Éditos de Pascal Boniface
25 septembre 2026
UE et Canada unis face à Trump
Le Canada pourrait-il devenir le 28e membre de l’Union européenne et ainsi remplacer le Royaume-Uni, qui l’a quittée en 2020 ? Cette hypothèse est impossible juridiquement, puisque le Canada n’est pas situé sur le continent européen, ce qui est une condition sine qua non d’une adhésion. Le rapprochement, politique, géopolitique et économique entre l’Union européenne et le Canada n’en demeure pas moins spectaculaire.
Le Premier ministre canadien, Marc Carney, a assisté au discours sur l’état de l’Union prononcé devant le Parlement européen par la présidente de la commission Ursula von der Leyen le 16 septembre. Ce discours se veut la réplique du traditionnel, mais beaucoup plus suivi, discours sur l’état de l’Union que le président des États-Unis prononce chaque année en janvier. Le lendemain, Marc Carney s’est adressé au Parlement européen où il a été chaleureusement applaudi.
48 heures plus tard, il était reçu par le président Macron dans le territoire français de Saint-Pierre-et-Miquelon, situé au large du Canada. Ils ont affiché leur complicité et leur solidarité. Le Premier ministre canadien a appelé à une conclusion rapide d’un accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada.
Comment expliquer un rapprochement si appuyé ?
En réalité, c’est Donald Trump qui sert d’accélérateur et d’amplificateur de ce phénomène. Le Canada est souvent perçu comme un pays européen, situé sur le continent américain. Il a les mêmes valeurs que les pays européens, le même socle civilisationnel, le même attachement au multilatéralisme et au droit international, et il n’a pas la capacité d’être une puissance impériale comme les États-Unis. Il existe par ailleurs un lien fort unissant le Canada au Royaume-Uni et à la France. Cette proximité se base sur des liens coloniaux anciens, qui ont été dénoués de façon harmonieuse et non conflictuelle.
Le Canada et les Européens sont des alliés des États-Unis au sein de l’Alliance atlantique, et l’un comme l’autre est désemparé par l’attitude de Donald Trump par rapport aux partenaires traditionnels de Washington. Pour le président états-unien, l’alliance est une source d’obligations automatiques dont il veut se défaire, car il estime que cela entrave la souveraineté de son pays.
Par ailleurs, il a affiché ouvertement sa volonté d’annexer le Canada ainsi que le Groenland, qui appartient au Danemark, pays de l’Union européenne.
Dans une carte qu’il a publiée récemment, les territoires français des Caraïbes et Saint-Pierre-et-Miquelon sont également affichés comme rattachés aux États-Unis.
Ces attaques de Washington expliquent l’idée selon laquelle il faudrait front commun pour opposer une résistance à un allié qui pourrait se transformer en prédateur.
Le 20 janvier, Marc Carney avait fait un discours remarqué au sommet de Davos, plaidant pour l’alliance des puissances moyennes, afin de résister aux puissances impériales dans lequel il intégrait également la Russie et la Chine.
Il a fait même preuve de plus de fermeté que les Européens. Ces derniers ont accepté un accord commercial inégal dans lequel les exportations américaines vers le Vieux Continent ne sont pas taxées, tandis que les exportations européennes vers les États-Unis subissent une taxation de 15 %. À l’opposé, lorsque Donald Trump a décidé de taxer les produits canadiens à hauteur de 50 %, Marc Carney a déclaré qu’il ferait la même chose « au dollar prêt ».
C’est extrêmement courageux de sa part dans la mesure où l’économie du Canada est très largement dépendante du marché américain qui reçoit 75 % des exportations canadiennes. Marc Carney veut diversifier son économie et est parvenu à faire baisser ce taux à 70 %.
Le Canada et les pays européens espèrent qu’en faisant front commun, ils pèsent plus par rapport à Washington.
Cela n’a pas empêché Donald Trump d’annoncer la semaine dernière qu’il avait pris le contrôle total du Groenland. C’est une façon très particulière de présenter les choses. Les États-Unis avaient déjà des bases militaires sur ce territoire et l’accord signé reconnaît toujours la souveraineté pleine et entière du Danemark sur ce territoire. Il prévoit qu’il n’y aura pas de base militaire, russe ou chinoise sur le Groenland, ce qui était de toute façon inconcevable pour Copenhague.
Les Européens ont décidé de laisser Trump triompher médiatiquement, l’essentiel étant pour eux le fait qu’il est de plus en plus impopulaire les opinions publiques, tant européenne que canadienne.
Les gouvernements font donc contre mauvaise fortune, bon cœur, pensant qu’il est indispensable de garder des liens avec le président américain, même si cela implique certaines déconvenues.