La guerre en Iran et ses conséquences pour la région

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Plus de trois mois après le déclenchement du conflit qui a opposé Israël, les États-Unis et l’Iran nul ne peut en prédire l’issue définitive, en dépit de l’annonce d’un accord dont les contours restent flous et les interprétations à géométrie variable. L’Iran a démontré une capacité de résilience et de riposte qui avait été sous-estimée par ses adversaires. L’Iran sort vainqueur de cette confrontation. Ses adversaires n’ayant rejoint aucun des objectifs qu’ils s’étaient fixés. Le régime est en place et son emprise est plus forte que jamais. Téhéran ne cèdera pas son uranium enrichi en dépit des déclarations triomphantes de Donald Trump. Sa capacité balistique qui semé la terreur dans toute la région n’est que très faiblement entamée. Ses avoirs à l’étranger, notamment dans le Golfe, sont partiellement débloqués et le sort du détroit d’Ormuz n’est pas scellé. 

Cet épisode guerrier qui a embrasé toute la région du Golfe a déjà eu des conséquences importantes. Il n’est plus sûr que les pays de la région qui ont déjà essuyé plusieurs milliers de tirs (7 500) de la part des Iraniens sur leurs infrastructures aient conservé leur confiance dans les capacités de leur allié (protecteur) américain à assurer leur sécurité. Au contraire, un ressentiment est palpable envers ceux qui les ont entrainés malgré eux dans un conflit qui met en péril la stabilité de la région et tout ce qui s’y rattache. Les contacts officiels entre Riyad et Washington se sont nettement ralentis depuis quelques mois. C’est le signe d’un refroidissement des relations.

Ce qui étonne le plus c’est la paralysie dont semblent frappés les pays de la région. L’embarras dans lequel ils se trouvent est le signe d’une impuissance révélée au grand jour. La protection américaine n’a pas suffi à préserver les pays de la région. Pire, ils ont été entrainés malgré eux dans un conflit qu’ils n’avaient pas souhaité.

Riyad qui avait commencé à construire avant le conflit un nouvel axe régional (Turquie, Pakistan, Égypte et Qatar) se voit conforté dans cette voie. Le rapprochement de Mohamed Ben Salman avec la Turquie revêt ici une importance capitale. Riyad et Ankara ont le projet de créer (ou de faire revivre) un couloir terrestre pour l’acheminement des marchandises entre les pays du Golfe et l’Europe. Il s’agit de faire revivre la fameuse ligne du chemin de fer du Hedjaz qui reliait Istanbul à la Mecque. Ligne qui avait été inaugurée en 1908 au temps de l’Empire ottoman. Cette ligne qui passe par la Turquie, la Syrie, la Jordanie et l’Arabie saoudite serait connectée à d’autres lignes ferroviaires dans la péninsule arabique. Le Qatar étudie pour sa part l’idée de remettre en fonction un gazoduc qui le relierait au port de Banyas en Syrie.

Le projet saoudo-turc vise aussi à contourner la fermeture du détroit d’Ormuz et d’échapper aux tarifs d’assurance qui ont augmenté de 300 %.

Autre particularité, tous ces projets mettent en relief l’importance de la Syrie de l’après-Assad. Les deux principaux alliés du président syrien Ahmed al-Charaa (Turquie et Arabie saoudite) permettront ainsi à ce pays exsangue de tirer de substantiels bénéfices des droits de passage sur son territoire. Damas passe ainsi de paria du Moyen-Orient à un rôle central.

L’absence de riposte des pays du Golfe aux attaques qu’ils subissent de la part des Iraniens est le signe d’un désarroi. Ces pays tentent malgré tout de préserver l’avenir. Ils savent que l’Iran sera toujours leur voisin immédiat et qu’il faudra faire avec. L’absence de riposte (à part un raid de l’aviation émiratie en avril dernier) s’explique aussi par la faiblesse structurelle des armées du Golfe. Les Monarchies de la péninsule ne souhaitent pas s’engager dans un conflit dont l’issue est plus qu’incertaine. Le formidable arsenal accumulé ces dernières années ne leur sert à rien et leur dissuasion est réduite à la plus simple expression.

Dans cet ensemble le cas d’Oman est assez emblématique. Le Sultanat a toujours affiché une neutralité de bon aloi et a cherché à privilégier les voies du dialogue. Jusqu’au déclenchement des hostilités, Oman jouait le rôle d’intermédiaire entre l’Iran son voisin et les États-Unis. La contribution d’Oman à la conclusion de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPOA) avait été cruciale au début des négociations.

Après le début du conflit en février dernier, le Sultanat qui avait œuvré jusqu’au bout pour un accord s’est senti trahi par son allié américain et a été brutalement écarté de son rôle de facilitateur entre les deux parties au profit du Pakistan et plus tard du Qatar. C’est un camouflet de plus pour la diplomatie omanaise.

Saïd Badr al-Busaïdi, le ministre omanais des Affaires étrangères, ex-médiateur dans les discussions entre l’Iran et les États-Unis, dans une interview à The Economist avait accusé l’administration américaine de « s’être laissée entrainer » par Israël dans cette guerre alors qu’un accord semblait à portée de main. L’assassinat de Ali Larijani, ancien secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien (2025-2026), a privé le Sultanat de son principal interlocuteur iranien.

Pourtant, Oman est un acteur régional majeur. Il partage avec l’Iran le détroit d’Ormuz dont la circulation s’effectuait principalement sur le rail omanais dans ses eaux territoriales. Le Sultanat n’a pas réagi à la fermeture d’Ormuz de la part de l’Iran, de même que les attaques iraniennes n’ont pas épargné les terminaux de Doqum et de Fahl près de Mascate. À part des protestations de pure forme, les Omanais n’ont pas réagi. Il est vrai qu’Oman tire profit de sa position en dehors des eaux du détroit. Bon nombre des denrées qui transitaient par le détroit pour approvisionner les pays du Golfe sont déchargées dans les ports omanais situés sur la mer d’Arabie et sont ensuite acheminées par voie terrestre vers leur destination.

La situation à Bahreïn, qui abrite le Commandement central des États-Unis (Centcom), et au Koweït est plus délicate. Ces deux pays sont les cibles d’attaques iraniennes des Iraniens, même si les défenses antiaériennes réussissent pour l’instant à contenir l’impact des frappes de rétorsion après les attaques américaines contre des cibles iraniennes. Le prix à payer semble assez élevé pour ces deux pays dont la situation intérieure est fragile : ils comptent tous deux de fortes minorités chiites et des cellules accusées d’être liées aux Gardiens de la Révolution iraniens ont été démantelées dans les deux pays.

La volonté de Donald Trump de vouloir parvenir à tout prix à un accord avec l’Iran aura des conséquences lourdes pour la région. L’Iran aura prouvé sa capacité à résister à deux puissances majeures. Si la situation dans le détroit d’Ormuz ne revient pas au statu quo ante et si l’Iran conservait sa capacité de poursuivre son programme nucléaire, les monarchies du Golfe devront revoir leur stratégie diplomatique. Elles devront, soit composer avec le régime iranien, soit se tourner vers de nouvelles alliances, aussi fragiles soient-elles.