L'édito de Pascal Boniface

Une grève du football professionnel ? Ce serait la mauvaise réponse à un vrai problème

Édito
23 octobre 2013
Le point de vue de Pascal Boniface
Les clubs professionnels de football menacent de faire grève du championnat de Ligue 1 pour protester contre la taxe à 75 % des salaires dépassant un million d’euros. Leur colère contre une taxe mal ficelée dans sa version actuelle est compréhensible. Mais la riposte envisagée sera incomprise par l’opinion et ne fera pas reculer le gouvernement. Elle sera présentée comme la volonté de privilégiés de rester à l’écart de l’effort collectif.

Dans sa version initiale, la taxe portait sur les revenus et n’était donc payée que par ceux qui les percevaient. Le Conseil constitutionnel l’ayant censurée, le gouvernement est revenu avec une nouvelle mouture où celui qui doit payer est désormais l’employeur, dans le cas du football, le club 

Les clubs professionnels qui déclarent avoir déjà payé 255 millions d’euros de charges sociales sur les salaires et 89 millions d'euros en impôts et taxes l’an dernier, qui déclarent verser annuellement 120 millions d’euros au sport amateur, et qui ont déjà vu la suppression du droit à l’image collective, estiment qu’ils sont soumis à une trop rude épreuve. Ils n’ont pas tort.

Cette taxe est injuste. Elle va porter sur des contrats à durée déterminée déjà signés, elle a donc un effet rétroactif.

Elle va déséquilibrer le budget des clubs. Si le PSG et Monaco n’auront pas de problème, elle mettra en danger Lille, Saint-Étienne, Bordeaux ou Lyon. Elle concerne principalement dans le domaine sportif les footballeurs, tennismen, pilotes automobile, golfeurs ne payant pas leurs impôts en France. Une fois encore on taxe ce qui n’est pas délocalisable.

Enfin, elle exonère tous ceux qui sont payés en honoraires et non pas en salaires : chanteurs, artistes, chirurgiens, avocats y échapperont.

La grève est une mauvaise réponse. Elle ne risque pas de faire reculer le gouvernement qui aura à cœur de faire preuve de fermeté. La suppression d’une journée de football fera débat mais ne modifiera pas le rapport de force et ne créera pas de dysfonctionnement. Elle sera spectaculaire mais inefficace. Les footballeurs sont considérés comme trop payés.

Les déclarations du jeune Florian Thauvin faisant la grève de l’entraînement et se déclarant "smicard du football" alors qu’il avait un revenu de 45.000 euros par mois n’ont certainement pas arrangé cette perception.

Mais ces excès regrettables ne doivent pas justifier le football bashing qui est devenu l’un des sports les plus fréquentés dans les milieux politiques et médiatiques. Patrice Evra, attaqué par les journalistes, se voit fustiger car ayant voulu exercer son droit de réponse.

Qu’auraient dit les médias et politiques, si comme lors des J.O de Londres, les footballeurs s’étaient lancés dans un affrontement physique après la défaite, comme les basketteurs contre l’équipe d’Espagne ou avaient démoli un studio de télévision comme les handballeurs après leur médaille d’or ?
 

La très grande visibilité du football est à la fois sa force et son talon d’Achille. Les milieux du football ont longtemps jugé inutile d’organiser la riposte médiatique en réactions aux attaques souvent injustifiées. S’il faut organiser cette riposte, encore faut-il bien l’évaluer et tenir compte des rapports de force avant de vouloir les modifier.

Il serait plus avisé pour les clubs professionnels de mobiliser les parlementaires pour saisir le Conseil constitutionnel. Il n’est pas certain que cette seconde version de la taxe passe. À la fois rétroactive et ne portant que sur les salaires sans porter sur les revenus son fondement juridique est loin d’être inattaquable.

Si le monde du football n’est pas exempt de comportements critiquables, il faut quand-même réaliser que la paresse intellectuelle et les comportements moutonniers conduisent à le critiquer en bloc, sans faire la part des choses.

Au monde du football de savoir livrer la bataille de l’opinion, la grève n’aidera pas à la gagner.
Tous les éditos