ANALYSES

Salon du Bourget : l’occasion d’un nouvel élan pour la défense européenne ?

Interview
17 juin 2019
Le point de vue de Jean-Pierre Maulny
 

 


Le salon aéronautique du Bourget se déroule du 17 au 23 juin, réunissant notamment des industriels de l’armement. Dans un contexte où l’Union européenne cherche de plus en plus à développer une autonomie stratégique européenne qui pourrait conduire à une préférence européenne, quelles sont les perspectives stratégiques française et communautaire ? Éclairage par Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l’IRIS.

Quels sont les enjeux de ce 53e salon aéronautique du Bourget ?

Le salon du Bourget est l’un des plus grands salons aéronautiques au monde, que cela concerne l’aéronautique civil, militaire ou le secteur spatial. C’est donc l’occasion pour les professionnels de montrer leurs dernières productions.

L’on y fait majoritairement des annonces de commandes dans le domaine civil, mais cela peut aussi être l’occasion de faire des annonces dans le domaine de la défense. Par exemple, lors du salon de Farnborough au Royaume-Uni l’année dernière, les Britanniques avaient annoncé le lancement de Tempest, un programme d’avion de combat. Dans le cas du salon du Bourget, Français, Allemands et Espagnols ont présenté le jour de l’inauguration du salon la maquette du Système de combat aérien futur (SCAF). Ils vont également signer un arrangement-cadre sur le développement du SCAF. Cet accord engageant va structurer le programme. Ce sera certainement l’annonce principale dans le domaine de la défense de ce salon du Bourget.

La France et l’Allemagne sont en effet en train de développer un système de combat aérien du futur (SCAF), ce qui ne semble pas être du goût des États-Unis. Cette initiative pourra-t-elle renforcer durablement la souveraineté européenne en matière de défense ?

Le SCAF va remplacer deux avions de combat européens, l’Eurofighter et le Rafale français. Cela illustre le fait que les Européens s’organisent de plus en plus en matière de défense et d’armement, qu’ils essaient de développer leurs propres équipements militaires en coopération. Dans les années qui viennent, on peut penser que ce projet sera financé par les États qui participent à ce projet, mais également par la Commission européenne avec les crédits du Fonds européen de défense. Les Américains n’apprécient pas ces initiatives, car ils estiment qu’ils en sont exclus. Ils souhaiteraient que les Européens achètent des avions F-35 américains et que le Fonds européen de défense bénéficie aux entreprises américaines. Ils font donc pression pour que la Commission européenne ouvre l’accès au Fonds européen de défense européen sous peine de fermer le marché américain aux entreprises européennes.

Face aux pressions américaines, les Européens rétorquent qu’ils agissent dans le sens des souhaits américains, exprimés notamment par le président des États-Unis Donald Trump, c’est-à-dire qu’ils payent davantage pour leur défense. Ils rétorquent également que le Fonds européen de défense n’est pas fermé aux entreprises localisées en Europe contrôlées par un actionnariat américain. Quant au fait de voir les Européens acheter du matériel européen et non du matériel américain, on voit mal comment il pourrait en être autrement aux yeux des citoyens européens. Mais cette situation ne plaît pas aux Américains.

Les ventes d’armes françaises ont atteint 9,1 milliards d’euros en 2018, une hausse de 30% par rapport à l’année précédente. Comment expliquer une telle hausse ? Quelles implications pour la défense française ?

Il faut analyser les chiffres des ventes d’armes sur une période longue de 10 ans, car ces chiffres peuvent varier du simple au double d’une année sur l’autre en fonction des très grands contrats qui peuvent être signés. Ainsi les ventes d’armes en 2018 sont en augmentation de 30% par rapport à 2017, mais elles sont en revanche 30 et 40% inférieures par rapport à 2015-2016.

En moyenne, les ventes d’armes françaises tournent autour de 7 à 8 milliards d’euros par an. Aujourd’hui, nous sommes au-dessus des 9 milliards d’euros, ce qui est effectivement un petit peu au-dessus de la moyenne. La bonne nouvelle est que ces 9 milliards concernent en particulier le contrat de blindés avec la Belgique dans le cadre du partenariat stratégique Capacité Motorisée (CAMO), c’est-à-dire la vente de blindés Griffon, et la vente d’hélicoptères NH90 à l’Espagne. A priori deux contrats d’armement montant à plus de 2 milliards d’euros en tout, et sur lesquels il ne devrait pas y avoir de controverses quant à la destination. Nous sommes en phase de reconquête du marché européen. La question qui se pose aujourd’hui pour la France est bien un rééquilibrage en faveur des ventes d’armes sur l’Union européenne et peut-être un peu moins sur les pays du Golfe.

L’intérêt des ventes d’armes pour l’industrie de défense est multiple. Il permet aux entreprises d’autofinancer les programmes de R&D futurs. Cela permet d’améliorer la compétitivité de l’industrie de défense française et donc pour le citoyen de limiter le coût de notre autonomie stratégique. Une industrie d’armement qui n’exporterait pas coûterait en effet très cher aux contribuables.
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