Colombie : des enjeux sécuritaires déterminants dans la victoire de la droite radicale

  • Michel Gandilhon

    Michel Gandilhon

    Membre du conseil d’orientation scientifique de l’Observatoire des criminalités internationales

Les élections présidentielles colombiennes du 21 juin 2026 ont rendu leur verdict. Le candidat de la droite radicale, Abelardo de la Espriella, a été élu d’une courte tête, avec 49.7 % des voix contre 48,7 % pour le candidat de gauche Ivan Cepeda. À l’heure où ces lignes sont écrites, compte tenu de la faiblesse de l’écart, il n’est pas impossible que des recours venant de la gauche interviennent. Ivan Cepeda a ainsi pour le moment refusé de reconnaître la victoire de son adversaire. Quoi qu’il en soit, et quel que soit le résultat définitif, les résultats impressionnants d’un outsider inconnu il y a encore quelques mois, devraient donner matière à réflexion non seulement à une partie de la gauche colombienne et à la gauche latinoaméricaine tout entière. Et singulièrement en matière de questions sécuritaires, lesquelles, à mesure de la criminalisation rampante de territoires entiers, favorisent l’arrivée au pouvoir d’une droite musclée, que ce soit hier au Salvador, en Équateur, en Argentine, au Chili, et maintenant en Colombie. L’insécurité touche les fractions les plus pauvres des populations qui constituent aussi le cœur de l’électorat de la gauche. Certes, la physionomie de la Colombie a beaucoup évolué depuis La Violencia des années 1950. Ce pays est aujourd’hui, derrière le Brésil et le Mexique, la troisième ou quatrième économie de l’Amérique latine. Son territoire est largement urbanisé avec près de 83 % des 53 millions d’habitants vivant dans les zones urbaines, avec des pôles régionaux de développement relativement prospères. Il n’en reste pas moins que la production et le trafic de la cocaïne, et la prolifération des groupes criminels qui l’accompagne sont des révélateurs des dysfonctionnements structurels propres à la formation sociale de ce pays.