ANALYSES

Biden vs Trump, un combat de gérontes

Correspondances new-yorkaises
9 février 2024


Il l’a fait. Le vieil homme qui avait introduit devant les caméras du monde entier sa petite fille en la présentant comme son fils Beau décédé depuis plusieurs années, a osé pousser un hallucinant cri de victoire après la primaire démocrate de Caroline du Sud qui s’est déroulée samedi 3 février. Heureusement que le ridicule ne tue pas, car si l’octogénaire de la Maison-Blanche a remporté cette élection à plus de 96 %, c’est tout simplement parce qu’il n’avait aucun rival digne de ce nom face à lui ! Ses « concurrents », Dean Phillips, héritier d’une riche société de crèmes glacées, et Marianne Williamson, autrice d’ouvrages sur le développement personnel, ne bénéficiant d’aucune crédibilité dans l’opinion et étant surtout inconnus d’une très grande partie de la population américaine.

Bref, tout le monde s’est donc demandé quelle nouvelle mouche avait pu piquer notre président qui n’a eu de cesse de répéter durant tout le weekend qu’il voyait dans cet exploit un signe annonciateur de sa victoire sur Donald Trump en novembre prochain. Le Donald qui, soit dit en passant, a été récemment désigné par Joe Biden lors d’un discours comme « l’actuel chef de l’État en exercice ». Eh oui…

Notre Jedi national qui se voit encore occuper le Bureau ovale en janvier 2029, soutient mordicus qu’il est le seul rempart face au dit sieur Trump qui bat aujourd’hui des records de popularité dans les sondages et a son panier de déplorables – comme aurait dit l’autre. On aimerait que tout cela fasse partie d’un plan savamment concocté et ayant pour objectif de voir le plus vieux président américain en exercice démissionner avant l’automne afin de laisser la place à Kamala Harris. Harris qui, alors devenue la première femme présidente des États-Unis, se retrouverait possiblement dans une dynamique gagnante. Mais, comme expliqué dans ma précédente correspondance, ce n’est pas le cas.

Il y a du Brejnev chez Biden quand on sait son état de santé. Du Eltsine aussi, quand on connaît son entourage, un petit clan cramponné au pouvoir et isolant le président des réalités.

Près de 60 % des démocrates (!!) et 70 % des Étatsuniens dans leur ensemble sont opposés à la nouvelle candidature de Joe Biden.

Espérons que l’hubris du vieillard qui avait promis qu’il ne briguerait pas un second mandat, ne coûtera pas au pays de l’oncle Sam sa démocratie.

Avant de conclure, je me dois d’être honnête et donc de rapporter qu’à l’occasion d’une de ses récentes apparitions publiques, Donald Trump a quant à lui réussi l’exploit remarquable de confondre à plusieurs reprises sa rivale républicaine, Nikki Haley, avec Nancy Pelosi, l’ex-présidente de la Chambre des représentants. L’auditoire, stupéfait, en est resté sur le postérieur. L’Amérique aussi.

 

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Romuald Sciora dirige l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS, où il est chercheur associé. Essayiste et politologue franco-américain, il est l’auteur de nombreux ouvrages, articles et documentaires et intervient régulièrement dans les médias internationaux afin de commenter l’actualité. Il vit à New York.
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