Arbitraires, absurdes, héritées de la colonisation : les frontières africaines ont mauvaise réputation. On les imagine tracées au hasard à Berlin en 1885, geste diplomatique cynique responsable de la division des empires, royaumes et familles. Et s’il s’agissait là de l’un des clichés les plus tenaces de l’histoire africaine ?

À partir d’une enquête sur la frontière sénégalo-gambienne, l’autrice montre que ces frontières ne sont ni de pures inventions coloniales ni un héritage simplement subi. Oeuvres à plusieurs mains, elles ont aussi été façonnées par les pratiques des acteurs africains. Les populations ont ainsi développé des échanges, des alliances et des tactiques de contournement, faisant des frontières un espace vivant et créatif. Les crises actuelles et l’insécurité tiennent moins à leur nature qu’à l’absence de politiques frontalières.

Un essai lumineux pour restituer aux frontières africaines leur profondeur historique et leur complexité ‒ tant leur disparition annoncée relève encore de la fiction.