Notes / Observatoire de l’information et des stratégies d’influence
10 avril 2026
De la désinformation soviétique à la guerre cognitive russe : un siècle d’art de la guerre des esprits
Depuis plus d’un siècle, la Russie – d’abord soviétique, puis post-soviétique – conçoit l’information non comme un simple vecteur de communication, mais comme un instrument stratégique à part entière. Dès les années 1920, la propagande bolchevique ne se limitait pas à convaincre : elle visait à structurer les perceptions, à orienter les comportements et à fragiliser la cohésion des sociétés adverses. La désinformation n’était pas un artifice périphérique du pouvoir, mais l’un de ses fondements.
Avec l’effondrement de l’Union soviétique et l’irruption du numérique, cette logique n’a pas disparu ; elle s’est transformée. À partir des années 1990, les stratèges russes ont intégré une réalité nouvelle : la domination ne se joue plus uniquement sur les champs de bataille matériels, mais dans les représentations mentales. La vérité elle-même devient alors un espace de confrontation. C’est dans ce contexte qu’émerge ce que Moscou qualifie successivement de guerre informationnelle, puis de guerre cognitive : une conflictualité diffuse, sans ligne de front, où l’objectif n’est plus de vaincre l’ennemi, mais de le désorienter, de l’épuiser psychologiquement, de fragmenter son rapport au réel.
De Lénine à Poutine, une même ambition traverse les ruptures de régime : façonner la perception du réel afin de contraindre l’action de l’autre. Face à cette stratégie, les réponses les plus décisives ne relèvent plus exclusivement de la puissance militaire, mais de la rapidité de l’information, de la transparence des institutions et de la résilience cognitive des sociétés.