Notes / Europe, Union européenne, OTAN
6 juillet 2026
Défense européenne : le cadre du Traité de l’Atlantique Nord et son interaction avec l’Union européenne
À titre exceptionnel, l’IRIS a décidé de publier cet article collectif. Indépendamment du degré d’accord ou de désaccord avec ce texte émanant de personnes membres d’une structure organisée autour d’objectifs précis, nous considérons qu’il constitue une utile contribution aux nécessaires débats sur les enjeux et les défis de l’édification d’une défense européenne.
Résumé
L’instabilité croissante du système international, les conflits en cours dans les voisinages oriental et méridional de l’Europe et l’incertitude grandissante quant aux priorités stratégiques des États-Unis ont intensifié le débat sur les responsabilités de l’Europe en matière de défense.
Bien que l’Union européenne soit une puissance économique et régulatrice majeure, elle reste militairement dépendante de garanties de sécurité extérieures. Pour devenir un acteur stratégique plus autonome, l’Europe doit développer des capacités militaires plus solides, renforcer sa base industrielle de défense et améliorer la coordination des politiques entre ses États membres.
Les traités de l’UE prévoient déjà des mécanismes qui pourraient à terme mener à une défense commune, mais la règle de l’unanimité rend les progrès lents et politiquement difficiles. Par conséquent, certains États pourraient rechercher des accords flexibles ou développer des initiatives intergouvernementales pour faire progresser l’intégration de la défense et y inclure des pays partageant les mêmes idées, tels que le Royaume-Uni, la Norvège, l’Ukraine et la Turquie. Parallèlement, le développement d’un pilier européen au sein de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) représente un effort complémentaire visant à rééquilibrer les responsabilités au sein de l’Alliance. Finalement, une coordination étroite entre l’UE et l’OTAN restera essentielle pour éviter les doublons, maximiser les synergies et assurer la sécurité à long terme de l’Europe.
L’ambiguïté de la dissuasion nucléaire américaine en Europe suscite des doutes quant à ses engagements futurs ; les forces françaises et britanniques offrent une dissuasion alternative limitée, mais potentiellement dévastatrice contre la Russie, et leur rôle dans la dissuasion et la défense européennes devrait s’accroître.
L’évolution de la dynamique transatlantique exige que les nations européennes assument la responsabilité principale de la défense continentale. S’en remettre au parapluie de sécurité américain offre une stabilité temporaire, mais engendre des risques stratégiques à long terme. Alors que 60 % du public et du Congrès américain soutiennent pleinement l’OTAN, il existe une demande croissante et légitime pour un partage plus équitable de la charge. Pour garantir sa stabilité à long terme, l’Europe doit passer du statut d’allié dépendant à celui de fournisseur de sécurité autonome.
Pour y parvenir, l’Europe doit résolument bâtir les capacités et les structures nécessaires pour ancrer sa propre défense. Cet effort devrait être mené sur trois axes complémentaires :
- Au sein de l’UE : développer les capacités militaires, l’industrie de défense et les institutions de la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) requises pour une véritable autonomie stratégique.
- Au sein de l’OTAN : renforcer le pilier européen de l’Alliance par un transfert volontariste de capacités et de responsabilités de commandement des États-Unis vers l’Europe.
- Promouvoir le développement d’une Union européenne de défense : en tant que processus politique et opérationnel progressif dont l’objectif est de construire, sur la base des structures existantes, une Europe plus cohérente, réactive et efficace, capable d’assurer sa propre sécurité.
Le document original a été publié en anglais sur les sites d’EuroDéfense et d’EuroDéfense- France. Ce rapport ne reflète que les opinions de ses auteurs et ne représente pas nécessairement la position collective du réseau EuroDéfense.