L’avenir de l’Afrique s’écrit-il en Asie ?

  • Xavier Aurégan

    Xavier Aurégan

    Docteur en géopolitique, spécialiste des relations sino-africaines

  • Emmanuel Lincot

    Emmanuel Lincot

    Directeur de recherche à l’IRIS, co-responsable du Programme Asie-Pacifique

EMMANUEL LINCOT : L’implication directe du Premier ministre japonais Shinzo Abe au TICAD de Nairobi (août 2016) marque-t-elle, selon vous, un tournant dans la rivalité à laquelle se livrent le Japon et la Chine dans les politiques de développement en Afrique ?

XAVIER AURÉGAN : Le Japon est un acteur asiatique historique en Afrique qui entend continuer un rôle important dans le développement du continent. Si l’agriculture est, à l’image de la Chine populaire, une des principales portes d’entrée, Tokyo diversifie ses investissements et aides depuis deux décennies. Premier pays asiatique à avoir intronisé un Sommet (avant Pékin et New Delhi), le Japon met en avant le transfert de savoir-faire, le dynamisme de son secteur privé performant et la transparence de son aide. En cela, trois « quasi-modèles » asiatiques sont offerts au continent africain : celui du Japon donc ; celui de la Chine qui s’est structuré par le secteur public et une approche top-down ; et l’indien qui s’est tout d’abord développé par son secteur privé et les investissements afférents. Néanmoins, ces trois puissances ont des stratégies analogues : sécuriser leurs sources d’approvisionnement, développer et diversifier leurs partenaires diplomatiques et économiques à l’échelle internationale pour asseoir leur légitimité et leurs statuts, et finalement varier exportations, investissements et prestations de services. S’assurer des marchés et débouchés pour leurs entreprises – privées comme publiques – reste un leitmotiv prépondérant pour toute puissance exogène en Afrique. En cela, la politique néo-mercantiliste chinoise est « aisément lisible », bien que Pékin s’efforce de présenter sa « coopération » comme win-win – ce qu’elle est à certains égards…