ANALYSES

Sustainable Ocean Summit : vers une utilisation responsable de l’océan?

Interview
28 novembre 2019
Le point de vue de Julia Tasse


Du 20 au 22 novembre, le Sustainable Ocean Summit se tenait à Paris et réunissait nombre d’acteurs impliqués sur les thématiques liées à l’océan. Quels en étaient les enjeux ? Le point de vue de Julia Tasse, chercheuse à l’IRIS.

Quels étaient les objectifs du Sustainable Ocean Summit auquel vous avez participé ?

Le Sustainable Ocean Summit est un événement annuel organisé par le World Ocean Council rassemblant des acteurs du secteur privé travaillant en lien avec l’océan, mais aussi des organisations internationales, des représentants de gouvernements et d’autorités locales, des institutions de recherche et des associations. Ce sommet vise à faire avancer les actions du secteur maritime pour une utilisation responsable de l’océan, à travers l’information, la sensibilisation et la coopération.

Cette année, le Sustainable Ocean Summit avait pour thème l’investissement pour le développement durable des océans. L’objectif de cette édition était donc d’apporter de l’information et des données au secteur financier sur les enjeux maritimes et de mettre en relation investisseurs et porteurs de projets.

Que révèle cet événement des grands enjeux auxquels fait face le secteur du maritime à l’heure actuelle ?

Les industries du maritime sont implantées partout, de par la nature mondiale de l’océan, qui couvre 70 % de la planète. Elles ont par ailleurs des visions à très long terme, car leurs investissements, que ce soit pour des navires, des infrastructures littorales ou en mer et des technologies, sont importants et impliquent le lancement de programmes de plusieurs dizaines d’années. Le milieu naturel dans lequel ces industries travaillent est difficile : la pression, la salinité, les événements climatiques, les changements de température, les courants sont autant de paramètres physiques qui rendent le développement de technologies ou de matériaux extrêmement complexe et coûteux. Le secteur du maritime est donc très spécifique et il fait face en cela à des défis particuliers que ce sommet a mis en lumière.

Tout d’abord, il y a un vrai besoin d’améliorer la connaissance que nous avons de l’océan, qui est très parcellaire (on ne connaît à l’heure actuelle qu’une partie infime des espèces marines et uniquement 15 % des fonds marins). De nombreux instituts de recherche étaient présents et des sessions portaient spécifiquement sur le sujet. Un enjeu directement lié à ce besoin de connaissance est le changement climatique, dont les effets concrets sur l’océan sont également relativement peu documentés. La collecte de données, leur analyse et leur protection sont cruciales pour tous les acteurs de la mer.

Enfin, un dernier défi que je perçois est celui de l’utilisation croissante de l’océan, qui entraîne une occupation inédite de l’espace maritime et rend nécessaire la régulation des activités dans les eaux internationales et la planification concertée des usages du littoral.

Quels ont été les différents positionnements des acteurs participant à cet événement concernant la sécurité, notamment la sécurité environnementale et climatique ? 

Les problématiques que j’ai mentionnées font de la sécurité environnementale et climatique un enjeu majeur pour tous les acteurs du maritime, le secteur privé comme la Marine. Travailler sur/dans l’océan, c’est devoir s’adapter à des conditions difficiles et utiliser des technologies très spécifiques. Le changement climatique modifie les caractéristiques de cet environnement. Il s’agit alors d’anticiper ces modifications et y adapter ses infrastructures, ses pratiques, ses outils. Les effets du changement climatique vont également provoquer la migration des espèces, changer les écosystèmes et le paysage littoral de certains pays. Un des enjeux est celui de la connaissance et cela se perçoit par l’ampleur des discussions sur l’acquisition de données, les capacités d’analyse et leur nécessaire protection. Les différents acteurs sont prêts à collaborer pour mieux anticiper les conséquences du changement climatique.

Cependant, les participants de cet événement ont, je pense, une perception inégale des défis qui les attendent : la Marine y a présenté sa stratégie environnementale et des start-ups proposent des matériaux qui permettent aux industries de s’adapter au réchauffement, à l’acidification et à la montée des eaux tout en protégeant les écosystèmes, mais je ne suis pas certaine que toutes les industries saisissent l’urgence d’agir. Nous ne devons cesser de réagir, les effets du changement climatique s’accélèrent (on peut le constater avec la multiplication des événements climatiques extrêmes ces deux dernières années) et il faut les anticiper. La sécurité climatique est centrale pour le maintien de l’activité de ces organisations. Ces enjeux d’adaptation et d’anticipation sont au cœur du travail de l’Observatoire géopolitique des enjeux des changements climatiques en termes de sécurité et de défense.
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