vivement de tous les sujets, et je pense que fondamentalement ni lui ni moi n’avons guère changé depuis. C’est le paysage médiatique qui a totalement évolué.

Il était à l’époque aux marges de l’extrême droite dans le paysage médiatique.

Gilles-William Goldnadel en est devenu aujourd’hui un élément central, tant dans le monde de l’édition, que dans le monde des médias et sur les réseaux sociaux – il réunit 320 000 abonnés sur X (ex-Twitter).

Il n’a pas changé et affirme ses convictions avec la même brutalité qu’il y a 15 ans. Au moins, il n’est pas hypocrite comme certains qui se réclament de la gauche pour accuser d’antisémitisme ceux qui critiquent le gouvernement d’extrême droite au pouvoir en Israël. Mais, alors qu’il était considéré comme sulfureux, il tient désormais le haut du pavé.

Le succès de Goldnadel témoigne de la montée en puissance dans le paysage éditorial et médiatique des idées néoconservatrices, et de la défense inconditionnelle d’Israël, bien au-delà des cercles communautaires. Un auteur qui aurait écrit un journal de bord avec une perspective palestinienne n’aurait pas été publié chez Fayard et n’aurait pas eu les éloges du Figaro ou de CNEWS, sans parler des autres médias…Goldnadel est resté le même. C’est le centre de gravité médiatique qui s’est déplacé.
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