Les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver à l’épreuve de la durabilité

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Moins populaires que les Jeux olympiques et paralympiques d’été, les Jeux d’hiver n’en représentent pas moins un événement majeur du sport international. Peut-on pour autant vraiment parler de sport international ? Les Jeux d’hiver constituent principalement un terrain de compétition entre des délégations issues de pays majoritairement occidentaux, plus largement dits « du Nord ». Une explication relativement évidente relève de la répartition géographique des régions froides et montagneuses, lieux traditionnels de la pratique des sports d’hiver. Si le nombre de délégations présentes a augmenté au fil du temps – avec à chaque édition de nouveaux États qui envoient des athlètes concourir, comme les Émirats arabes unis (É.A.U) ou le Bénin en 2026 –, l’écrasante majorité des athlètes sont issus de d’États occidentaux. Il en va de même des lieux d’organisations des Jeux d’hiver, dont l’ensemble des éditions se sont déroulées dans treize pays, quasi exclusivement du Nord. Ce constat remet en question la volonté de représentativité et d’universalité d’une telle compétition sportive.

Les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver n’en demeurent pas moins un événement au cœur des enjeux géopolitiques mondiaux. La question de l’exclusion de certaines délégations a à nouveau été un sujet brûlant à Milan-Cortina : si les délégations officielles russes et bélarusses n’ont pas été autorisées à concourir sous leurs drapeaux aux Jeux olympiques – quelques athlètes ayant participé sous bannière neutre – des délégations officielles participeront aux Jeux paralympiques, ce qui pourrait annoncer une réintégration graduelle de la Russie et du Bélarus dans les compétitions sportives internationales [1]. La question de la participation d’athlètes ayant participé à des conflits a également concerné la délégation israélienne, dans laquelle était notamment présent un athlète ayant activement soutenu l’action militaire à Gaza, mais qui a néanmoins été autorisé à concourir. Preuve que les instances olympiques peinent à tenir une ligne claire, au-delà de la traditionnelle volonté de compétitions apolitiques.

Outre les enjeux de représentativité et d’inclusion ou d’exclusion de certaines délégations liées aux réalités géopolitiques, s’impose également la question de la durabilité. Si les Jeux de Milan-Cortina ne fournissent pas autant que de précédentes éditions l’image d’une olympiade se déroulant sur de fines bandes de neiges dessinées sur des montagnes verdoyantes, le recours à la neige artificielle y a été massif, et le bilan carbone de l’édition, estimé dans un rapport [2] de Scientists for Global Responsibility et du New Weather Institute à 930 000 tonnes de gaz à effet de serre, vient lui aussi aggraver le phénomène de dérèglement climatique. Dans ce contexte, l’étude Climate change and the future of the Olympic Winter Games: athlete and coach perspectives [3] vient souligner les risques qui pèsent sur le futur des olympiades d’hiver. À travers différents scénarii d’émission de gaz à effet de serre, et en fonction de quatre critères, il s’agit d’évaluer la possibilité d’organiser à l’avenir les Jeux d’hiver dans les mêmes lieux. Dans l’ensemble des scénarii, de nombreuses villes ne pourraient plus accueillir dans les mêmes conditions la compétition aux horizons 2050 et 2080. Derrière cet enjeu climatique apparaît celui de l’acceptabilité sociale de telles compétitions. L’organisation des Jeux de Milan-Cortina a donné lieu à des manifestations en marge de la cérémonie d’ouverture pour dénoncer les conséquences environnementales de l’événement. Il en va de même des coûts économiques, qui ont souvent dépassé les projections initiales lors des différentes éditions, et qui pèsent sur les finances nationales des États organisateurs. C’est ce que souligne notamment les études An evaluation of the sustainability of the Olympic Games et Sustainability at stake: evaluating the Beijing Winter Olympics through a conceptual model [4], qui proposent un modèle d’évaluation de la durabilité des Jeux d’hiver en fonction de trois critères : environnemental, économique et social.

Manque de diversité et de représentativité des délégations et des villes organisatrices, tensions géopolitiques qui imprègnent la compétition, dérèglements climatiques et conséquences environnementales et financières qui en interrogent l’acceptabilité : les facteurs qui pèsent sur la durabilité des Jeux d’hiver sont à la fois multiples et le reflet des grandes tendances géopolitiques à l’œuvre.


[1] Lukas Aubin. « La Russie de retour dans le sport mondial ? », IRIS, février 2026. https://www.iris-france.org/la-russie-de-retour-dans-le-sport-mondial/.                                    

[2] S. Parkinson and A. Simms (2026), How the Winter Olympics being a platform for polluters is melting the snow it depends on, New Weather Institute, Scientists for Global Responsibility, and Champions for Earth.

[3] Scott, D., Knowles, N. L. B., Ma, S., Rutty, M., & Steiger, R. (2023). Climate change and the future of the Olympic Winter Games: athlete and coach perspectives. Current Issues in Tourism26(3), 480–495. https://doi.org/10.1080/13683500.2021.2023480

[4] Müller, M., Wolfe, S.D., Gaffney, C. et al. An evaluation of the sustainability of the Olympic Games. Nat Sustain 4, 340–348 (2021). https://doi.org/10.1038/s41893-021-00696-5
Chen, G., Liu, X., Jing, S., Ma, D., Jiang, Z., & Sun, Y. (2025). Sustainability at stake: evaluating the Beijing Winter Olympics through a conceptual model. Sport in Society, 1–21. https://doi.org/10.1080/17430437.2025.2518099