Notes / Énergie et matières premières
1 septembre 2026
Fiche matière première : le manganèse
Les chaînes de valeurs de la transition écologique sont extrêmement complexes, elles mobilisent un nombre très varié de géographies, d’acteurs et de technologies. Certains maillons sont extrêmement concentrés, rendant ces chaînes fragiles et vulnérables à des perturbations d’ordre géopolitiques et climatiques. Des efforts de diversification sont parfois amorcés pour réduire ces risques, mais ils restent insuffisants ou trop lents par rapport aux enjeux.
Le manganèse est un métal de masse, principalement employé comme additif métallurgique dans la production d’acier, mais son rôle évolue avec l’essor des batteries lithium-ion. Si les usages batteries restent minoritaires en volume, ils reposent sur des formes raffinées spécifiques, notamment le sulfate de manganèse de haute pureté, indispensable à certaines chimies NMC, LMFP et aux cathodes riches en manganèse. La demande de manganèse de qualité batterie pourrait ainsi fortement augmenter d’ici 2040.
La criticité du manganèse ne tient donc pas à une rareté géologique globale, mais à la dualité de sa chaîne de valeur. L’extraction est concentrée en Afrique du Sud, au Gabon et en Australie, tandis que le raffinage de haute pureté demeure largement dominé par la Chine. Cette organisation expose les approvisionnements européens à des risques logistiques, climatiques, politiques et industriels, en particulier lorsque les scénarios de transition supposent une montée en puissance rapide et prévisible des batteries.
L’objectif de cette fiche est de distinguer le manganèse métallurgique du manganèse de qualité batterie, afin d’identifier les vulnérabilités réelles de la filière. Elle interroge la capacité de la France et de l’Union européenne à sécuriser non seulement des volumes, mais surtout des qualités raffinées compatibles avec les besoins futurs de l’acier et des batteries à l’horizon 2050.
Afin d’illustrer son avis « Transition énergétique et matériaux stratégiques : dépendances, sobriété et recyclage » et dans le cadre de la révision de ses scénarios Transition(s) 2050, l’ADEME apporte une aide financière permettant à l’IRIS de réaliser des travaux de recherche prospectifs sur la géopolitique de la transition écologique et énergétique.
Ce projet de recherche se divisait en plusieurs axes, dont le premier consiste en l’analyse approfondie de 20 matières premières essentielles à cette transition de la France : quinze sont de nature minérale, cinq de nature agricole. Les matières premières étudiées ont été sélectionnées afin de permettre d’explorer une diversité d’enjeux géopolitiques se posant aux approvisionnements français.
Ce travail a donné lieu à la production de fiches, dont le présent document fait partie, qui retracent les enjeux liés aux différentes étapes de la chaîne de valeur de chacune de ces matières avec un prisme d’analyse des forces et des faiblesses de la France et de l’Europe. Les analyses sont réalisées à horizon 2050, et s’inscrivent dans un contexte de réchauffement climatique mondial de +2°C, conforme à la TRACC (trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique).