ANALYSES

« Le disque est rayé, mais il ne faut pas l’enterrer trop vite » : le candidat Trump peut-il être réélu en 2024 ?

Presse
16 novembre 2022
Donald Trump a semblé bizarrement atone lors de sa prise de parole. Avez-vous eu le même sentiment ?

J’ai trouvé en effet que ça manquait de punch, de vigueur et de souffle par rapport à ses discours habituels. Il est probablement très contrarié, voire un peu déprimé, après les résultats décevants de son camp aux élections de mi-mandat. C’est une très mauvaise phase pour lui et il en a bien conscience.

Sur le fond en revanche, Trump a fait du Trump, en empilant les caricatures et les approximations, voire pire…

Il est resté très offensif, dans la lignée de ce qu’il dit depuis 2015, en expliquant que tout va mal, qu’il est l’homme providentiel face à l’apocalypse incarnée par Biden, le tout assorti d’un tissu de mensonges et d’exagérations. Sans livrer véritablement de programme, il déroule encore et toujours une vision très pessimiste de l’avenir. Lui a d’ailleurs clairement intérêt à ce que les Etats-Unis aillent de plus en plus mal dans les deux prochaines années: il pourra ainsi apparaître comme celui qui sauvera la Nation du désastre.

Ce qui frappe, c’est qu’il se place au centre, bien plus que l’Amérique ou les Américains. Dans tous les meetings auxquels il a participé avant les midterms, il a surtout parlé de lui : il est injustement traité, l’élection de 2020 a été volée, il est la cible de complots, etc.

Que propose-t-il finalement à l’appui de sa candidature ?

Il y a toujours chez Trump cette obsession d’une décadence de l’Amérique, qui serait menacée par le multiculturalisme, l’immigration, le féminisme, les droits des minorités.

Son deuxième grand sujet, c’est la baisse des impôts, une thématique chère à l’électorat républicain traditionnel, qui peut ou a pu lui pardonner ses outrances, mais reste très sensible à d’éventuelles nouvelles baisses de taxes sur les entreprises et sur les plus hauts salaires.

Un troisième thème est très présent depuis deux ans et son départ de la Maison Blanche : il s’agit pour lui de fragiliser encore un peu plus les institutions démocratiques, avec ce mythe de l’élection volée, d’un Etat fédéral qualifié de « Deep State », théâtre d’un complot permanent, structurellement corrompu et qu’il faudrait donc détruire. Ce discours pèse dans un électorat sensible au populisme, qui se méfie des élites.

J’ajoute à cela le mensonge permanent, une constante du trumpisme.

Pensez-vous que cela peut encore fonctionner, au point d’envisager une victoire en 2024 ?

Je crois qu’il ne faut pas enterrer Trump trop vite. Evidemment, ces jours-ci, il est pointé du doigt pour l’échec des républicains à devenir majoritaires au Sénat. De nombreux candidats qu’il soutenait, qui n’étaient tout simplement pas bons sur le fond et très extrêmes, ont perdu. Il boit un peu le calice jusqu’à la lie puisque la dernière défaite en date (ce mardi 15 novembre, NDLR) est celle de Kari Lake, candidate au poste de gouverneur en Arizona, présentée comme une sorte de « baby Trump ».

Malgré tout, l’ancien président conserve une base solide de supporters. Autour de 30 % des électeurs américains le soutiennent encore mordicus.

La deuxième chose, c’est que les républicains ne vont pas s’en débarrasser comme ça. Le parti a conclu un « pacte faustien » avec Trump en 2015, il ne peut pas s’en défaire!

Ils ont beau jeu de lui faire porter la responsabilité des résultats aux middterms, mais ce sont eux qui lui ont donné un chèque en blanc pendant des années, qui ont bloqué sa destitution, qui ont continué à le soutenir depuis sa défaite en 2020, à ne pas condamner véritablement l’assaut sur le Capitole en janvier 2021. Pour toutes ces raisons, ce serait une erreur de l’enterrer.

 

Propos recueillis par Stéphane Barnoin pour La Montagne.
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