ANALYSES

Qu’attendre du discours d’Emmanuel Macron à Ouagadougou ?

Tribune
27 novembre 2017


Suivant un rituel bien organisé, Emmanuel Macron se rend, à compter du 28 novembre, en Afrique pour y prononcer un discours sur sa vision de l’Afrique. Que peut-on en espérer ?

D’abord qu’il confirme, ce que tout le monde sait sauf Nicolas Sarkozy, que l’Afrique est entrée dans l’Histoire, et depuis longtemps, avant même l’Europe.
On se souvient du discours calamiteux de l’ancien président qui, devant des étudiants réunis à Dakar à l’Université Cheikh Anta Diop (un grand historien africain), fit cette déclaration : « L’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire ». Elle provoqua un tollé parmi les intellectuels, mais aussi parmi les jeunes qui en savent beaucoup sur la marche du monde, parfois d’ailleurs grâce aux médias français comme RFI.

La relation avec la France est de l’ordre du dépit amoureux. Chaque faute est sanctionnée comme une récente phrase malheureuse d’Emmanuel Macron sur la natalité excessive qui nuit au développement ou une bavure de l’armée française, difficilement évitable dans le contexte difficile qui existe au Mali. Rétablir une relation sans condescendance, sans donneurs de leçons, avec plus d’échanges culturels et scientifiques, moins de tracasseries pour l’obtention de visas, est un exercice nécessaire mais aux effets de long terme.

Pour entamer cette nouvelle relation, le choix des capitales visitées par le chef de l’Etat français n’est pas indifférent. Ouagadougou d’abord, le pays des « hommes intègres », où la mémoire de Thomas Sankara reste vive. Où la jeunesse contribua en 2014 à faire sortir Blaise Compaoré installé depuis 27 ans, puis a empêché un coup d’Etat. A Abidjan ensuite, pour le Sommet Union africaine-Union européenne qui devra lancer les prémisses d’une nouvelle relation moins asymétrique que celle héritée de l’Accord de Cotonou et qui accompagne une claire volonté de l’Afrique de prendre sa place dans les chaînes de valeur industrielles. Accra enfin, pour s’ouvrir à l’Afrique anglophone, dans un pays qui incarne l’alternance politique puisque son actuel chef de l’Etat, Nana Akufo-Addo, a gagné les élections contre le président en place.

La jeunesse africaine sera au centre du voyage. Mais aussi la sécurité. Difficile en effet d’oublier qu’au Sahel, au Nord du Nigeria, en Centrafrique, au Sud Soudan, dans les Grands lacs, l’insécurité règne, brutale et durable. La carte des conseils aux voyageurs éditée par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères montre des zones rouges (fortement déconseillées) de plus en plus étalées et écarlates. Partout le rétablissement de l’Etat, dans ses fonctions régaliennes, est une priorité. Le Sahel tout particulièrement, où 4 500 militaires français sont engagés au titre de l’Opération Barkhane, concentre l’attention avec le soutien attendu du G5, ce regroupement des cinq pays les plus concernés (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad).

Reste les questions économiques. Il est peu probable qu’Emmanuel Macron se prononce sur la réforme de la Zone franc, sinon pour dire qu’elle est de la responsabilité des 15 pays membres. Le sujet est délicat. Les attaques sont frontales mais mal argumentées, avec beaucoup de contre-vérités notamment sur la « confiscation » par la France des devises de l’Afrique. Difficile d’avoir un débat serein face à l’hystérie des réseaux sociaux. Mais, un jour, il faudra bien abandonner les symboles, le « franc », les postes d’administrateurs tenus par la France ou le « compte d’opérations » au Trésor français, qui parasite le débat sur l’évolution du système vers plus de souveraineté monétaire, plus d’intégration régionale et plus de financement à l’économie.
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