ANALYSES

La fin des illusions

Correspondances new-yorkaises
30 septembre 2019


Triste ouverture pour la 74e session de l’Assemblée générale de l’ONU qui a vu Donald Trump fustiger le mondialisme et vanter le nationalisme, Bolsonaro proclamer ses droits à détruire l’Amazonie et Emmanuel Macron échouer une fois encore à se positionner en arbitre de la scène internationale.

Triste Assemblée générale de l’ONU surtout pour un président français qui après plus de deux années de flatteries, de compromis et de couleuvres avalées, doit admettre que son influence auprès de son homologue américain n’a jamais existé que dans son imagination.

Emmanuel Macron qui, parti pour l’ONU en grande pompe, s’est vu recevoir, en plus de son échec sur le dossier iranien, un camouflet cinglant de la part de Greta Thunberg. Alors que dans l’espoir de récupérer les égarés qui ont voté Jadot aux Européennes, il en avait fait des tonnes lors du passage de la jeune Suédoise en France, il se retrouve aujourd’hui dans le discours prononcé par celle-ci à la tribune des Nations unies placé au banc d’infamie aux côtés d’Erdogan et de Bolsonaro…

Triste Assemblée générale donc pour le prince du en même temps qui se revendique être le champion du progressisme et du multilatéralisme et qui, il y a tout juste un an, bradait l’Organisation internationale de la Francophonie à Paul Kagame pour des raisons purement économiques dignes des plus belles heures de la Françafrique. Michaëlle Jean, secrétaire générale d’une OIF devenue un acteur important du système multilatéral, se voyait alors injustement dégagée au profit de Louise Mushikiwabo, candidate du Rwanda, pays qui, comme tout le monde le sait, est en première ligne dans les combats pour la défense de la Francophonie, des droits de l’homme et de la démocratie.

Triste Assemblée générale des Nations unies où a donc été démontré que l’actuel président français ne sera jamais un rempart contre un Donald Trump, qui, quant à lui, sortira très probablement renforcé d’une procédure d’impeachment qui arrive trop tard et qui n’a aucune chance d’aboutir.

Je terminerai cette brève correspondance par un extrait de la préface que Jacques Chirac, alors président de la République, avait signé pour mon livre À la maison de verre. C’était un temps où il y avait encore de l’espoir et où nos dirigeants tentaient de mettre en accord leurs paroles et leurs actes sans craindre la colère de Washington :

« L’Organisation des Nations unies est bien la concrétisation de cette grande ambition démocratique, de cette aspiration universelle à la paix, de cette volonté d’œuvrer en faveur du bien commun de l’humanité. Dans un monde traversé de crises profondes, monde en mutation et en quête de sens, monde à la recherche de nouveaux équilibres, elle est plus que jamais nécessaire. Prévention et résolution des conflits et des crises, affirmation des droits de l’homme, élimination de la pauvreté et développement durable, protection de l’environnement et de la diversité culturelle, lutte contre ces fléaux que sont le terrorisme, les grandes pandémies, la drogue, l’Organisation des Nations unies, irremplaçable enceinte de négociations et d’échanges, est de tous les combats de notre temps, de tous les combats pour la civilisation. […] Certes, il y a eu, il y a encore, des obstacles, des échecs, des reculs. Certes, de grands drames n’ont pu être évités. Certes, de nombreux dossiers ne sont pas résolus. Qu’en serait-il autrement ? Qui peut raisonnablement croire qu’il peut y avoir une alternative crédible au multilatéralisme, raison d’être, noblesse et mission des Nations unies ? »




Essayiste et chercheur associé à l’IRIS, Romuald Sciora vit aux États-Unis. Auteur de plusieurs ouvrages sur les Nations unies, il a récemment publié avec Anne-Cécile Robert du Monde diplomatique « Qui veut la mort de l’ONU ? » (Eyrolles, nov. 2018). Son prochain ouvrage, « Pauvre John ! Le cauchemar américain », sortira début 2020 chez Max Milo.

 
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