Ukraine : Poutine privilégie l’option militaire 

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Les envoyés spéciaux du président des États-Unis Donald Trump, Jared Kushner et Steve Witkoff ont annoncé que des progrès significatifs avaient été réalisés au cours de leur déplacement en Europe, qui les a d’abord menés à Moscou, puis à Kiev. S’ils sont déjà venus plus de huit fois dans la capitale russe, c’était la première fois qu’ils se rendaient en Ukraine.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a profité de leur visite pour leur montrer les dégâts des frappes russes sur son pays et plaider pour recevoir de nouveaux missiles de défense Patriot, afin de limiter les morts civils et les pertes sur les infrastructures.

Le problème est que les États-Unis ont utilisé une grande partie de leurs propres réserves de munitions dans le cadre de la guerre contre l’Iran. Ils ont certes promis d’octroyer à l’Ukraine une licence qui permettrait au pays de construire lui-même les missiles intercepteurs, mais cela ne pourra pas produire d’effets concrets avant plusieurs années.

L’Ukraine se retrouve donc dans une position de grande fragilité face à la multiplication des attaques russes qui endommage fortement son potentiel industriel et son système énergétique. Cette situation laisse les Ukrainiens démunis face au froid de l’hiver qui rend le quotidien presque invivable.

La situation est également grave sur le plan démographique : il n’y a déjà plus que 23 millions de personnes qui résident en Ukraine aujourd’hui contre 50 millions lors de l’indépendance du pays en 1991.

De son côté, le président russe Vladimir Poutine, malgré sa courtoisie envers les États-Unis, n’a absolument rien cédé. Il estime que le rapport de force est tel que s’il n’obtient pas ce qu’il souhaite par la négociation, il fera usage de la force militaire, quel qu’en soit le prix.

Il maintient ainsi ses exigences, en particulier que l’armée ukrainienne se retire de la partie du Donbass où elle est encore présente (soit un quart de ce territoire).  Cela est jugé tout à fait inadmissible par l’Ukraine, tant au regard du droit international, que des lourds sacrifices consentis. Vladimir Poutine, continue d’insister sur sa volonté de s’attaquer aux « causes profondes du conflit » c’est-à-dire aux demandes qu’il avait formulées dès le début. Cela concerne notamment la non-accession de l’Ukraine à l’OTAN. En réalité, les membres de l’OTAN eux-mêmes refusent l’adhésion de l’Ukraine, mais Volodymyr Zelensky continue de formuler de façon très maladroite cette demande.

Vladimir Poutine demande également une relative démilitarisation de l’Ukraine afin qu’elle ne soit plus en mesure de frapper la Russie en profondeur, ce qu’elle a fait récemment en réponse aux frappes russes.

Ainsi, le président russe maintient ces exigences malgré un coût humain et financier important : 1 million de morts et de blessés et une économie largement tournée vers la guerre au détriment des autres secteurs.

Cet entêtement tient tout d’abord au fait parce qu’il prend le pari que l’Ukraine va céder, et que les Européens qui sont encore les seuls à financer son effort de guerre en seront bientôt fatigués. La victoire inédite du parti d’extrême droite AfD dans le Land allemand de Saxe-Anhalt est une bonne nouvelle pour lui puisque ce parti réclame la fin de l’aide à l’Ukraine. Il compte certainement sur la victoire de Marine Le Pen à l’élection présidentielle de 2027 pour tirer les mêmes bénéfices à l’échelle nationale en France. 

Au fond, son entêtement est dû à son échec. Il avait promis une victoire facile dans une « opération militaire spéciale » qui s’est transformée en guerre de longue durée au coût humain 40 fois supérieur à celui de la guerre en Afghanistan. La population russe est lassée de la guerre, mais propagande et répression empêchent un mouvement réel de contestation.

Pour le président des États-Unis Donald Trump, le fait que la guerre ne prenne toujours pas fin, alors même qu’il s’était engagé durant la campagne présidentielle de 2024 à y mettre un terme « en 24h », est un échec. Cela est cependant largement compensé à ses yeux par le fait de voir la Russie engluée et affaiblie en Ukraine, tandis que l’Europe accepte de prendre une part plus importante dans le soutien à Kiev sur le plan militaire, stratégique et énergétique.

Vladimir Poutine pourrait finir par obtenir satisfaction et contrôler l’ensemble du Donbass. Quand bien même il ne peut conquérir l’Ukraine, il se contentera de la détruire. Quoi qu’il en soit, il ne s’agirait que d’une victoire à la Pyrrhus, car poursuivre la guerre affaiblirait encore davantage la Russie, qui est devenue dépendante de la Chine et qui a perdu des positions tant au Proche-Orient qu’en Afrique.