Notes / Asie-Pacifique
5 octobre 2026
Le sommet franco-coréen et une nouvelle étape de la coopération stratégique
Le changement le plus significatif de la diplomatie des sommets franco-coréens en 2026 ne réside pas dans la multiplication des rencontres. Il tient au fait que, cinq mois à peine après avoir élevé leur relation au rang de « partenariat stratégique global » à Séoul le 3 avril, les deux pays ont commencé, le 8 septembre à Paris, à donner une traduction concrète à ce partenariat par des accords, des dialogues de haut niveau, des coopérations entre entreprises et des échanges militaires. Au lendemain du sommet d’avril, j’avais souligné que la tâche suivante de la relation franco-coréenne ne consistait pas à forger une nouvelle rhétorique, mais à mettre en place des mécanismes opérationnels pérennes : instances de concertation diplomatique et de défense, feuille de route de la coopération de défense, concrétisation industrielle de la coopération nucléaire et coopération en matière de sous-marins nucléaires d’attaque (SNA). Le sommet de septembre a répondu en grande partie à cette exigence, tout en mettant clairement en lumière les lacunes institutionnelles qui restent à combler.
Réduire ce sommet au simple renforcement d’une relation bilatérale ne permet pas d’en saisir pleinement la portée stratégique. Lors de la déclaration conjointe à la presse, le président Emmanuel Macron a souligné qu’en cette période de recomposition du monde, la Corée et la France devaient agir ensemble dans les domaines de la défense, de la sécurité, de la technologie et de l’énergie, tout en préservant chacune leur « souveraineté » et leur « autonomie stratégique ». L’autonomie stratégique ne signifie pas ici rejeter les alliances ni adopter une neutralité mécaniquement équidistante entre les États-Unis et la Chine ; elle renvoie plutôt à la capacité de juger et d’agir par soi-même, ainsi qu’à l’élargissement de ses marges de choix dans les domaines touchant aux intérêts nationaux essentiels, aux chaînes d’approvisionnement, à la technologie et à la sécurité. Le président français est allé jusqu’à affirmer que l’action commune des deux pays leur permettait d’échapper à toute « vassalisation » par quelque grande puissance que ce soit, qualifiant cette démarche de « coalition des indépendants » et estimant que la relation franco-coréenne en offrait une illustration exemplaire.