Iran, Venezuela : quelle doctrine Trump ?

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La promotion de la démocratie n’est pas une priorité pour Donald Trump. Les événements qui se sont produits tant au Venezuela qu’en Iran viennent en faire une nouvelle fois la démonstration. Certains, soit par cynisme, soit par naïveté, ont voulu croire que dans les deux cas, Donald Trump allait s’engager pour mettre fin à des régimes autoritaires largement contestés par leur propre population. Donald Trump a effectivement donné le sentiment ou l’illusion qu’il accompagnait la révolte populaire contre le pouvoir de Nicolás Maduro puis contre le régime des mollahs en Iran.

Côté vénézuélien, il avait commencé par attaquer des navires qui, selon lui, servaient au trafic de drogue à destination des États-Unis. Cela s’était traduit par l’assassinat d’individus de façon parfaitement illégale. C’est seulement par la suite qu’il a dénoncé l’illégitimité de Nicolás Maduro au pouvoir du fait des élections contestées de 2024 et de l’opposition d’une grande partie de la population. Cela a déclenché, au Venezuela et ailleurs, l’espoir d’une intervention américaine qui permettrait de renverser le régime et de débarrasser la population vénézuélienne d’un pouvoir corrompu, inefficace, dictatorial et de pouvoir y instaurer la démocratie. C’est ce que prônait notamment la lauréate 2025 du prix Nobel de la paix, María Corina Machado. Que s’est-il passé ensuite ? Il ne semble pas que ce soit l’opposition à l’encontre de Nicolás Maduro qui ait été le principal leitmotiv de l’opération états-unienne au Venezuela dans la nuit du 2 au 3  janvier dernier.  Les forces états-uniennes ont enlevé Nicolas Maduro de façon parfaitement illégale, quoi que l’on pense de Nicolás Maduro, pour qu’ensuite l’administration Trump s’arrange avec sa successeure, la jusqu’alors Vice-présidente Delcy Rodríguez, qui appartient au même régime. En rien un régime plus démocratique n’a été mis en œuvre et en rien la répression n’a cessé. La simple différence c’est que ce nouveau pouvoir se montre plus disposé à orienter les exportations de pétrole vers les États-Unis et moins vers la Chine, satisfaisant donc ainsi les objectifs de politique extérieure de Donald Trump. Aucun changement de régime n’est donc à attendre au Venezuela. Et cela, Donald Trump s’en moque tant que, sur le plan international, le nouveau pouvoir répond aux exigences des États-Unis sur différents points.

Côté iranien, dans le cadre des manifestations qui ont gagné en ampleur dans le pays au cours du mois de janvier, le président des États-Unis a dans un premier temps appelé la population à sortir dans la rue, se révolter contre le régime en affirmant que l’aide arrivait.  Les Iraniens se sont massivement révoltés contre le pouvoir. L’agitation autour d’un retour du fils du Shah évoqué par certains a participé à la crispation du régime qui a mis en œuvre une terrible répression. Donald Trump avait pourtant assuré qu’il bombarderait l’Iran si la révolte populaire était réprimée. Une répression massive, inédite par son ampleur sur un temps si court a pourtant bien eu lieu. Sa violence est d’ailleurs certainement centrale dans la fin du mouvement de contestation. Donald Trump s’était vanté d’avoir sauvé 800 vies grâce à ses menaces sur l’Iran – 800 exécutions ayant été suspendues par le régime à la mi-janvier. Mais le nombre de morts dus à la répression se compte désormais par dizaines de milliers. Et malgré ses déclarations, Donald Trump n’a rien fait. Il a soutenu la population dans sa révolte, l’y a poussée puis n’a rien fait. Cela rappelle l’épisode hongrois de 1956 : les États-Unis avaient poussé les Hongrois à la révolte. L’intervention soviétique du pacte de Varsovie était venue noyer dans le sang la révolte sans que les États-Unis ne fassent rien en retour parce qu’ils se refusaient à se lancer dans une guerre contre l’Union soviétique. Il en est de même en Iran.

Désormais, l’administration Trump se lance à nouveau dans des négociations avec un régime qui a noyé dans le sang la révolte légitime du peuple iranien. Ces négociations portent sur la fin du programme nucléaire iranien ou du moins sur son strict encadrement, mais également sur le soutien aux proxys, désormais largement affaiblis. Au-delà du discours, les observateurs qui estimaient qu’une intervention militaire américaine était nécessaire pour renverser le régime oubliaient que l’on ne renverse pas des régimes par les seules aventures militaires — il faut pour cela mettre des troupes au sol, ce que Donald Trump n’est pas prêt à faire et les précédents irakiens ou afghans n’amènent pas à plaider en ce sens. Donald Trump va donc probablement s’arranger avec le régime iranien si les Iraniens se montrent accommodants sur les négociations.

À partir du moment où l’Iran donnera un satisfecit sur le plan de la politique extérieure aux États-Unis, Donald Trump ne se préoccupera pas du degré de répression interne. Cela nous renvoie au début de la realpolitikselon Richard Nixon et Henry Kissinger qui ne se préoccupaient pas du comportement interne de l’URSS à l’égard de sa population tant que, sur le plan extérieur, cette dernière ne contrevenait pas aux objectifs de la politique des États-Unis. Les États-Unis de Donald Trump n’ont nullement eu l’intention de promouvoir la démocratie par une intervention militaire, ceux qui y ont cru en sont un peu pour leurs frais.

Donald Trump défend la conception qu’il a des intérêts des États-Unis. Qui peut s’en étonner ? Qui pouvait penser autre chose ? Il fallait être bien naïf pour penser qu’il allait devenir le champion de la démocratie et risquer la vie de soldats pour promouvoir ce concept.