Analyses / Moyen-Orient / Afrique du Nord
2 mars 2026
Attaques israélo-états-uniennes contre l’Iran : quelles conséquences sur les monarchies du Golfe ?
Les attaques israélo-états-uniennes sur l’Iran auront des conséquences importantes sur l’ensemble des monarchies du golfe Arabo-Persique. Depuis des siècles, cette région a appris à cohabiter avec le voisin persan. Un voisinage compliqué voire conflictuel à bien des égards mais imposé par la proximité géographique et le partage d’un espace commun.
Depuis l’avènement du régime des Mollahs en 1979, la relation a pris une coloration religieuse et s’est transformée en lutte d’influence pour la domination du monde musulman entre sunnites et chiites. La volonté iranienne d’extension de son influence au Proche et Moyen-Orient en constituant un glacis d’affidés au service de ses intérêts (chiites iraquiens, Hezbollah, Houthis) a débouché sur une première confrontation qui a opposé l’Irak de Saddam Hussein à l’Iran dans les années 1980.
Les pays du Golfe face à un voisinage contraint
Devant cette menace, les monarchies du Golfe se sont rapprochées de l’Occident honni par Téhéran. Elles ont construit leur prospérité sous le parapluie de la protection états-unienne et des pétrodollars alors que l’Iran subissait les conséquences des rêves d’expansion de leurs dirigeants par des sanctions de plus en plus sévères et un isolement progressif.
Pendant ces quatre décennies les monarchies du Golfe, à des degrés divers, ont essayé de contenir l’influence de leur remuant voisin. Une grande partie du commerce sous embargo vers l’Iran passait par Dubaï tandis qu’Oman, fort de sa neutralité affichée, essayait de jouer les facilitateurs ou « de boîte aux lettres » entre les Téhéran et Washington. La première partie des négociations sur l’accord sur le nucléaire iranien a débuté à Mascate en Oman en 2011. Depuis lors, le sultanat entretient de bonnes relations avec la République islamique d’Iran mais n’a jamais été très proche. Les Omanais se sont toujours méfiés de leur voisin avec lequel ils partagent le contrôle du détroit d’Ormuz.
Le Qatar quant à lui a essayé de son côté de maintenir des relations de bon voisinage avec Téhéran.
Bahreïn a toujours eu des relations compliquées avec la République islamique d’Iran. La famille Al-Khalifa, au pouvoir et de confession sunnite, soupçonne Téhéran de soutenir la composante chiite (représentant environ 50 % de la population) et de fomenter des troubles dans le pays. À ce titre, les évènements de 2011 qui ont fait vaciller le trône sont très vivaces dans la mémoire des Bahreïnis.
Autre grande puissance du Golfe, l’Arabie saoudite possède également une composante chiite, bien que minoritaire et sur sa façade orientale. La monarchie saoudienne gardienne des lieux saints de l’Islam se méfie également de son voisin iranien. À plusieurs reprises des troubles ont été provoqués par Téhéran lors du pèlerinage à la Mecque. La monarchie saoudienne gardienne des lieux saints de l’Islam se méfie de son voisin iranien. Par ailleurs, Riyad voyait avec inquiétude se constituer un « axe de la résistance » dominé par Téhéran autour du Royaume (Hezbollah au Liban, régime d’Assad en Syrie, chiites en Irak et Houthis au Yémen). Un croissant chiite qui avaient des allures d’encerclement quasi-total. Cependant, l’affaiblissement du Hezbollah avec l’élimination par les Tel-Aviv du charismatique Hassan Nasrallah en septembre 2024, la chute du régime d’Assad en décembre de la même année et les frappes israélo-américaines en juin 2025 ont desserré cet étau.
L’Arabie saoudite qui, contrairement aux Émirats arabes unis et Bahreïn, a fait le choix de ne pas rejoindre les accords d’Abraham, a profité de sa stature de leader régional pour emprunter une autre voie tout en rééquilibrant son alliance avec les États-Unis .
S’il fût un temps il avait été envisagé d’inclure l’Iran (affaibli) dans une architecture de sécurité au Moyen-Orient, un nouvel axe sunnite est en cours de constitution marqué par le rapprochement entre l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan (seul État musulman à posséder l’arme atomique). Cette nouvelle donne permet aux saoudiens de ne pas dépendre exclusivement des États-Unis pour leur sécurité.
Quelles réactions les attaques iraniennes risquent-elles de susciter auprès des pays du Golfe ?
En s’attaquant à ses voisins du Golfe l’Iran a pris le risque de rompre l’équilibre fragile qui s’était instauré au fil des ans. Pour l’instant, les pays attaqués sur leur sol n’ont pas répliqué mais qu’en sera-t-il si ces pays décidaient de le faire ? La plupart de ces pays sont liés par des accords de défense avec les États-Unis mais également avec la France et le Royaume-Uni. La France sera-t-elle contrainte de participer à la défense des Émirats arabes unis en vertu des accords de défense qui les lient ? L’attaque contre la base d’Al Dhaffra restera-t-elle sans conséquence ?
Même le Sultanat d’Oman n’a pas été épargné par les missiles iraniens qui ont visé le port de Doqum (où Britanniques et États-Uniens bénéficient de facilités portuaires). En n’épargnant pas le Sultanat, l’Iran se prive d’un précieux soutien et notamment du seul pays « ami » de la région qui s’est beaucoup dépensé pour aboutir à un accord qui aurait évité l’attaque américaine. Il est peu probable que les Omanais ne réagissent pas à la fermeture du détroit d’Ormuz dont ils partagent le contrôle avec l’Iran.
Les attaques du 28 février 2026 plongent la région dans l’inconnu et risquent d’avoir des retombées imprévisibles. Il est encore trop tôt pour prévoir les conséquences des attaques en cours sur l’Iran. Le régime des Mollahs et des Gardiens de la révolution va-t-il s’effondrer ou vaciller après l’élimination de Ali Khamenei le Guide suprême. Qui sera envisagé pour remplacer la théocratie et les Pasdarans ? Nul ne le sait encore. Le pouvoir iranien a-t-il les ressources pour survivre et sous quelle forme ? En cas de chaos comment gérer le voisinage d’un pays qui compte 85 millions d’habitants ? Toutes ces questions demeurent pour l’instant sans réponse.