Le 7 juin, il y aura la réunion ministérielle de l’OPEP+ et une réunion de sept pays de cette alliance qui sont l’Arabie Saoudite, la Russie, l’Irak, le Koweit, le Kazakhstan, l’Algérie et Oman. On attend une annonce sur l’augmentation de la production de ce que l’on pourrait appeler l’OPEP+. Ces 7 pays avaient annoncé des hausses de production de 206.000 barils par jour (b/j) pour les mois d’avril et de mai 2026 ainsi qu’une augmentation de 188.000 b/j pour juin.

Problème, 4 d’entre eux sont au Moyen-Orient et 3, l’Arabie Saoudite, l’Irak et le Koweit, dépendent d’Ormuz pour exporter leur pétrole. C’est d’ailleurs surtout vrai pour l’Irak et le Koweit car l’Arabie Saoudite dispose de l’oléoduc Est-Ouest qui débouche sur la mer Rouge. Les hausses de production décidées par ce groupe de pays sont donc largement théoriques tant qu’Ormuz reste bloqué.

Quant à la Russie, elle est handicapée par les frappes de drones ukrainiens visant ses installations pétrolières. Les hausses de production décidées par ces 7 pays (ils étaient huit jusqu’au 1er mai 2026, date du retrait des Emirats Arabes Unis de l’OPEP et de l’OPEP+) avaient principalement pour but de regagner des parts de marché car elles avaient commencé bien avant le début de la guerre d’Iran. La situation a évidemment complètement changé depuis le 28 février 2026.

L’OPEP+, qui existe depuis la fin 2016, n’a clairement pas été créée pour gérer ce type de risques. Elle est née lors d’une période délicate pour les producteurs, avec une forte chute des prix entre 2014 et 2016, et elle a fait face avec succès à une autre période très difficile, la pandémie de Covid-19 en 2020. Mais ces chutes de prix n’étaient pas générées par une guerre et par le blocage d’un détroit stratégique. De plus, le pays qui bloque, l’Iran, fait partie de l’OPEP (11 pays) et de l’OPEP+ (21 pays). Et il attaque les installations énergétiques d’autres pays faisant partie de l’OPEP et/ou de l’OPEP+ (Arabie Saoudite, Koweit, Irak, Bahrein, Oman – les Emirats et le Qatar ne font plus partie de l’OPEP et de l’OPEP+).

C’est une situation totalement nouvelle et pour laquelle l’OPEP et l’OPEP+ ne sont absolument pas préparées. Face à un risque majeur de pénurie pétrolière, la plupart des pays qui pourraient augmenter leur production ne peuvent pas faire sortir les tankers via Ormuz. Rappelons que le blocage de ce détroit se traduit par une perte de production de l’ordre de 13 millions de b/j, soit environ 12% de la consommation pétrolière mondiale en 2025.

L’Algérie est tenue par les décisions de l’OPEP+ dont elle fait partie. Aux termes des décisions de l’OPEP+ 7, l’Algérie peut produire 989.000 b/j de brut en juin. Ce chiffre a été révisé à la hausse lors des derniers mois mais les augmentations sont très faibles. Ce pays n’a pas la capacité de produire beaucoup plus de pétrole à court terme.

Il y a par contre une certaine marge de manœuvre pour les liquides autres que le pétrole brut et pour le gaz naturel mais elle n’est pas considérable en termes de volumes. Mais, dans la crise actuelle, des quantités supplémentaires sont très appréciées même si elles ne sont pas très importantes. Et l’Algérie bénéficie évidemment de prix du pétrole, des produits raffinés et du gaz naturel nettement plus élevés, ce qui constitue un plus important en termes de recettes d’exportation.

Sans surprise, les points clés sont les suivants: pendant combien de temps Ormuz sera-t-il bloqué? La guerre va-t-elle reprendre ou va-t-on trouver une solution diplomatique satisfaisante? L’Iran persistera-t-il à vouloir contrôler Ormuz dans le moyen et le long terme? Quels sont les dommages réels subis par des installations pétrolières dans la région du Golfe et combien de temps faudra-t-il pour revenir aux niveaux d’exportation antérieurs?

Nous sommes face à des incertitudes géopolitiques majeures qui rendent très délicat tout exercice de prévision. Une chose est sûre cependant. Au début 2026, tout le monde s’attendait à des prix du brut plutôt bas cette année (entre 50 et 60 dollars/baril) et tout le monde avait raison car il y avait un important excédent de l’offre pétrolière sur la demande. La guerre et ce qu’elle a généré a complètement renversé cette situation et a fait flamber les prix qui resteront élevés tant que le blocage d’Ormuz se poursuivra. Avec, en plus, un risque sérieux de pénurie pétrolière mondiale au cours de cet été.

Une remarque supplémentaire. Le 5 juin, en tout début de matinée, le prix du Brent de la mer du Nord coté à Londres était d’environ 95 dollars par baril pour le contrat d’août 2026. Ce prix n’est pas très élevé au regard de la gravité de la situation avec un détroit d’Ormuz bloqué depuis un peu plus de trois mois, ce qui est sans précédent dans l’histoire. Si ce blocage se poursuit pendant plusieurs semaines, le monde devra affronter des prix du brut nettement plus élevés.

Ce serait une conséquence logique. De très nombreux pays dans le monde importent des hydrocarbures mais ils n’ont pas à importer le soleil et le vent (on importe par contre souvent des panneaux solaires chinois mais c’est une autre histoire). Les énergies solaire et éolienne ne font pas le tour du monde, elles sont développées dans un cadre national et il n’y a donc pas à traverser Ormuz. Aux arguments environnementaux et climatiques évoqués depuis des décennies en faveur de ces énergies renouvelables viennent s’ajouter un élément géopolitique fort, qui est la réduction de la dépendance du monde envers les importations de pétrole et de gaz qui proviennent parfois de régions très sensibles du point de vue du risque géopolitique.

La forte croissance des ventes de véhicules électriques depuis le début de cette année est un signe intéressant de ce point de vue. Le sujet clé est cependant de savoir si la crise actuelle conduira à une accélération forte et durable de la transition énergétique. Nous n’avons à ce jour pas assez de recul pour en juger. D’autant plus qu’il y a d’autres signaux qui ne vont pas du tout dans le même sens, notamment les efforts de plusieurs pays asiatiques pour substituer le charbon au gaz naturel, ce qui n’est pas vraiment une excellente nouvelle pour la planète.

Propos recueillis par Wassila Ould Hamouda pour Horizons.