Anthropologie du croire à l’âge de l’intelligence artificielle : le « croire augmenté »

  • François Mabille

    François Mabille

    Chercheur associé à l’IRIS, directeur de l’Observatoire géopolitique du religieux

« À l’âge des machines apprenantes, la croyance ne se situe plus seulement du côté des doctrines religieuses, mais dans les interfaces mêmes qui médiatisent le monde. Croire aujourd’hui ne consiste plus seulement à adhérer à un dogme, mais à faire confiance à des dispositifs, à des algorithmes et à des flux d’informations qui agissent comme autant de producteurs de réalité :

« À l’automne 2024, les visiteurs de la chapelle Saint-Pierre de Lucerne, en Suisse, ont pu s’adresser à un confesseur pour le moins inattendu : Jésus. Ou plutôt « AI Jesus », un avatar au visage du Christ s’affichant sur un ordinateur, placé pendant deux mois dans un confessionnal, et à qui les fidèles et les curieux de passage ont pu confier leurs pensées intimes et leurs questions existentielles… Questions auxquelles il a ensuite répondu point par point, animé par une intelligence artificielle (IA) de type GPT-4o, produite par OpenAI, l’entreprise à l’origine du fameux Chat GPT. L’IA peut-elle donc nourrir la spiritualité ? « Toute connaissance et toute sagesse viennent en fin de compte de Dieu », a pour sa part répondu l’avatar de Jésus, lors d’une démonstration à laquelle l’agence Associated Press (AP) a pu assister ».

C’est pourquoi l’anthropologie du croire ne peut se contenter de décrire la persistance du religieux dans la modernité : elle doit interroger la manière dont la technique, en devenant environnement, reconfigure les formes élémentaires de l’expérience de la foi, de la présence et du sens… »

Cette note est la troisième d’une série de l’Observatoire géopolitique du fait religieux intitulée : « Intelligence artificielle et recomposition du croire : Le Sacré Codé » :