ANALYSES

Quelles sont les options de la junte malienne et de la communauté internationale face à l’avancée des rebelles au Nord ?

Interview
2 avril 2012
Le point de vue de Pierre Jacquemot
La situation est particulièrement alarmante et s’est rapidement dégradée ces derniers jours avec la prise par les rebelles touaregs du MNLA et les milices de l’AQMI de Kidal, de Gao et de Tombouctou, les trois villes clés de la partie septentrionale du Mali. La géographie fait que la gestion et le contrôle du territoire national sont rendus très hasardeux, avec le triangle Nord du pays qui s’encastre dans le Sahara. Bamako a toujours éprouvé des difficultés à maitriser ces espaces immenses.

A présent, l’armée malienne, déjà mal organisée et discréditée en son sein même en raison d’un certain nombre de malversations, est disloquée à la suite du putsch et traumatisée par les défaites subies. La junte du CNRDE (Comité national pour le Redressement et le Démocratie) issue du coup d’Etat du 22 mars, composée de jeunes officiers et sous-officiers, se trouve dans une impasse. Les officiers supérieurs de l’état-major ont été écartés et par conséquent les capacités d’organisation d’une contre-offensive armée contre les rebelles sont inexistantes. La peur s’empare peu à peu de la ville de Bamako, craignant que les troupes rebelles descendent jusqu’à Mopti puis jusqu’à Ségou pour finir par menacer la capitale. Il y a une part de fantasme dans cette inquiétude, mais elle doit être prise au sérieux au vue de l’évolution des évènements.
La junte du capitaine Sanogo est à présent prise à son propre jeu puisqu’elle n’a pas trouvé d’appuis dans la population et dans la classe politique. Dans l’impasse, elle a donc décidé de revenir à l’ordre constitutionnel après dix jours d’isolement et d’hésitation, mais sans aller jusqu’au bout, c’est-à-dire en appelant le Président de l’Assemblée nationale, Dioncounda Traoré (en exil), à prendre à titre intérimaire le poste de chef de l’Etat, laissé vacant après l’éviction d’Amadou Toumani Touré. Elle tente maladroitement de conserver le contrôle d’une partie du pouvoir et en même temps de négocier son retrait, la solution la plus favorable étant un retour dans les casernes afin que l’armée retrouve sa fonction de défense du territoire national. Elle ne pourra pas le faire sans l’appui des pays de la région, c’est-à-dire les pays de la Cédéao, qui eux ont tout intérêt à ce que l’ordre soit rétablit. Le Tchad, le Niger, la Mauritanie sont aussi mis en danger par un rapprochement entre la rébellion touareg et les mouvements islamistes, qui pourraient s’étendre dans le Sahara à une plus large échelle et menacer leurs frontières. Il y a donc un consensus général pour remettre de l’ordre rapidement. A cet égard, on parle peu de la position de l’Algérie. Pourtant, ce grand voisin du Mali devrait être très inquiet de ce qui s’y passe puisqu’il partage une frontière commune. C’est un sujet sur lequel il faudra se pencher bientôt.
Parmi les membres de la Cédéao, certains pays comptent plus que d’autres. Je pense évidemment au Nigéria du fait de son poids démographique, 165 millions d’habitants, et qui dispose d’une armée ayant fréquemment intervenu dans la région, en particulier au Libéria et en Sierra Leone au titre du maintien de la paix. Il y a un autre pays qui compte et qui est en première ligne, c’est le Burkina-Faso avec le président Blaise Compaoré qui a toujours été un arbitre dans les conflits régionaux, que ce soit au Togo, en Guinée ou en Côte d’Ivoire. Son ministre des Affaires étrangères, Djibril Basolé, joue un rôle très important dans la recherche d’une solution à la crise.
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