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Note de lecture

Le mur de Berlin. 1961-1989

Sébastien Nadot, Docteur de l’EHESS, Centre de recherches historiques

Frederick Taylor Londres, Bloomsbury, 2006, Paris, réédition et traduction J.C. Lattès, 2009

Après un historique de Berlin depuis le Moyen Âge qui montre une ville habituée des situations politiques agitées, Frederick Taylor évoque la conférence de Potsdam (juillet-août 1945). Organisée par les puissances alliées (États-Unis, Russie et Angleterre), elle aboutit à la division de l’Allemagne vaincue en quatre zones d’occupation et à celle de Berlin en autant de secteurs : américain, anglais, français et russe.


couv-2009-11-008.jpgTrès vite, les relations entre les puissances occidentales et l’ancien allié russe se détériorent. Dans ce contexte, le ministre américain des Affaires étrangères George C. Marshall annonce en juin 1947 un plan de redressement de l’Europe (Plan Marshall). Cette mesure de relance économique est aussi un coup de pouce psychologique que le camp soviétique voit d’un mauvais œil. La Guerre Froide est déjà une réalité...


Elle s’intensifie en mars-avril 1948 lorsque les discussions inter-alliées concernant l’administration de l’Allemagne occupée échouent. Pour contrer le changement de monnaie des trois secteurs occidentaux, l’URSS décide le blocus de Berlin le 24 juin 1948. En réponse, un pont aérien pour ravitailler la ville est alors mis en place. Cette délicate situation dure ainsi jusqu’au 12 mai 1949. Hors Berlin, la frontière est fermée en mai 1952. Pour fuir l’Allemagne de l’Est d’Ulbricht sans crainte d’être arrêté, la seule solution consiste à se rendre à Berlin pour prendre l’avion vers l’Ouest. Conscient de cette possibilité de fuite, Ulbricht cherche à contrôler tous les passages vers Berlin Ouest. Mais, la mort de Staline en mars 1953 (sans l’appui duquel les dirigeants est-allemands ne prennent pas de décision) remet à plus tard la fermeture de la frontière de Berlin.


Dans la foulée des grèves en Tchécoslovaquie, les ouvriers est-allemands initient alors un large mouvement de manifestations. À Dresde, Halle, Leipzig, Magdebourg et Berlin, un total de plus de 500 000 personnes défilent dans les rues le 17 juin 1953. L’armée russe entre alors en scène avec ses troupes et ses chars pour imposer la loi martiale.


« Chouchou » de la gauche internationale, le dramaturge Bertold Brecht qui résidait à Berlin pendant ces incidents ironisera, quelques années plus tard, en écrivant que face au fossé qui sépare le peuple de ses dirigeants, le plus simple pour le gouvernement aurait été « de dissoudre le peuple et d’en élire un autre »...


Après le soulèvement de 1953 et le choc provoqué par les révoltes polonaises et hongroises de 1956, la sécurité devient un aspect essentiel de la politique d’Ulbricht, qui cherche plus que jamais à résoudre le problème des fuites toujours plus nombreuses vers l’ouest.


Le 20 janvier 1961, J. F. Kennedy est intronisé 35e président des États-Unis. Le fiasco de la Baie des Cochons en avril 1961 (tentative des Américains pour renverser le régime de Fidel Castro à Cuba), les exploits technologiques de l’URSS incarnés par le vol dans l’espace de Youri Gagarine et la possession de l’arme nucléaire mettent les Russes en position de force.


Lorsque Ulbricht finit par convaincre Moscou de la nécessité d’ériger une frontière imperméable à Berlin, l’Occident ne peut guère plus que s’indigner devant la clôture de barbelés dressée en plein cœur de Berlin dans la nuit du 12 au 13 août 1961.


Le Mur de Berlin devient un symbole médiatique de premier plan du conflit politique Est-Ouest de l’après-guerre. Les provocations et coups de bluff entre les deux camps sont quotidiens et la menace nucléaire paraît même imminente. Cette peur dure jusqu’au jour où les premières brèches du Mur s’ouvre, dans la nuit du 9 novembre 1989. Le rôle du peuple est-allemand est essentiel dans sa propre libération. Mais peut-être faut-il préciser que les dirigeants communistes est-allemands des années 1980 n’étaient pas prêts à sacrifier leur population pour se maintenir au pouvoir, contrairement à « l’exemple chinois ».


Sans oublier d’évoquer toutes ces vies perdues, marquées ou écorchées par la faute du Mur, Frederick Taylor esquisse un excellent tableau de la Guerre Froide et de ses mécanismes en Europe de 1945 à 1989.


La grande histoire n’oublie pas l’individu dans cet ouvrage remarquable de clarté et de recul sur un conflit pourtant récent. Les difficultés de l’Europe à se construire et l’évolution actuelle de l’Allemagne réunifiée ne peuvent se comprendre sans un regard réflexif sur ce passé.
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