Le cessez-le-feu avec le Hamas a-t-il une chance de tenir sur la durée ?
Personne n’est sûr de rien et il faut rester prudent, car on a plusieurs fois été déçu par le passé. Côté israélien, il était difficile de s’opposer à Trump qui a mis tout son poids dans la balance pour arriver à cet accord de cessez-le-feu. Même s’il subsiste une opposition interne en Israël, avec deux ministres d’extrême droite qui refusent l’accord, il reste une majorité assez large en Israël pour approuver l’accord.
Trump peut-il s’en attribuer le mérite? Biden est toujours là.
Biden avait déjà formulé une proposition analogue en mai 2024, que Nétanyahou a refusée pendant huit mois. Ce qui n’était pas possible avec Biden est désormais possible avec Trump, c’est un gros changement. J’en conclus que Trump impressionne davantage Netanyahou que Biden. C’est paradoxal quand on sait que Biden n’a jamais contrarié Israël, il a même augmenté l’aide militaire.
Outre la peur, qu’est-ce qui a motivé Netanyahou à l’accepter ?
Soit Nétanyahou espère obtenir quelque chose en échange, soit il espère juste pouvoir entretenir une bonne relation avec Trump. Il est possible qu’il redoute un Trump plus vindicatif, plus brutal si on essaie de le défier.
Netanyahou n’espère-t-il pas un feu vert de Washington pour attaquer l’Iran ?
Cela fait vingt ans qu’Israël demande pour pouvoir frapper l’Iran, mais aucun président américain n’a voulu accorder son feu vert jusqu’ici. La question est de voir si Trump voudra continuer à freiner les Israéliens ou s’il compte accorder le feu vert que Biden n’a jamais donné, au risque de se fâcher avec les Saoudiens.
Car pour attaquer l’Iran, il faut tenir compte de l’Arabie Saoudite, qui a toujours été hostile à un tel scénario, par crainte de mettre en danger ses installations pétrolières. D’autre part, le prince Mohammed Ben Salmane a toujours déclaré qu’il n’y aura aucune paix dans la région sans la garantie de la création d’un État palestinien. Lors du premier mandat de Trump, l’Arabie Saoudite s’était considérablement rapprochée d’Israël. Mais les choses ont changé depuis. En 2022, les Saoudiens se sont réconciliés avec l’Iran sous l’égide de la Chine. Et depuis octobre 2023, l’Arabie Saoudite s’est montrée très critique au sujet de la riposte d’Israël.
Le feu vert de Washington est-il indispensable au plan militaire pour attaquer l’Iran ?
Sans soutien américain, une opération israélienne de grande envergure contre l’Iran n’est pas envisageable. Il faut les bombes américaines ainsi que les capacités de ravitaillement en vol. Il serait beaucoup plus risqué pour Israël de se lancer seul dans une telle entreprise.
Le Hamas a-t-il la capacité de se relever après 15 mois de guerre ?
Le Hamas est toujours aux commandes à Gaza, et c’est bien avec le Hamas que Israël vient de signer un cessez-le feu. Le secrétaire d’État, Anthony Blinken, a déclaré que le Hamas avait recruté davantage de miliciens qu’il n’en avait perdu depuis le début de la guerre. Ce qui prouve que le but de guerre de Nétanyahou, à savoir éradiquer le Hamas, est irréalisable. Pour y arriver, il devrait tuer encore beaucoup plus de Palestiniens.
Si cet accord a pu voir le jour, n’est-ce pas aussi parce que l’Iran et ses alliés dans la région sont très affaiblis ?
Je n’en suis pas si certain. Même avec un Iran affaibli, on aurait très bien pu ne pas avoir d’accord de cessez-le-feu. L’arrivée de Trump a été le véritable « game changer ». Même si la paix n’est pas encore à l’ordre du jour, Trump pourra se vanter d’avoir obtenu un cessez-le feu, et il devrait s’assurer d’avoir des otages israélo-américains à ses côtés lors de la cérémonie d’investiture le 20 janvier.
Le Hezbollah affaibli, est-ce de nature à changer la donne dans la région ?
Le Hezbollah est affaibli militairement et politiquement, c’est d’ailleurs pour cela que Michel Aoun a pu accéder à la présidence du Liban. Mais le Hezbollah n’est pas mort pour autant. Une grande partie des Chiites libanais continuent de se reconnaître en lui.
La solution à deux États reste-t-elle d’actualité ?
Avec le cessez-le-feu, on a appuyé sur le bouton pause, mais pas sur celui d’une solution pour une paix véritable. Avec ces quinze mois de guerre, la haine réciproque est loin d’avoir disparu. On peut d’ailleurs se demander si cette solution se réalisera un jour, vu la poursuite de la colonisation des territoires palestiniens. Les puissances extérieures n’ont jamais exercé sur Israël la pression nécessaire pour arriver à une solution à deux États. Et on peut douter que Trump ne vienne changer la donne. Pour l’instant, Israël estime que le prix à payer pour la non-création d’un État palestinien est suffisamment modeste pour ne pas devoir changer de position.
Vous ne semblez guère optimiste pour l’avenir…
Il y a assez peu de signes qui incitent à l’optimisme. Il faudrait un miracle pour arriver à une paix véritable qui soit satisfaisante pour chacune des parties. Trump peut se féliciter de ce cessez-le-feu, mais il faudra de très fortes pressions pour amener Israël à changer son positionnement.