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La revue internationale et stratégique N°58 Eté 2005 NUMERO SPECIAL : La société française et le conflit israélo-palestinien sous la direction de Pascal Boniface Éditorial Le conflit au Proche-Orient n’est pas seulement un sujet – voire le sujet – majeur pour l’avenir de la sécurité internationale, il suscite également des passions en France. Notre pays semble particulièrement touché par l’évolution de ce conflit, devenu désormais une question de politique intérieure. L’appréciation portée par chacun sur ce conflit créé en effet des clivages plus vifs et plus déterminants que les clivages politiques traditionnels.
Dès lors que cette question est abordée, les tensions montent à un point tel que parfois le débat n’est plus possible, puisque l’on refuse de débattre avec ceux qui ne partagent pas le même avis. Afin de ne pas gâcher des dîner amicaux et familiaux, il est quelquefois préférable d’éviter le sujet. Parfois l’injure ou même la violence se substituent au débat.
Comment en est-on arrivé à ce point ? La revue internationale et stratégique a entrepris de s’attaquer à cette question pour le moins épineuse dans ce Numéro spécial consacré à « La société française et le conflit israélo-palestinien ». Nous n’avons pas souhaité traiter le conflit en lui-même, mais la façon dont il est vécu en France. Pour ce faire, nous avons tenté de réunir dans ce numéro aussi bien des représentants du monde politique et diplomatique, que des universitaires, des journalistes et des intellectuels engagés dans ce débat et représentant la plus grande diversité d’opinions. Le résultat nous semble être à la hauteur de nos objectifs et nos espérances. Les leaders des grandes formations politiques françaises ont répondu favorablement à notre demande, sauf Monsieur Nicolas Sarkozy qui n’a pas souhaité s’exprimer sur ce sujet alors qu’il préparait un déplacement dans la région.
Loin des passions et des querelles idéologiques, laissons donc la place à la réflexion autour d’un conflit qui est au cœur des débats en France et dont la résolution est déterminante pour l’avenir des relations internationales.
Pascal Boniface Faire face aux angoisses communautaires / François Bayrou La connaissance de l'Autre : un chemin pour la paix / Marie George Buffet Défendre la paix / François Hollande La paix maintenant / Dominique Voynet Faire une lecture politique du conflit israélo-palestinien / Leïla Shahid La société française et le conflit au Proche-Orient / S.E. Nissim Zvili Aux racines du nouvel antisémitisme / Sylvain Attal Entre prudence et dignité : débattre du conflit Israël-Palestine en France / Alain Bauer Débattre librement du conflit au Proche-Orient / Pascal Boniface Un conflit instrumentalisé par les communautaristes / Jean-Yves Camus Surmonter par la vérité la dérive antisémite / Alain Finkielkraut Retour sur la solution finale : réflexions sur l'antisémitisme d'hier et d'aujourd'hui / Olivier Gebuhrer et Pascal Lederer Le " syndrome de 1967 " ? Les institutions juives de France face à l'Intifada Al-Aqsa / Vincent Geisser Proche-Orient et antisémitisme : un instrument de censure ? / Jean-Yves Halimi Les justes pour la paix / Henri Israël Faire du dialogue un passeport pour la paix / Théo Klein Trois des ressorts de l'Orwellisation globale / Richard Labévière Les opinions antisémites en France après la seconde Intifada / Nonna Mayer Schizophrénies françaises / Élisabeth Schemla La connexion française / Michèle Sibony Omniprésence de la question coloniale / Denis Sieffert Combattre les racismes et leur manipulation / Dominique Vidal Les pièges de " l'antisémitisme par procuration " / Meïr Waintrater Retour sur l'" affaire Enderlin " : guet-apens dans la guerre des images ou harcèlement dans la diffamation ? / Guillaume Weill-Raynal Le paradoxe / Michel Wieviorka EN LIBRAIRIE Comptes rendus Politique américaine Géopolitique régionale Perspectives critiques Le trimestre des revues de relations internationales à l'étranger LES ACTIVITES DE L'IRIS (janvier, février, mars 2005) Faire face aux angoisses communautaires / François Bayrou Parler de l’angoisse de la communauté juive concernant la menace qui pèse sur l’existence d’Israël et sur l’identité juive, ainsi que de l’angoisse de la communauté musulmane face à la puissance israélienne permettra de réduire les répercussions du conflit israélo-palestinien sur notre société. La France doit mener une politique étrangère dans cette région qui soit comprise par les deux communautés. Elle doit également favoriser le règlement de ce conflit dont la seule solution passe par la construction d’un destin commun, à l’exemple de la France et de l’Allemagne au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
La connaissance de l’Autre : un chemin pour la paix / Marie-George Buffet Le conflit du Proche-Orient fait l’objet d’une forme d’identification d’une partie de la population française. Ainsi, les jeunes issus de l’immigration, qui se sentent rejetés et cherchent leur place dans la société française, s’identifient aux Palestiniens en leur empruntant non seulement la position de « victimes » mais également l’Intifada menée contre le gouvernement israélien. De même, une partie de la communauté juive s’identifie à l’État d’Israël et à la politique de son gouvernement, allant jusqu’à mettre en cause la politique étrangère de la France vis-à-vis de cette région. Afin de lutter contre l’antisémitisme et tous les racismes qui en découlent, avec les tensions issues des manipulations dont ces graves dérives sociales font l’objet, le Parti communiste français (PCF) soutient la recherche d’une issue politique à ce conflit, misant sur le progrès social, l’éducation, la formation, l’accès à la culture, seules façons de développer une véritable connaissance de l’Autre, porteuse de paix.
Défendre la paix / François Hollande Le débat sur le conflit au Proche-Orient a toujours été présent dans la vie politique française. Seulement aujourd’hui, il s’est intensifié et il est vécu plus passionnément par une partie de la population française. Le Parti socialiste (PS), uni derrière des principes tels que la condamnation du terrorisme et la défense du droit international, souhaite donner sa chance au dialogue et profiter du vent de paix qui semble souffler sur la région, loin des récriminations et des accusations qui appartiennent désormais au passé.
La paix maintenant / Dominique Voynet Aux yeux d’une partie de la population française, le conflit israélo-palestinien intervient d’ores et déjà dans le débat franco-français, se projetant particulièrement autour des questions de l’antisémitisme et du racisme antiarabe. La société française est confrontée à des phénomènes cumulatifs de montée des angoisses et des méfiances qu’on aurait tort de considérer comme négligeables au motif qu’ils restent encore diffus. Aussi est-il urgent, afin de dépasser ces tendances néfastes, d’analyser les faits en profondeur, d’expliquer et ne rien laisser passer en matière de racisme et d’antisémitisme et, enfin, d’être à la hauteur de la responsabilité particulière de la France et de l’Europe vis-à-vis de la résolution de ce conflit.
Faire une lecture politique du conflit israélo-palestinien / Leïla Shahid L’impact du conflit israélo-palestinien dans le monde est dû à sa nature particulière : il s’agit d’un conflit existentiel entre deux peuples où chacune des deux parties perçoit l’existence de l’autre comme une négation de sa propre existence. Si ce conflit fait débat en France aujourd’hui ce n’est pas en raison de son hypothétique « importation », comme on l’affirme à tort, mais de la présence en France d’importantes communautés d’origine juive et arabe. C’est également la réponse naturelle de l’opinion française dans ce qu’elle considère être une lutte pour la défense du droit, de l’équité et de la justice. Aussi est-il nécessaire d’éviter l’utilisation opportuniste et électoraliste que font les hommes politiques des revendications communautaires, pour favoriser une véritable logique de dialogue et de paix.
La société française et le conflit au Proche-Orient / S.E. Nissim Zvili Une partie de la société française semble avoir importé le conflit du Proche-Orient. Il s’agit, en général, de la minorité musulmane d’origine maghrébine qui s’est sentie particulièrement engagée dans ce conflit et a cherché à ce qu’il soit inévitablement interprété de cette façon en France. D’un autre côté, il y a la communauté juive française qui s’identifie presque inconditionnellement à la cause israélienne et non pas à la politique israélienne. Toutefois, une très faible minorité a cru qu’il fallait traduire l’identification avec la cause palestinienne par des actes contre les Juifs de France. Cette dimension violente de l’importation du conflit constitue un des éléments du nouvel antisémitisme qui met en danger les valeurs fondamentales de la République française.
Aux racines du nouvel antisémitisme / Sylvain Attal La thèse de l’importation du conflit du Moyen-Orient pour tenter d’expliquer le nouvel antisémitisme n’est pas suffisante à elle seule pour constituer l’unique approche de ce phénomène. Raisonner à partir des mécanismes d’identification (à la cause palestinienne ou à la cause israélienne) à l’œuvre dans la société française, conduit en définitive à ne considérer le nouvel antisémitisme que comme un épiphénomène. Pourtant, il s’agit plutôt là d’un retour d’une judéophobie s’abritant derrière un « antisionisme total », que l’on trouve notamment dans les milieux altermondialistes, et qui s’alimente aussi parfois dans les thèses négationnistes de l’extrême droite. Au final, la mondialisation de l’antisémitisme résulte plus d’une crise de l’islam et de certains effets de la globalisation, que d’une importation du conflit israélo-palestinien.
Entre prudence et dignité : débattre du conflit Israël-Palestine en France / Alain Bauer La prudence et l’expérience imposent d’éviter de prendre position sur les conséquences et les effets intérieurs du conflit irsraélo-palestinien en France. Pourquoi la France y est-elle plus sensible que d’autres pays, pourquoi les Français se sentent-ils plus concernés que d’autres nations ? La mémoire collective se souvient de la honte des persécutions nazies et de ses alliés zélés de la collaboration. Et la présence de populations attachées à leur communauté religieuse ou culturelle, marquées par la force des images, ne peut que raviver les plaies qui ne cicatrisent pas ou peu. Pourant, pour que renaisse l’espoir qui semble émerger dans la région, il suffirait que les Juifs de France et les Palestiniens et leurs amis en France s’alignent pour une fois pour le meilleur sur leurs alliés respectifs en Israël et en Palestine.
Débattre librement du conflit au Proche-Orient / Pascal Boniface Depuis quatre ans, le climat en France concernant le conflit israélo-palestinien s’est considérablement dégradé. L’écart de perception grandit entre ceux qui adoptent une position plutôt favorable à Israël et ceux qui défendent la cause palestinienne, alors que chacun s’enferme assez rapidement dans ses convictions en cherchant de moins en moins à comprendre l’Autre, renforçant ainsi le développement des communautarismes. Ce n’est pas par l’interdiction ou par la loi que l’on pourra améliorer cette situation, ni par l’autocensure grandissante. On doit au contraire de permettre un débat ouvert, libre et contradictoire.
Un conflit instrumentalisé par les communautaristes / Jean-Yves Camus Les retombées du conflit israélo-palestinien en France depuis le début de la seconde Intifada se traduisent par une montée des tensions sociales et communautaires. La suspicion s’abat sur quiconque exprime un avis sur le sujet, surtout si cet avis s’éloigne des clichés manichéens traditionnels sur la question. Toutefois, l’identification, largement factice, aux acteurs d’un conflit extérieur, tout comme d’ailleurs l’adhésion à des formes de fondamentalisme religieux ou l’idée d’une « islamisation » du monde, ainsi que le retrait dans une communauté juive close, constituent avant tout des écrans de fumée qui masquent l’accroissement des inégalités, le démantèlement des acquis sociaux et le recul de l’État.
Surmonter par la vérité la dérive antisémite / Alain Finkielkraut La société française semble être confrontée à deux types d’antisémitisme. Un antisémitisme « traditionnel » qui sert de base idéologique aux dirigeants d’extrême droite et renvoie aux années les plus sombres de l’histoire, et un antisémitisme d’un genre nouveau. Il s’agit à la fois d’un antisémitisme d’ordre intellectuel qui se développe au fur et à mesure que le Proche-Orient sombre dans le chaos, mais aussi d’un antisémitisme exprimé par les autres victimes de l’histoire, frustrées de voir que la colonisation ou la traite des Noirs n’ont pas fait l’objet de la même attention que la Shoah de la part de la communauté internationale. Face à cette crispation idéologique, la seule issue semble provenir du discours de vérité, capable de surmonter le désir de reconnaissance pour instaurer une véritable connaissance de l’histoire.
Retour sur la solution finale : réflexions sur l’antisémitisme d’hier et d’aujourd’hui / Olivier Gebuhrer et Pascal Lederer Alors que l’on commémore en 2005 le soixantième anniversaire de la libération des camps de la mort du régime nazi, il est nécessaire de se pencher sur les origines de la Solution finale imaginée par les dirigeants du IIIe Reich. En effet, rarement ces questions de fond ont été abordées, laissant la place à l’expression unique de l’horreur indépassable sans toutefois en éclaircir les causes apparentes. Est-ce en raison de la peur de la controverse ou de la peur des spectres ? Cet article aborde quelques-unes de ces questions.
Le « syndrome de 1967 » ? Les institutions juives de France face à l’Intifada Al-Aqsa / Vincent Geisser La seconde Intifada a-t-elle contribué à changer la « face » de la communauté juive de France, en suscitant une « renaissance » et une « ferveur communautaire », comparable à la « joie émerveillée » de 1967 décrite par Raymond Aron ? Il semble qu’il faille rechercher des éléments de réponse à cette question centrale dans les dynamiques institutionnelles qui se sont mises en place au début des années 1970 et qui se sont traduites par une concurrence de plus en plus acharnée pour la captation de la « parole publique juive ». Ainsi, il s’est produit une montée en politisation qui a contribué à donner une visibilité excessive aux organisations politiques de la judaïcité française, au détriment des associations cultuelles et religieuses.
Proche-Orient et antisémitisme : un instrument de censure ? / Jean-Yves Halimi Sans nier l’importance de la recrudescence des actes antisémites et racistes en France, force est de constater que ces actes sont souvent instrumentalisés, portant atteinte à la liberté d’expression. L’origine et le sens de ces dérives dont l’actualité offre maints exemples est datée : elle correspond à la première et la seconde Intifada, mais également à la perte d’influence de la politique israélienne dans le monde. Ainsi, à l’antisémitisme « traditionnel » aurait succédé l’antisémitisme « new age », né de la détestation de l’État d’Israël et du sentiment d’une transformation de la victime en bourreau employant les mêmes méthodes que lui. Toutefois, cette nouvelle manifestation de l’antisémitisme est aujourd’hui utilisée au profit d’intérêts communautaires au détriment de la liberté d’expression.
Les justes pour la paix / Henri Israël Le conflit israélo-palestinien passe désormais par Paris et les crispations qu’il engendre ont pour résultat une recrudescence de l’antisémitisme. Toutefois, il faut chercher les explications de ces phénomènes là où elles se trouvent, à savoir dans l’immense frustration d’une population en grande majorité française et dont le plus grand tort est d’être typée. Il est plus difficile d’être Arabe en France que d’être Juif, et le regard porté vers les uns et les autres n’est pas le même. La solution passe par la résolution du conflit qui, pour ce faire, appelle à la négociation et au compromis, loin des imprécations communautaires.
Faire du dialogue un passeport pour la paix / Théo Klein Les troubles qui se produisent en France actuellement autour du conflit au Proche-Orient n’annoncent pas l’avènement de l’antisémitisme tel que celui-ci s’est produit par le passé, l’antisémitisme étant compris comme la volonté d’éliminer les Juifs de la société. Le véritable objectif des tenants du fondamentalisme islamiste est la lutte contre la démocratie et l’Occident dans son ensemble, s’attaquant pour ce faire à la partie la plus faible de celui-ci, à savoir, les Juifs. Afin d’enrayer la spirale de la haine qui est désormais enclenchée, il est nécessaire que Juifs et Arabes se rencontrent et tentent de se parler, afin qu’ils puissent constater que s’il y a des problèmes politiques, il n’y a pas de problèmes culturels ou religieux insurmontables entre eux.
Trois des ressorts de l’Orwellisation globale / Richard Labévière De par sa présence constante et sa place prédominante dans le débat franco-français, le conflit du Proche-Orient est devenu un enjeu majeur et un thème de confrontation se situant au-dessus des clivages politiques traditionnels. Pour expliquer l’importance que revêt ce conflit en France d’autres ressorts sont à prendre en compte. En effet, il s’agit tout d’abord d’un conflit asymétrique d’ordre colonial qui oppose une armée à une population civile, punie par la construction du « mur » et les colonisations de peuplement. C’est également une guerre idéologique, massivement relayé par des médias qui exacerbent le communautarisme. Il s’agit finalement d’un conflit géopolitique qui, depuis les attentats du 11 septembre 2001, se joue sur le terrain de la manipulation de la langue et de l’information pour justifier une logique de guerre néoconservatrice.
Les opinions antisémites en France après la seconde Intifada / Nonna Mayer Les opinions antisémites en France après la seconde Intifada
Schizophrénies françaises / Elisabeth Schemla La France vit avec bonne conscience une sorte d’irresponsabilité nationale vis-à-vis du conflit israélo-palestinien. Les élites et le peuple, à l’unisson pour une fois, sécrètent ou endossent à son sujet, sans états d’âme, des archétypes dangereux pour la pensée et pour la paix sociale. Par ailleurs, la politique proarabe déséquilibrée de la France consiste à répéter, entre autres, que l’un a toujours tort et que l’autre à toujours raison. Le conflit est donc moins importé dans notre pays qu’il n’y trouve une continuité naturelle. Paradoxalement, la République elle-même encourage ainsi les communautarismes montants, tout en les dénonçant, en luttant contre l’antisémitisme et en défendant pied à pied la laïcité. Tant qu’une analyse sérieuse et dépassionnée ne sera pas faite de ce conflit – qui n’est pas un conflit colonial – la France continuera à avoir pour le moins une attitude jugée « schizophrénique » qui ne satisfait ni les uns ni les autres.
La connexion française / Michèle Sibony Plus on parle d’antisémitisme et plus il devient difficile de critiquer Israël. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on en parle. Au lien qui unit Israël aux Juifs du monde entier, entretenu par le sionisme au moyen de l’antisémitisme qui élargit le front du conflit, correspond une identification croissante des Arabes avec la Palestine. Dans le même temps, les fronts du conflit s’étendent et se divisent sur la planète, créant de nouveaux fronts en France, en Europe et ailleurs, et ce, d’une part par le biais de la connexion sionisme/antisémitisme et, de l’autre, par la globalisation de la menace arabe issue de l’idéologie du « choc des civilisations » véhiculée par le gouvernement américain. Ainsi, lutter contre le racisme sous toutes ses formes devrait constituer un impératif éthique et pragmatique, afin que ce combat reste ce qu’il est, un combat politique.
Omniprésence de la question coloniale / Denis Sieffert La société française réagit avec une extrême sensibilité, et souvent avec excès, aux événements du Proche-Orient et cela pour diverses raisons historiques. Les causes sociologiques et démographiques ne font aujourd’hui que renforcer la passion française pour la situation au Moyen-Orient. Les passions et les sensibilités proposent des interprétations de la situation opposées, et cela ne facilite pas une représentation fidèle de la réalité telle qu’elle est perçue par la communauté française dans son ensemble. Ni religieux ni ethnique, le conflit proche-oriental est politique. La question coloniale est bien sûr centrale, et les fragiles lueurs d’espoir qui nous viennent actuellement du Proche-Orient n’annonceront une issue enfin heureuse, y compris pour la société française, que lorsque la question de la décolonisation de la Cisjordanie sera explicitement à l’ordre du jour.
Combattre les racismes et leur manipulation / Dominique Vidal La France est confrontée, ces dernières années, à une montée préoccupante des actes de violence raciste : contre les Juifs, mais aussi contre les Arabes et les musulmans. Et, si l’antisémitisme en tant que courant politique est devenu marginal, le racisme anti-arabe et islamophobe s’appuie, lui, sur des préjugés largement répandus dans une partie de la population française. Raison de plus pour que chacun balaye devant sa porte et contribue à mobiliser, d’un même mouvement, contre tous les racismes. Communautariser la riposte, c’est en affaiblir la portée, l’ampleur et l’efficacité.
Les pièges de « l’antisémitisme par procuration » / Meïr Waintrater La montée de l’antisémitisme en France, tel que la montrent les derniers chiffres publiés par la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), n’est plus à démontrer. D’aucuns continuent toutefois à nier cette réalité pourtant alarmante. Cette dénégation est le résultat de la renaissance, en marge du conflit proche-oriental, d’un discours antijuif en France, qui s’illustre dans ce que Jean-Christophe Rufin appelle « l’antisémitisme par procuration ». Aussi est-il nécessaire de rappeler, concernant les limites du discours concernant Israël et les Juifs dans le conflit au Proche-Orient, que tout débat est légitime, à la seule condition que les arguments avancés portent sur ce que font les acteurs et non sur ce qu’ils sont supposés être.
Retour sur l’« affaire Enderlin » : guet-apens dans la guerre des images ou harcèlement dans la diffamation ? / Guillaume Weill-Raynal Le 30 septembre 2000, France 2 diffuse lors du journal télévisé de 20 heures un reportage élaboré par Charles Enderlin relatant la mort du petit Mohamed Al-Dura, tué par une balle perdue au cours d’affrontements entre Palestiniens et l’armée israélienne. Ces images, qui firent le tour du monde, marquèrent le début de la seconde Intifada, mais également le début d’une polémique autour de la véracité de cette information et son traitement par C. Enderlin. Les conséquences de cette « affaire » imposent de reprendre à nouveau les éléments, pourtant simples et limpides, d’une déplorable polémique que l’on pouvait croire abandonnée depuis octobre 2002.
Le paradoxe / Michel Wieviorka Pour des raisons historiques, religieuses et démographiques, la France est particulièrement sensible à tout ce qui se joue sur la scène proche-orientale. Outre la religion et l’histoire, il y a aussi la façon dont les passions et les intérêts internes à la société française se télescopent avec le conflit au Proche-Orient, laissant la place à des interprétations contradictoires, propres à la mondialisation, de la situation sur place. Ainsi, alors que souffle actuellement un vent de paix sur la région susceptible d’assouplir les postures les plus radicales, paradoxalement, le contexte social actuel en France et la crise des institutions de la République alimentent la radicalisation des discours et le raidissement de la société française.
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