Xi Jinping à Washington : un soutien surprise à Donald Trump ?

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Donald Trump attend la visite de Xi Jinping ce 24 septembre. Les relations entre les dirigeants des deux pays les plus puissants du monde sont placées sur courant alternatif, oscillant entre déclarations d’amitié sans nuage et de rivalité extrême. C’est cependant surtout le président américain qui crée ces variations, passant sans difficulté et très rapidement de l’une à l’autre, tandis que son homologue chinois évite, lui, toute déclaration intempestive.

Donald Trump vient de déclarer une guerre économique totale à l’Iran, en menaçant les pays qui continueraient à commercer avec Téhéran de sanctions qui mettraient en difficulté la poursuite de leurs relations économiques.

Le problème pour lui est que la Chine est le partenaire économique majeur de la République islamique et que l’on voit mal Beijing céder à ce type d’injonction de la part de Washington. Tout d’abord, parce que la Chine a besoin du pétrole iranien et qu’elle ne veut pas que l’Iran devienne un deuxième Venezuela. Un effondrement du régime, qui risquerait de faire passer l’Iran sous la coupe des États-Unis serait une catastrophe pour la Chine. Ensuite parce que sa crédibilité diplomatique serait cruellement atteinte par rapport au reste du monde si elle obéissait docilement à un ordre des États-Unis. Il s’agit là d’une question de prestige et de statut, la Chine ne pouvant se permettre de paraître agir sous la contrainte d’un autre État. Notons également le fait que ces mesures sont contraires au droit international, défendu officiellement par la Chine. Enfin, la Chine n’est certes pas un pays démocratique, mais il y existe néanmoins une opinion publique très sensible à tout ce qui touche la fierté nationale, et qui serait révulsée par de telles concessions. Or, la défense du nationalisme chinois est un facteur majeur de l’assise du Parti communiste sur la société.

Dès lors, le président états-unien a mis en avant une menace qu’il ne peut pas exécuter : on voit mal comment il pourrait se lancer dans une guerre commerciale à quelques jours de la visite du président chinois, fermement opposé à celle-ci.

Le calendrier de cette dernière peut d’ailleurs interroger. Certes Xi Jinping rend la politesse Donald Trump qui était venu à Beijing au mois de mai 2026. L’intervalle entre ce type de visite réciproque est cependant bien plus espacé habituellement. De surcroît, le président chinois avait une autre occasion de venir aux États-Unis, pour assister au sommet du G20 qui sera organisé en Floride en décembre 2026. Ce sommet international aurait très bien pu être l’occasion de prolonger son séjour dans le cadre d’une visite bilatérale avec Donald Trump. 

Ainsi, en effectuant ce déplacement en septembre, Xi Jinping s’impose soit un deuxième déplacement dans un intervalle très court aux États-Unis, soit une absence au G20, ce qui serait un mauvais signal diplomatique. Pourquoi, alors, choisir cette date ? Tout simplement pour offrir un cadeau à Donald Trump avant les élections de mi-mandat à venir début novembre. On peut s’attendre à l’annonce d’accords économiques, incluant des achats importants de la Chine aux États-Unis, afin de réduire l’immense déficit commercial des États-Unis : 1 200 milliards de dollars, dont 200 milliards à l’égard de la Chine.

Boeing, en difficulté, devrait recevoir son lot de commande, ainsi que les agriculteurs états-uniens qui subissent une importante crise économique. Les observateurs avaient été surpris de l’absence de grands contrats lors de la visite de Donald Trump en Chine en mai. Cela s’expliquait par le fait qu’il n’aurait servi à rien de les signer avant l’été, puisque les électeurs états-uniens l’auraient oublié lors des élections.

La visite à venir de Xi Jinping permettrait donc à Donald Trump d’afficher un certain succès face aux électeurs américains au moment où il n’a pas grand-chose de positif à montrer et risque de perdre sa majorité au congrès.

À celle du choix de la date, désormais résolue, succède donc une autre énigme : pourquoi Xi Jinping rendrait-t-il ce service à Donald Trump ? Pourquoi aider son principal rival ? Il est probable que ce soit lié à une certaine satisfaction de sa part vis-à-vis des actions du président américain. Le président chinois observe non sans déplaisir son homologue s’enfoncer dans la guerre contre l’Iran, et montrer son impuissance aux yeux du monde entier. La guerre commerciale lancée contre le Canada, pourtant allié historique, a rapproché Ottawa de Beijing. La brutalité de Donald Trump éloigne des États-Unis de nombreux pays, d’autant plus que cette brutalité s’avère impuissante à atteindre les objectifs qu’elle est censée servir. Xi Jinping estime donc que Donald Trump lui est utile. Malgré ses déclarations, celui-ci contribue davantage à affaiblir les États-Unis qu’à leur redonner leur grandeur.

L’enjeu le plus important pour la Chine est cependant la position trouble portée par Donald Trump concernant Taïwan. Pour Beijing, le sort de cette île est un sujet absolument majeur, rappelé par Xi Jinping avant le sommet avec Donald Trump du mois de mai.

Dans l’avion du retour de ce déplacement, le président des États-Unis avait indiqué qu’il ne fallait pas que Taïwan déclare son indépendance parce qu’ils étaient à 9 500 miles des États-Unis, et que ceux-ci auraient du mal à venir les aider en raison de l’importance de cet éloignement.

Jamais un président américain n’avait autant pris ses distances avec Taïwan. On se rappelle que Joe Biden, interrogé deux fois, avait dit que les États-Unis se porteraient au secours de Taïwan en cas d’attaque chinoise, allant même plus loin que la position officielle et traditionnelle du pays.

Le fait que Donald Trump ait mentionné la distance entre les États-Unis et Taïwan, 9 500 miles, montre que cette déclaration était longuement préparée. Il est en effet permis de douter qu’il maîtrise suffisamment la géographie pour connaître par cœur la distance séparant les États-Unis de l’île. 

Les dirigeants chinois, voyant Donald Trump plastronner et insulter jusqu’à la caricature les autres chefs d’États, y compris alliés, attendent patiemment leur heure, sachant que cette attitude accélère le rattrapage des États-Unis par la Chine.