ANALYSES

Vente massive de F-35 américains au Japon : doit-on craindre pour l’équilibre régional ?

Tribune
21 juillet 2020


Le Département d’État américain a donné son accord à la mi-juillet pour l’achat, par le Japon, de 105 F-35 Lighting II Joint Strike Fighters, l’avion de combat américain furtif de cinquième génération, et de l’équipement associé, selon une notification au Congrès.

Le Japon avait déjà commandé 42 F-35A et, le gouvernement nippon avait approuvé en décembre 2018 une augmentation de la commande à 147 avions, qui comprendrait également 42 F-35B à décollage court et atterrissage vertical (STOVL). L’ensemble approuvé comprend 63 F-35A, 42 F-35B et 110 moteurs Pratt et Whitney F135, ainsi que divers équipements.

Le coût total estimé de cette opération est de 23,11 milliards de dollars, bien que cela dépende encore des négociations contractuelles entre le Japon et Lockheed Martin, le constructeur de l’avion. Si le programme se poursuit, le Japon rejoindra le Royaume-Uni, l’Italie et Singapour en tant que clients internationaux pour la variante B, en attendant l’approbation du Congrès américain. Cet accord ferait du Japon le plus gros client international du F-35.

C’est aussi la plus grande vente militaire jamais approuvée par les États-Unis après les 29 milliards de ventes d’armes débloqués en 2010 pour l’Arabie saoudite.

Bien que les F-35B japonais doivent opérer à partir des deux destroyers porte-hélicoptères DDH de classe Izumo, le Japon n’a pas encore officiellement déclaré si la Force d’autodéfense aérienne japonaise ou la Force d’autodéfense maritime japonaise exploiteront ces avions. Ces navires-porte-hélicoptères sont considérés comme de petits porte-avions. Ils mesurent tout de même 248 mètres de long et déplacent plus de 20 000 tonnes.

Le ministère japonais de la Défense a cependant minimisé les futures opérations des F-35 des JS Izumo (DDH-183) et JS Kaga (DDH-184) en disant que les F-35 seraient déployés sur les navires si nécessaire, en raison des implications politiques de telles manœuvres qui constituent un sujet sensible, tant sur le plan intérieur – si une telle capacité acquise avec l’installation de F-35 les poussait au-delà des limites constitutionnelles du Japon, qui interdisent la possession de capacités offensives – qu’au plan extérieur : les voisins, Chine et Corée, y voient un retour du militarisme agressif nippon. L’effet peut être très déstabilisateur.

Le fonctionnement des F-35B serait également une première depuis la Seconde Guerre mondiale où le Japon exploiterait des avions de chasse sur sa marine de guerre. De tristes et tragiques souvenirs pour beaucoup. Kaga est d’ailleurs l’homonyme d’un important porte-avions de la Seconde Guerre mondiale.

Cependant, des officiers supérieurs de la marine à la retraite ont été cités dans la presse japonaise comme ayant déclaré que la menace posée par les capacités militaires croissantes de la Chine, ayant conduit à une augmentation des incursions dans les eaux japonaises, notamment les très disputées îles Senkaku/Diaoyu à 300 kilomètres au sud-ouest d’Okinama environ, nécessite la mise en place d’avions de défense aérienne.

Compte tenu des limites de la classe Izumo, il y a eu des appels en faveur du développement d’une nouvelle classe de navires intérieurs, bien que le Japon doive clarifier au plan national et international que ces navires resteront purement défensifs.

L’Izumo subit actuellement la phase initiale des travaux de conversion pour lui permettre d’exploiter des F-35 et reviendra en service prochainement. Les travaux de conversion finaux seront effectués au cours de l’exercice fiscal 2025, tandis que le Kaga sera entièrement modifié au cours de l’exercice 2022, bien que les plans actuels prévoient que le Japon ne reçoit ses F-35B qu’à partir de 2024. Les responsables américains ont confirmé à USNI News que les F-35 de l’US Marine pourraient être les premiers à opérer à partir des plates-formes japonaises.

Parallèlement à l’achat de F-35, le Japon encourage également le développement d’un avion de combat indigène pour remplacer sa flotte d’avion de combat F-2.

L’achat japonais marque donc une nouvelle étape dans la course aux armements régionale, puisque la Chine poursuit son programme de porte-avions et l’acquisition d’avions furtifs. Les F-35 américains ne vont certainement pas calmer les ardeurs chinoises. Pour la diplomatie américaine, cette vente « renforcera la sécurité d’un allié majeur » dans la région Asie-Pacifique. On peut s’interroger.

Il serait temps que les deux pays se mettent à la table des négociations et que l’allié américain joue un rôle modérateur et n’attise pas, une fois de plus, les tensions par des ventes d’armes massives. La paix dans le monde dépend beaucoup de l’équilibre en Asie de l’Est.
Sur la même thématique
Le duel États-Unis/Chine