Les négociations de la semaine dernière entre l’Iran et les États-Unis n’avaient pas abouti. Qu’attendre de ces nouveaux pourparlers ?
Il ne s’agissait pas d’un échec la semaine dernière, juste d’un premier round. Cette fois, je miserai plutôt sur la signature d’un accord cette semaine ou la suivante, sans qu’il soit forcément définitif. Les deux parties ont tout intérêt à mettre un terme au conflit, quitte à faire des compromis de part et d’autre. En bloquant le détroit d’Ormuz, les Iraniens ont remporté une victoire symbolique, mais le régime reste très déstabilisé en interne. La gestion du détroit d’Ormuz offre néanmoins aux Iraniens un levier précieux afin de faire monter la pression avant les négociations et d’obtenir le maximum de Donald Trump.
De son côté, Trump cherchera à obtenir le minimum dont il a besoin pour sortir de ce bourbier la tête haute. S’il ne l’obtient pas, c’est plus inquiétant, car il lui reste peu de possibilités. Je ne crois pas que les États-Unis déploieront des centaines de milliers de soldats au sol. Ils pourraient détruire les infrastructures électriques et les ponts iraniens, comme Trump a menacé de le faire, ou accentuer les bombardements jusqu’à l’utilisation, peut-être, d’une méga bombe, comme en Afghanistan. Sans que cela ne garantisse un quelconque changement de régime…
Les représentants iraniens maintiennent un doute sur leur présence à Islamabad. Tentent-ils un coup de force ?
Tout cela fait partie d’un poker menteur. Comme lors d’une dispute à table, vous vous levez en faisant mine de partir puis vous vous rasseyez. C’est du théâtre. Tout comme les escarmouches dans le détroit d’Ormuz ce week-end. Aucune des deux parties n’a pour intérêt de faire traîner ces négociations. Elles n’ont pas le choix.
L’absence d’accord fragilise-t-elle Trump sur la scène intérieure américaine ?
Attention, il ne faut pas l’enterrer trop vite, car il peut compter sur une base Maga très solide. Lors d’un meeting, le 17 avril, organisé par Turning Point à Phoenix (Arizona), il s’est fait acclamer pour avoir annoncé que le détroit d’Ormuz était rouvert ! Avant qu’il ne déclare la guerre à l’Iran, le détroit était déjà ouvert… C’est un tour de passe-passe extraordinaire.
Mais sa popularité en pâtit quand même…
Cette guerre a été déclarée par Donald Trump contre l’avis du vice-président, J.D. Vance, de sa cheffe de cabinet, Susie Wiles, de la plupart des généraux du Pentagone et des élus républicains. Trump a déployé la flotte américaine la plus importante depuis 2003, il s’est embarqué sans stratégie et doit justifier ses gesticulations depuis.
Le président a été élu sur la promesse de ne jamais entraîner le pays dans une guerre à rallonge. Or c’est ce qui est en train de se passer. Ce que critiquent au quotidien les influenceurs Maga isolationnistes. Par ailleurs, le coût de l’essence flambe au pays de la voiture reine, ce qui s’ajoute à une inflation galopante. Avant la guerre, Trump disposait de 40 % de popularité. Elle s’effrite et se situe désormais autour de 37 % [soit, selon NBC News, le plus bas niveau depuis le début de son deuxième mandat, NDLR]. Trump n’a jamais été aussi fragile.
À quel point cela peut-il compter pour les élections de mi-mandat, en novembre ?
L’administration Trump semble avoir prévu de contester les résultats de ces élections. Cela peut passer si elle concède quelques défaites. Mais pas en cas de vague démocrate ! Or, c’est un scénario qui se profile. Pour se dépêtrer de cette guerre, Trump cherche donc la sortie de secours, et mendie un compromis pour passer à autre chose. Peut-être au cas Cuba, qui lui permettrait de faire oublier ce guêpier avant les midterms. J.D. Vance, lui, rêve de rentrer du Pakistan avec un accord. Et ainsi d’apparaître comme le faiseur de paix.
Propos recueillis par Bartolomé Simon pour Le Point.
