Notes / Sécurité humaine
10 janvier 2014
Les associations humanitaires sont-elles des institutions ?
Quel intérêt peut-on avoir, lorsque l’on étudie les associations humanitaires issues principalement de la vague des « French doctors », à se référer à une théorie d’un auteur de la fin du XIXème et du début du XXe siècle, en l’occurrence Maurice Hauriou ? L’exercice peut paraître d’autant plus risqué que la « Théorie de l’institution et de la fondation »[1] de Maurice Hauriou est largement discutée et que de surcroît d’aucuns voient Maurice Hauriou d’abord comme un penseur du service public.
On peut cependant rejoindre Gilles Jeannot. Pour lui, en effet, si l’œuvre de Maurice Hauriou « (…) apparaît complexe, éclatée, faite de reprises et de contradictions partielles », et si Maurice Hauriou est « situé idéologiquement comme un penseur catholique passablement réactionnaire » (…) , «ses positions intellectuelles ne se laissent pas réduire à cette définition (…)».
En premier lieu, il s’agit de se confronter à une théorie, c’est-à-dire à « un système d’idées qui fonde la pertinence d’observations concrètes, qui leur donne de la cohérence et qui rend leur explication adéquate à la réalité». À ce titre, on peut trouver de l’intérêt à la théorie de Maurice Hauriou, tout en partageant des critiques de néo-institutionnalistes, qui regrettent notamment que Maurice Hauriou ait délaissé la « dialectique institué/instituant » et les relations entre institutions lors de l’élaboration de sa théorie.
Ensuite, l’intérêt relève du postulat que l’institution est une réalité, un cadre d’analyse, voire un mode d’explication du monde, y compris au niveau international et une force utile par ses valeurs, son poids, sa pérennité et les services qu’elle fournit. On peut également émettre l’hypothèse que la force du pouvoir grandit quand il s’institutionnalise, car les institutions ne se réduisent pas à des constructions juridiques ou économiques qui seraient en quelque sorte des chambres d’écho du pouvoir. Pouvoir et institution se mêlent. Dans l’institution « Le pouvoir a pris de la hauteur et acquis une densité spécifique. Il s’affirme, quelle que soit l’identité de celui qui le représente temporairement. Abstraction et pérennité en sont les caractéristiques ». A tel point que Maurice Hauriou a posé la question de savoir si ce ne sont pas les institutions qui créent les règles du droit, et non l’inverse…