Notes / Moyen-Orient / Afrique du Nord
20 mars 2026
L’autoritarisme est-il une fatalité dans les sociétés du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord ?
La quasi-totalité des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord demeurent classés comme « non libres » par Freedom House, et aucun État arabe n’atteint le statut de démocratie consolidée selon les standards internationaux. Si la région demeure un laboratoire de la permanence autoritaire, ce statu quo interroge moins la nature des régimes que leur remarquable capacité d’adaptation. Giuliano da Empoli voit en Mohammed Ben Salmane « un nouveau Borgia » oriental, incarnation d’un pouvoir modernisateur en apparence, mais fondamentalement absolutiste. Sous le vernis des réformes économiques et des campagnes de communication, le pouvoir se recompose sans se transformer ; il épouse les formes du capitalisme numérique et de la gouvernance managériale, tout en reconduisant les réflexes de la verticalité et du contrôle.
Comprendre cette résilience suppose d’en retracer la généalogie et d’en saisir les mécanismes profonds. Juan Linz définit l’autoritarisme comme un système où le pluralisme politique demeure limité, sans idéologie mobilisatrice, concentrant le pouvoir entre les mains d’un chef ou d’un groupe restreint. Steven Levitsky et Lucan A. Way ont montré, dans leur théorie du competitive authoritarianism, que nombre de régimes contemporains brouillent les frontières entre démocratie et dictature. La région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord illustre pleinement cette hybridation du pouvoir ; les héritages coloniaux, la rente pétrolière, le poids du religieux et les ingérences extérieures y ont ainsi tissé une matrice autoritaire durable.