Notes / Europe, Union européenne, OTAN
22 juillet 2016
Ranimer l’Europe
Copernic, Darwin et la psychanalyse : une célèbre tirade de Sigmund Freud distinguait les trois tournants qui auront forcé l’homme à remettre en cause sa place dans l’univers. Dans Une difficulté de la psychanalyse (1917), il affirmait que ces ruptures successives avaient permis de prouver que l’homme n’était respectivement ni au centre de l’univers, ni au centre de la Création, ni le terme indépassable de l’Histoire, ni même le maître absolu de sa propre conduite individuelle. Et l’homme de devoir par-là renoncer à ses « illusions narcissiques » sur le monde.
L’Europe d’aujourd’hui, à sa propre échelle, est aux prises avec des blessures de nature similaire. Elles se sont brutalement ouvertes le 23 juin dernier1, alors que le Royaume-Uni se rendait aux urnes pour se prononcer sur son appartenance à l’Union européenne. Invité par son Premier ministre à faire à un choix déterminant entre interdépendance et insularité, le pays a choisi de couper le fil de son histoire européenne. Le 24 juin à l’aube, l’UE se réveillait à 27.
Pour avoir été infligée par ses propres peuples, il s’agit d’une blessure qui risque de laisser des traces profondes, dont les plus durables sont nul doute les moins perceptibles aujourd’hui. Il faudra du temps à l’Europe pour en prendre la mesure, et davantage encore pour en tirer un avenir commun. Cependant, le « Brexit » n’est que la forme la plus récente et la plus démonstrative des « blessures narcissiques » infligées au projet européen par les mutations du monde depuis le tournant du siècle…