Divisions au sein de l’administration Trump : la guerre comme reflet d’une fragilisation du soutien à la politique étrangère états-unienne

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  • Marie-Cécile Naves

    Marie-Cécile Naves

    Directrice de recherche à l’IRIS, directrice de l’Observatoire Genre et géopolitique

Joseph Kent a annoncé sa démission de l’administration Trump le 17 mars pour protester contre l’implication états-unienne dans la guerre en Iran. En quoi cette décision témoigne-t-elle d’une division profonde au sein de l’administration Trump et du camp républicain ?

La démission de Joseph Kent, qui a donné comme raison que c’est sous la pression israélienne et du lobby American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) que les États-Unis étaient entrés en guerre, s’inscrit dans la suite de la déclaration, au début du mois, du ministre des Affaires étrangères états-unien, Marco Rubio (qui a été obligé de rétropédaler après).

Sur ce sujet, le bruit de fond des podcasters influents comme Megyn Kelly, Joe Rogan, Tucker Carlson, et même Steve Bannon grossit. Ils ont retenu la rupture de la promesse trumpienne sur l’engagement dans des conflits extérieurs, d’une part, et font monter la musique anti-Israël, d’autre part. Cela revêt une importance structurelle dans la mesure où cela alimente des divisions déjà présentes sur l’avenir du mouvement MAGA, avec notamment la montée d’un mouvement antisémite incarné par la frange Nick Fuentes. MAGA peut-il devenir encore plus extrémiste ? Oui et le sujet de la guerre ne manquera pas d’attiser les tensions. Le 25 mars 2026 s’ouvre, à Dallas, le traditionnel Conservative Political Action Conference, à savoir la grande messe des ultraconservateurs qui nous donnera une idée des rapports de force. Quant au vice-président Vance, il se garde bien de prendre la parole. Il ne soutient pas la guerre parce qu’il sait qu’elle est électoralement impopulaire et que ce qu’il a en tête, c’est l’après-Trump.

Le président Trump maîtrise encore le contrôle sur le parti républicain : il soutient des candidates et candidats aux primaires en vue des Midterms, avec sa menace de la punition pour les moins fidèles, et il continue d’imposer aux élues et élus du Congrès (qui, par deux fois, ont refusé de sanctionner le déclenchement de la guerre), de le soutenir.

Dans quelle mesure les décisions de politique étrangère de Donald Trump — l’intervention au Venezuela, les frappes en Iran, blocus de Cuba —, sont-elles soutenues par son électorat et, plus largement, par l’opinion publique états-unienne ?

La guerre n’est pas populaire aux États-Unis et ne risque pas de le devenir.L’opinion publique états-unienne n’est pas derrière le président comme elle était derrière George W. Bush en 2001-2002. Mois d’un tiers des Américaines et Américains soutiennent Trump et ce soutien se concentre principalement au sein de l’électorat MAGA.

Il semblerait que Donald Trump ne parle plus à son électorat, sauf pour réaffirmer la toute-puissance militaire des États-Unis, faire le « show » ou faire des blagues. Comme si la guerre était un jeu, une distraction, un moment à passer, voire une « excursion ». Sur le pétrole, il a même affirmé que l’augmentation du cours est une bonne nouvelle : les États-Unis étant un gros producteur, ils (en l’occurrence ici les majors états-uniennes) vont s’enrichir. Le lendemain, il déclare que « les prix montent, mais faites-moi confiance, je vais gagner la guerre et tout redeviendra normal ».

Parle-t-il à ses électeurs, à ses amis entrepreneurs ou à Wall Street ? On dirait qu’il parle surtout aux marchés. Combien de temps cela tiendra-t-il ? Difficile à dire.

Dans un contexte marqué par des coupes budgétaires (« shutdown » partiel) et à l’approche des élections de mi-mandat de novembre 2026, la stratégie de l’administration Trump en matière de politique intérieure est-elle susceptible de consolider son électorat, ou au contraire d’accentuer les divisions, y compris au sein du Parti républicain ?

La popularité du président Trump est en baisse constante, mais il est clair que l’électorat républicain le soutient encore : chez les MAGA, la fidélité relève d’une logique de culte du chef ; au-delà, il donne satisfaction sur plusieurs enjeux – expulsions des immigrés, obsession anti-trans, baisse des impôts des plus riches, retours en arrière sur l’écologie. Il n’y a pas tromperie sur la marchandise.

Le problème ici, c’est le pouvoir d’achat et ce soutien se fissurera si les prix continuent d’augmenter. C’est ce qu’on appelle le mur du réel. Ce contexte est évidemment lié à la guerre en Iran : l’augmentation du prix du pétrole, donc de l’essence, résulte directement de la guerre. Or, l’essence était quasiment le seul produit dont le prix diminuait aux États-Unis ces derniers mois. Et ce n’est pas tout : l’augmentation du prix du pétrole, si elle se confirme, se répercutera par un accroissement des coûts de production dans beaucoup de secteurs économiques : l’agriculture, la grande distribution, l’industrie, etc.

N’oublions pas le coût direct de cette guerre, près de 15 milliards de dollars à ce stade, alors que des millions d’Américaines et d’Américains perdent leur assurance santé, n’ont plus de job pour beaucoup de fonctionnaires fédéraux, ne peuvent pas emprunter pour acheter un logement, etc. Par ailleurs, la Maison-Blanche demande une rallonge de 200 milliards au Congrès pour le budget militaire, en plein « shutdown » partiel.

Les Midterms, si elles se tiennent (car la Maison-Blanche envisage très sérieusement de les reporter, voire de les annuler tant les perspectives de défaite sont grandes à ce stade), ne se dérouleront pas dans des conditions normales : Donald Trump souhaite supprimer le vote par correspondance, imposer de nouvelles règles pour accéder aux bureaux de vote, voireempêcher certaines populations de voter, contester les résultats en cas de défaite, etc. L’envoi de ICE dans les aéroports est un test de contrôle de la population. C’est sa réponse à l’impopularité.