Notes / Asia Focus
21 novembre 2019
La Belt and Road Initiative, une politique sino-centrée aux enjeux globaux
DEALAN RIGA : En lisant ce livre de Tom Miller intitulé China’s Asian Dream, que doit-on en déduire ? Le projet BRI, peut-il être considéré comme un rêve ?
BRUNO HELLENDORFF : Tout dépend de la manière dont l’on se positionne. Le « China Dream » c’est le grand rêve d’une « rejunevation » de la grande nation chinoise. Le projet BRI, c’est un cadre d’action à la politique étrangère chinoise.
Mais il est vrai que la BRI partage avec le rêve chinois une même logique. Ce rêve est avant tout un programme visant à consolider la place du parti communiste chinois à la tête du système politique et de la société chinoise. L’objectif est donc de replacer la politique du parti au centre de la vie des Chinois. On est donc loin du rêve américain qui lui est basé sur cette image d’une égalité des chances pour tout le monde. Chacun a sa chance, on peut tous vivre le rêve américain. En Chine, il s’agit d’un projet politique.
Quant aux ambitions normatives de la BRI, on comprend en effet que la Chine veut être productrice de normes internationales. L’argent qu’elle injecte dans la BRI, comme ailleurs, et comme font d’autres pays, sert à positionner ses intérêts sur la scène internationale. Donc, il y a cette dimension interne proéminente, mais aussi des intérêts au niveau international. BRI permet à la Chine, qui se veut État producteur de normes, de se projeter, de chercher à façonner les relations internationales. Elle commence par les relations qu’elle entretient avec son voisinage puis avance avec une logique de cercles concentriques qui lui est propre, vers des partenaires plus éloignés…