Élections de mi-mandat aux États-Unis : quel scénario selon les résultats ?

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Le 3 novembre, les électeurs américains se rendront aux urnes pour les élections de « mi-mandat » (midterms). Sont en jeu les 435 sièges de la Chambre des représentants et 35 des 100 sièges du Sénat, ainsi que de nombreux mandats locaux. La très courte majorité républicaine à la Chambre et la majorité, un peu plus confortable, au Sénat sont toutes deux menacées. À en juger par les indicateurs disponibles, les démocrates semblent bien partis pour réaliser une bonne performance.

Il n’est pas inhabituel que le parti du président sortant essuie un revers lors de ces élections, mais les sondages sont particulièrement défavorables aux républicains pour cette échéance de 2026. Le président lui-même affiche des niveaux de popularité historiquement faibles — les sondages récents situent son taux d’approbation autour de 38 % — et les perspectives de la plupart des candidats républicains au Congrès sont étroitement liées au sort politique de Trump. La campagne militaire de l’administration en Iran, impopulaire, ainsi que les questions liées au coût de la vie ont rendu les électeurs américains particulièrement mécontents ces derniers mois. Dans les sondages « génériques », les démocrates devancent les républicains de 8 points ou davantage, soit bien au-delà de la marge d’erreur. Plus révélateur encore, les républicains consacrent de plus en plus de ressources à défendre des sièges dans des territoires que Trump avait remportés largement en 2024. Dans des États comme le Texas, l’Iowa, l’Ohio et l’Alaska, où les républicains ont largement dominé ces dernières années, le parti du président est désormais sur la défensive. Les démocrates ont eux aussi leurs difficultés, et l’image du parti est loin d’être excellente auprès de nombreux électeurs, mais ils devraient néanmoins réaliser une bonne performance.

Les chances des démocrates de reprendre la Chambre des représentants sont très bonnes. Il leur suffit de gagner trois sièges nets pour obtenir la majorité, et ils semblent bien placés pour y parvenir. Le Sénat est plus compliqué. Initialement, la carte électorale de cette année n’était pas particulièrement favorable à la minorité démocrate, mais, ces derniers mois, la dynamique semble s’être retournée contre plusieurs candidats républicains vulnérables. Certains pronostics donnent désormais un léger avantage aux démocrates, qui pourraient, tout juste, parvenir à remporter les quatre sièges nécessaires pour faire basculer le Sénat. Ce sera extrêmement serré.

Si les démocrates parviennent à s’imposer dans les deux chambres, le changement sera probablement plus progressif que radical. Le chef de la minorité démocrate à la Chambre, Hakeem Jeffries, serait bien placé pour devenir président de la Chambre (Speaker). Jeffries est politiquement situé au centre-gauche et est étroitement lié à l’establishment démocrate. Au Sénat, le chef de la minorité, Chuck Schumer, qui a déjà occupé le poste de chef de la majorité, convoite clairement cette fonction. Il rencontrera probablement une certaine opposition, mais il est le favori présumé. Schumer est lui aussi un pragmatique et un institutionnaliste. Ces deux dirigeants sont assez éloignés de certains des progressistes les plus en vue du parti, comme Bernie Sanders ou Alexandria Ocasio-Cortez.

Pour Donald Trump, en revanche, le retour de l’une ou des deux chambres du Congrès sous contrôle démocrate constituera presque certainement un casus belli. Avec une majorité démocrate au Congrès, les deux dernières années de la présidence Trump seront sans doute exceptionnellement houleuses et conflictuelles.

Voici trois pronostics pour la période qui suivra les midterms :

En cas de victoire démocrate, Donald Trump contribuera davantage encore à saper la confiance dans le système démocratique américain. Le président est certainement conscient des perspectives médiocres des républicains et semble avoir eu du mal à trouver un message susceptible d’améliorer leurs chances tout en prenant ses distances avec une éventuelle défaite électorale. Au lendemain d’une mauvaise élection pour les républicains, il est toutefois très probable que Trump et son administration mettent en cause la fiabilité du système électoral lui-même. Trump a attaqué à plusieurs reprises le vote par correspondance, affirmé que des non-citoyens, supposément favorables aux démocrates, votaient en grand nombre, et accusé de fraude toute une série de responsables électoraux locaux dans des circonscriptions favorables aux démocrates. Il a même été question de déployer des agents fédéraux, notamment du FBI et de l’ICE, dans les bureaux de vote à travers le pays. Si son parti perd, il faut s’attendre à des accusations virulentes de « vol » de l’élection de la part de Trump, avec les effets corrosifs que l’on peut imaginer sur la culture démocratique américaine lorsqu’un président des États-Unis formule de telles accusations. Les recours judiciaires infondés que les républicains pourraient engager contre les résultats électoraux n’auraient guère plus de chances d’aboutir que ceux de 2020, lorsque Trump avait déjà cherché à « stop the steal » après avoir perdu l’élection présidentielle. Mais le mal, lui, serait déjà fait.

La paralysie gouvernementale sera inévitable. En cas de victoire démocrate, les chances de parvenir à un accord bipartisan sur les éléments fondamentaux de la gouvernance au cours des deux années qui resteront à Trump à la Maison-Blanche seraient pratiquement nulles. On peut notamment s’attendre à des affrontements persistants et perturbateurs autour du processus budgétaire. Des shutdowns de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois, sont très probables. Contrairement à ses prédécesseurs, Trump semble avoir une grande tolérance pour le fait de mettre à l’arrêt une grande partie du gouvernement plutôt que de parvenir à un compromis négocié avec le Congrès, et il a déjà utilisé la menace d’un shutdown comme arme dans ses affrontements avec le Congrès. On peut espérer qu’il n’ira pas jusqu’à provoquer un défaut de paiement de la dette américaine, mais le président a démontré qu’il était à l’aise avec le recours au bras de fer autour du relèvement du plafond de la dette, avec des risques potentiellement considérables pour l’économie internationale si un différend avec le Congrès sur cette question restait sans solution. En cas de shutdown, Trump pourrait également recourir à des moyens juridiques contestables pour poursuivre certaines opérations gouvernementales qu’il juge prioritaires — la guerre en Iran ou les opérations de l’ICE contre les immigrés, par exemple.

Le Congrès contre-attaquera. Les chances de voir Donald Trump faire une nouvelle fois l’objet d’une procédure de destitution sont élevées. Le Congrès pourrait invoquer plusieurs motifs, mais l’une des voies d’attaque qui présenterait certains avantages politiques pour les démocrates pourrait concerner les opérations militaires controversées menées par Trump en Iran. En vertu du War Powers Act, le président est légalement tenu d’informer le Congrès dans les 48 heures suivant le lancement d’opérations militaires et de solliciter une autorisation du Congrès dans un délai de 60 jours. Trump n’a fait ni l’un ni l’autre. La Chambre disposerait très certainement des voix nécessaires à une mise en accusation — l’équivalent, aux États-Unis, d’un acte d’accusation contre le président — et, si les démocrates contrôlent également la chambre haute, un procès se tiendrait au Sénat. Compte tenu de la majorité des deux tiers nécessaire pour condamner le président, une destitution effective paraît très improbable. À la Maison-Blanche comme au Congrès, cependant, une grande partie du travail quotidien risque de s’arrêter tandis que les deux branches du gouvernement se livreront une véritable guerre institutionnelle. Parallèlement, le Congrès mènera des auditions hostiles et pourrait même engager des procédures de destitution contre d’autres responsables de l’administration.

En cas de victoire démocrate aux midterms, la fin de la présidence Trump risque donc d’être particulièrement difficile.


Retrouvez régulièrement les éditos de Jeff Hawkins, ancien diplomate américain, chercheur associé à l’IRIS, pour ses Carnets d’un vétéran du State Department.