Les banques au cœur de la guerre contre le crime organisé : l’émergence d’un renseignement financier privé

  • Julien Briot-Hadar

    Julien Briot-Hadar

    Spécialiste de la compliance, auteur de « Lutter contre la fraude fiscale en entreprise » (Éditions Vuibert, 2025)

La mondialisation a profondément transformé les conditions d’exercice de la criminalité organisée. Les organisations criminelles contemporaines ne se limitent plus à des territoires ou à des activités spécifiques ; elles exploitent les flux financiers internationaux, les nouvelles technologies et les asymétries règlementaires pour développer des activités transnationales particulièrement résilientes. Dans ce contexte, le blanchiment de capitaux est devenu le centre de gravité du crime organisé. Qu’il s’agisse de trafic de stupéfiants, de cybercriminalité, de corruption ou de traite des êtres humains, la pérennité des réseaux criminels repose sur leur capacité à intégrer les revenus illicites dans l’économie légale.

Face à cette évolution, les États ont progressivement déplacé leur attention des activités criminelles elles-mêmes vers les flux financiers qui les soutiennent. Cette transformation a conduit à l’émergence d’une nouvelle architecture de sécurité dans laquelle les institutions financières occupent une place centrale. À travers les dispositifs de connaissance client, la surveillance transactionnelle, l’identification des bénéficiaires effectifs ou les déclarations de soupçon, les banques collectent quotidiennement une quantité considérable d’informations relatives aux comportements économiques des individus et des organisations.

Cette évolution soulève une question fondamentale : les banques sont-elles encore de simples intermédiaires financiers ou sont-elles devenues des acteurs à part entière du renseignement contemporain et l’un des principaux terrains de confrontation entre les États et les organisations criminelles au XXIe siècle ?