Victoire électorale des forces pro-occidentales en Arménie : et maintenant ?

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Quel est le contexte dans lequel se sont tenues les élections législatives en Arménie ?

L’Arménie sort de plusieurs années de fortes tensions qui ont traumatisé une grande partie de la population. Cela s’explique tout d’abord par la lourde défaite militaire face à l’Azerbaïdjan en 2020, puis la reprise du Haut-Karabagh par celui-ci en 2023 qui entraina le départ de 100 000 à 120 000 Karabakhiens dont une majorité se réfugie en Arménie.

 Plus récemment, la guerre israélo-étatsunienne contre l’Iran voisine aggrave les inquiétudes, même si l’Arménie n’a pas été touchée par les combats. Les relations économiques avec la République islamique ne sont certes pas significatives – moins de 4 % des échanges –, mais c’est en l’occurrence la frontière commune qui constitue une véritable ouverture et donc un enjeu stratégique vital pour un pays enclavé dont les frontières avec la Turquie et l’Azerbaïdjan sont fermées depuis de nombreuses années.

Enfin, si un texte traçant la perspective de la signature d’un accord de paix a été validé avec l’Azerbaïdjan en août 2025 à Washington sous l’égide de Donald Trump, il n’est pour l’instant pas ratifié par les parlements arménien et azerbaïdjanais.

Dans quelle mesure la réélection de Nikol Pachinian traduit-elle la volonté de la société arménienne de se détacher de l’influence russe ? Quelles pourraient être les conséquences sur les relations bilatérales entre Erevan et Moscou ? En quoi le résultat de ce scrutin pourrait-il renforcer les perspectives de rapprochement de l’Arménie avec l’Union européenne et les États-Unis ?

Le score obtenu par le Premier ministre sortant, Nikol Pachinian, affleurant les 50 % des suffrages exprimés, traduit un indéniable soutien à la politique qu’il mène, notamment au niveau régional. Une forte défiance à l’égard de la Russie est manifeste, notamment depuis les guerres de 2020 et 2023 au cours desquelles beaucoup d’Arméniens se sont sentis trahis en raison de la non-intervention de Moscou, en dépit du rôle de protecteur qu’il prétendait incarner depuis la proclamation de l’indépendance. Cette situation a abouti au gel de la participation de l’Arménie à l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), organisation politico-militaire dominée par la Russie dont font partie plusieurs États anciennement membres de l’URSS. C’est aussi pourquoi Nikol Pachinian oriente avec précaution son pays vers les puissances occidentales.

Dans ce contexte Moscou n’a pas hésité pour sa part à proférer des menaces en termes assez peu voilés, au cours des dernières semaines. Vladimir Poutine a ainsi déclaré durant la campagne électorale en Arménie que les ventes de gaz à tarif préférentiel pourraient passer au prix européen, soit environ quatre fois plus cher, si le processus de rapprochement avec l’Union européenne (UE) se poursuivait, alors qu’une loi enclenchant la procédure d’adhésion à l’UE a été votée par le parlement arménien en mars 2025. Le tropisme pro-européen existe donc à Erevan, mais c’est aussi sa relation avec les États-Unis qui inquiète la Russie.

Les accords conclus avec l’Azerbaïdjan déjà évoqués sont en effet significatifs. Non seulement ils ont fait apparaître Donald Trump comme un faiseur de réconciliation entre deux peuples depuis longtemps en guerre, ce dont il s’est largement vanté, mais surtout il a considérablement fait avancer le projet, modestement intitulé « Route Trump pour la paix internationale et la prospérité ». Si cela se concrétise, ce corridor – comportant routes, voies ferroviaires, oléoducs et gazoducs – reliera l’Azerbaïdjan à son exclave le Nakhitchevan facilitant ainsi considérablement le transit entre l’Asie centrale et l’Europe, singulièrement la Turquie, tout en contournant la Russie et l’Iran. L’influence étatsunienne s’est encore renforcée à l’occasion de la visite du vice-président J. D. Vance – une première de ce niveau en Arménie – au mois de février 2026. Plusieurs contrats ont alors été signés portant notamment sur les drones, le nucléaire civil, les puces informatiques. Cette visite se poursuivit par une étape à Bakou au cours de laquelle a été signé un accord de coopération stratégique avec l’Azerbaïdjan.

On le comprend, Moscou a quelque raison de s’inquiéter en constatant sa perte d’importance graduelle. Le résultat des élections encourage clairement Nikol Pachinian à poursuivre dans la même voie et approfondir son rapprochement avec l’Union européenne d’une part et les États-Unis d’autre part.

Nikol Pachinian a déclaré vouloir « institutionnaliser un accord de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ». À l’issue de cette élection et en l’absence d’une majorité au Parlement pour adopter des amendements constitutionnels, quelles sont ses marges de manœuvre quant au dossier du conflit au Haut-Karabagh ?  Doit-on s’attendre à une stabilisation des tensions dans le Caucase ou au contraire à une intensification des rivalités régionales ?

La question qui se pose désormais ne concerne plus à proprement parlé le Haut-Karabagh, puisque la quasi-totalité de ses habitants a été obligée d’en fuir en 2023 et que le territoire a désormais rejoint l’Azerbaïdjan. Ce fait a été reconnu par Nikol Pachinian lui-même – ce qui lui vaut des accusations récurrentes de trahison – mais le président azerbaïdjanais, Ilham Aliev, en position de force, exige des amendements dans la constitution arménienne pour retirer toute référence au Haut-Karabakh.

En tout état de cause, c’est désormais la relation directe et la normalisation entre les deux États du Caucase du Sud qui est centrale. Les cicatrices ne sont pas refermées et les défis nombreux tant les trois décennies de conflit ont engendré des haines réciproques. L’Arménie accuse par exemple l’Azerbaïdjan d’occuper illégalement 200 km2 de son territoire et le processus de délimitation des frontières n’est pas terminé. Par sa politique atlantiste et de rapprochement avec l’Union européenne Nikol Pachinian cherche à renforcer ses soutiens et continuera dans cette voie confirmant la perte d’influence russe dans la région.