La santé mondiale, nouvelle arme de la politique étrangère américaine

  • Fatou Élise Ba

    Fatou Élise Ba

    Chercheuse à l’IRIS, responsable du Programme Sécurité humaine

La coopération sanitaire internationale n’a jamais dissocié, dans sa pratique et son financement, l’impératif humanitaire des considérations géopolitiques qui le sous-tendent. L’aide en santé oscille, d’autant plus aujourd’hui, entre solidarité affichée et intérêt stratégique des États. À travers le financement de la lutte contre les grandes pandémies (VIH/SIDA, paludisme, tuberculose), il s’agit également de protéger ses propres frontières épidémiques, consolider des alliances diplomatiques et d’imposer des normes. Ainsi, la tension entre solidarité internationale et intérêt national est constitutive de l’histoire de la coopération sanitaire mondiale, sans qu’aucun acteur n’ait jamais pleinement résolu cette contradiction. Ce qui change avec l’America First Global Health Strategy (AfGHS), publiée en septembre 2025, c’est la rhétorique souverainiste qui s’est radicalement accentuée. Une des plus grandes puissances assume sans détour que son aide sanitaire est un instrument stratégique. Les mots « intérêt national », « accord bilatéral » et « America First » ne sont plus dissimulés derrière un vocabulaire humanitariste, ils structurent le document lui-même.

Cette note propose une lecture critique de l’America First Global Health Strategy. Elle a pour vocation d’en décrypter les mécanismes ainsi que les enjeux géopolitiques, sanitaires et idéologiques. Elle esquisse les perspectives ouvertes, plus spécifiquement sur le continent africain, face à cette recomposition de l’ordre sanitaire mondial.