ANALYSES

Quel bilan pour la Côte d’Ivoire avant les élections présidentielles ?

Interview
10 septembre 2015
Le point de vue de Samuel Nguembock
Alassane Ouattara, le président ivoirien sortant, est le grand favori à l’élection présidentielle du 25 octobre prochain. Quel bilan politique dresser de son premier mandat ?
Son bilan est relativement positif grâce aux réformes qu’il a pu entamer depuis son élection à la magistrature suprême, il a engagé un vaste processus de dialogue et de réconciliation qui a connu parfois des échecs mais aussi des succès tout à fait mérités. A propos de ces échecs, il faut relever que la plupart des victimes de la guerre post-électorale en 2010-2011 n’ont pas toujours eu accès à la justice, ce qui est regrettable. L’indemnisation des victimes initialement prévue a connu des avancées en termes de financement. 10 milliards de francs CFA avaient été accordés, une somme qui reste relativement très faible au regard des conséquences dramatiques qui ont été infligées à ces victimes.
Sur le plan de l’ouverture politique, on peut observer qu’au cours de son premier mandat le président Ouattara a entamé toute une série de réformes notamment sur le statut et la participation de l’opposition aux médias publics mais aussi le financement des partis politiques. Ce sont là des signes d’ouverture qu’on peut mettre au crédit d’Alassane Ouattara. L’environnement politique au niveau national reste relativement ouvert, les partis politiques sont libres de s’exprimer, aucune répression n’est administrée à aucun parti et membre de l’opposition. Il y a cette liberté de parole que l’on peut observer en Côte d’Ivoire sous le mandat du président sortant.
C’est un bilan positif malgré quelques retards ou quelques dysfonctionnements observés dans la mise en œuvre des réformes entamées et l’opposition n’a pas manqué l’occasion de formuler des critiques envers les défauts de l’administration politique du gouvernement.

Peut-on espérer que ces élections présidentielles se déroulent dans de bonnes conditions démocratiques et sécuritaires ? La candidature d’Alassane Ouattara peut-elle encore être remise en cause comme lors de la précédente élection ?
Il faut souligner que la stabilité – bien que relative – observable en Côte d’Ivoire permettra d’organiser certainement des élections dans un climat apaisé grâce à l’établissement des forces de sécurité. Même s’il y a quelques insuffisances au niveau de la professionnalisation de l’armée, on observe tout de même que des réformes ont été engagées dans le secteur de la sécurité, soutenues par l’opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Une instance de coordination stratégique a été mise en place : le Conseil national de la sécurité (CNS) agit sous la tutelle directe de la présidence de la république. Des formations ont été réalisées pour rendre les forces de sécurité plus républicaines. Sous cet angle, on peut être optimiste et penser que l’élection présidentielle d’octobre 2015 peut se dérouler sans heurts si ces forces de sécurité assurent la stabilité au niveau national. Il y a tout de même des poches d’insécurité aux frontières qui se caractérisent par le trafic d’armes légères qui circulent dans les localités frontalières, ce qui peut, peut-être, nuire au déroulement pacifique du scrutin dans ces régions. Globalement, sur le plan sécuritaire, une relative stabilité permettra certainement d’accompagner le vote dans le calme et la paix.
Concernant la candidature d’Alassane Ouattara, il faut observer que la configuration et l’environnement politique en place en 2010 ne sont plus les mêmes en 2015. Entre temps, le président Ouattara a pris ses fonctions à la présidence de la république, son bilan sur le plan économique est globalement positif, sa légitimité s’est incarnée sur l’ensemble du territoire comme le chef des armées, et les Ivoiriens savent qu’il est le président sortant et candidat légitime à sa propre succession. Il semblerait qu’il n’y ait aucune matière à contestation sur la légalité de sa candidature à l’élection présidentielle et de son hypothétique victoire.

Pendant longtemps, la Côte d’Ivoire était reconnue comme un des Etats africains francophones les plus stables en termes économiques. Qu’en est-il aujourd’hui après la crise de 2010 ?
On observe après 2010 que le bilan est positif sur le plan économique, qui s’explique par la politique de rattrapage économique directement liée aux efforts de reconstruction qui ont contribué à renforcer le processus de stabilisation de la Côte d’Ivoire. Il y a des acquis incontestables contribuant à la croissance économique du pays. Par ailleurs, des initiatives ont été prises et sont attribuables au président Ouattara en ce qui concerne le développement des infrastructures. En visitant Abidjan aujourd’hui, on peut observer une floraison d’édifices, d’infrastructures publiques de bases (routes, ponts, etc.), des infrastructures sociales de base comme les points d’abduction d’eau sur l’ensemble du territoire, etc.
Au niveau du chômage, si les indicateurs macro-économiques sont positifs (la Côte d’Ivoire est devenue le premier Etat transformateur de cacao, dépassant les Pays-Bas), ils n’ont pas un impact décisif sur le bien-être des populations qui ne ressentent pas tout de suite les effets induits par la croissance économique.
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