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La Revue Internationale et Stratégique N°47
automne 2002

LE DOSSIER : La tentation d'exister, Etat d'une discipline en France

sous la direction de Nadège Ragaru et Robert Chaouad

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ENTRETIENS
Shmuel TRIGANO : Israël et la France face à la nation
Théo KLEIN : Le manifeste d'un juif libre

CONTROVERSE
Catherine SAMARY : Des privatisations forcées à la démocratie imposée : quels critères d'adhésion à l'Union européenne ?
David G. HAGLUND : Quelles frontières " naturelles " pour l'OTAN ?

TENDANCES
Françoise GASPARD : Les " droits de la femme " : construction d'un enjeu en relations internationales
Gérard DUSSOUY : Vers une géopolitique systémique
Georges LE GUELTE : La nouvelle posture nucléaire américaine : révolution dans les concepts stratégiques ?

DOSSIER : RELATIONS INTERNATIONALES. LA TENTATION D’EXISTER
Nadège RAGARU : L'état des relations internationales en France

La genèse d'une discipline
Marie-Claude SMOUTS (entretien) : Les relations internationales en France : regard sur une discipline
François CONSTANTIN : Les relations internationales dans le champ scientifique français ou les pesanteurs d'une lourde hérédité
Jean-Jacques ROCHE : L'enseignement des relations internationales en France : les aléas d'une " discipline-carrefour "
A. John R. GROOM : Les relations internationales en France : un regard d'outre-Manche

Vers une École française des relations internationales ?
Josepha LAROCHE : La mondialisation : lignes de force et objets de recherche
Philippe RYFMAN : Vers une " École française " d'analyse de l'humanitaire ?
Franck PETITEVILLE : L'Union européenne, acteur international " global " ? Un agenda de recherche
Georges MINK : La conversion de la " soviétologie " française après la disparition de son objet d'étude

EN LIBRAIRIE
Lecture critique
Marie-Emmanuelle POMMEROLLE : S’affranchir du « démon des origines »

Comptes rendus
Avec, notamment, Marc-Olivier PADIS, Philippe MARLIERE, François BURGAT, Michel ROGALSKI, Paul-Marie de LA GORCE, Pascal BONIFACE, Pierre CONESA, Marie de JERPHANION, Philippe HUGON

LES AUTEURS

RESUMES-ABSTRACTS

LES ACTIVITÉS DE L'IRIS
(avril, mai, juin 2002)


Catherine Samary :   Des privatisations forcées à la démocratie imposée : quels critères d’adhésion à l’Union européenne ?

L’élargissement de l’Europe vers l’Est ne résulte pas d’un processus de coopération, mais d’une démarche à sens unique selon laquelle les États candidats doivent s’aligner sur les exigences de l’Union européenne (UE). Une intégration des pays par « vagues » a, dans un premier temps, été préconisée. Des critères de sélection devaient permettre de déterminer les États qui formeraient la première vague. Or, en définitive, des considérations géostratégiques motivèrent le choix de l’UE. Au printemps 1999, la nécessité de stabiliser la situation dans les Balkans a conduit à l’abandon de la méthode d’adhésion par « vagues ». Le conseil d’Helsinki, de décembre 1999, a décidé d’engager des négociations avec l’ensemble des pays candidats et d’abandonner toute garantie concernant le calendrier de l’adhésion. Les pays de l’Europe de l’Est se sont engagés sur la voie d’une ouverture à la concurrence de leurs marchés afin de remplir les critères d’adhésion. Or, la faiblesse de leurs économies infirme l’efficacité supposée des préceptes libéraux. Néanmoins, l’UE continue à promouvoir ce modèle assimilant à tort démocratisation et privatisations.

David G. Haglund :   Quelles frontières « naturelles » pour l’OTAN ?

Le prochain sommet de l’Alliance, qui doit se tenir à Prague en novembre 2002, doit traiter de deux questions essentielles pour l’avenir de l’OTAN : son élargissement et la réduction des inégalités, au sein de l’Alliance, entre les capacités militaires des États-Unis et celles de leurs alliés. Mais, au-delà de l’adhésion de nouveaux membres, la question de la détermination des frontières de l’OTAN est intimement liée à l’évolution du statut de l’Alliance. Longtemps vouée à la défense collective de l’Europe occidentale face à la menace soviétique, l’OTAN – organisation régionale à vocation militaire – est-elle devenue une organisation à caractère politique, dont la mission principale est d’être un vecteur de l’extension de la démocratie, et dont le champ d’opération recouvre la planète entière ? La réponse dépendra de l’intérêt que les États-Unis voudront accorder à l’Alliance et à la consolidation du projet européen.

Françoise Gaspard :   Les « droits de la femme » : construction d’un enjeu en relations internationales

La constitution d’une « sous-commission de la condition de la femme » au sein des Nations unies a conduit à l’élaboration progressive de normes, visant à promouvoir les droits de la femme, et à la sensibilisation de la communauté internationale qui, désormais, intègre la dimension du genre dans ses conférences thématiques. Sa création et son œuvre sont, néanmoins, fortement contestées, ses pourfendeurs s’élevant contre ce droit « particulariste », y voyant une remise en cause du principe d’universalité des droits des personnes. Il leur est alors rétorqué que la « question des femmes » n’aurait jamais été intégrée dans les débats sans la création d’organismes spécifiques. Par ailleurs, la promotion de la femme a donné lieu à d’autres clivages, qui se sont constitués pendant la guerre froide autour des deux « blocs » et entre le Nord et le Sud. Depuis les années 1990, cette configuration du débat, qui représente un enjeu national dans de nombreux pays, a volé en éclats, et des dissensions sont apparues entre les pays traditionalistes et les États plus progressistes, notamment au sujet des « droits procréatifs ».

Gérard Dussouy :   Vers une géopolitique systémique

La confrontation désormais mondiale des intérêts, des valeurs, des symboles, des visions de l’Histoire et du devenir, que provoque la globalisation, entraîne une prise en considération de l’espace de vie dans toutes ses dimensions et avec toutes ses hétérogénéités. Surtout que celles-ci mettent régulièrement en échec les processus de régulation issus d’une conception trop uniforme et trop préconçue du monde. La multiplication du préfixe « géo » devant une série de substantifs, qui renvoient chacun à un champ d’activité, révèle simplement la nécessité, de plus en plus ressentie, d’intégrer toute la différenciation régionale et locale du mouvement d’unification du monde. Aussi, afin d’éviter l’inflation dudit préfixe, il serait préférable d’admettre, une fois pour toutes, que la géopolitique est systémique et, par conséquent, qu’elle englobe tous les champs concernés et interactifs.

Georges Le Guelte :   La nouvelle posture nucléaire américaine : révolution dans les concepts stratégiques ?

La fin de la guerre froide avait fait espérer que les États s’engageraient sur la voie du désarmement. Dans cette perspective, la dissuasion nucléaire, et donc l’équilibre des puissances, semblait dépassée. Mais, aujourd’hui, les États-Unis doivent faire face à de nouvelles menaces, et la nouvelle posture nucléaire, prônée par l’armée américaine, préconise une modernisation de l’arsenal nucléaire afin que le président puisse disposer d’une panoplie complète d’armes, devant lui permettre de dissuader toute tentative d’agression. Ce faisant, l’éventualité de l’utilisation de l’arme nucléaire se banalise et la dissuasion s’effrite. L’accord russo-américain, signé à Moscou, le 24 mai 2002, malgré les apparences d’un accord de désarmement, n’empêche pas les deux pays de continuer à développer leur arsenal. Ainsi, l’arsenal américain devrait conserver, pendant le siècle à venir, le niveau qu’il avait atteint à la fin de la guerre froide.

François Constantin :   Les relations internationales dans le champ scientifique français ou les pesanteurs d’une lourde hérédité

Les relations internationales ne constituent pas une science mais un objet d’étude dont l’analyse nécessite l’utilisation de concepts empruntés à l’ensemble des sciences sociales et humaines. Cette approche interdisciplinaire des relations internationales a longtemps été négligée par les traditions juridique, historique et économique qui s’approprièrent cet objet d’étude. Ces traditions ont privilégié la notion d’État, l’héritage européen ainsi qu’une vision élitaire des relations internationales, éludant tout un pan des relations internationales. De plus, elles ne sont pas suffisamment indépendantes de la pratique des relations internationales et fortement influencées par le contexte géopolitique, comme en témoigne la corrélation entre le statut international de l’État et la place accordée à l’étude des relations internationales. La constitution de groupes de travail pourrait mettre un terme à ce réductionnisme abusif. Néanmoins, le manque de crédits alloués à ce type de laboratoire est un frein à l’essor de cette approche des relations internationales

Jean-Jacques Roche :   L’enseignement des relations internationales en France : les aléas d’une « discipline-carrefour »

Considérée comme une « discipline-carrefour » au sein de la science politique, l’étude des relations internationales reste marginalisée en France. Cette marginalisation tient principalement à l’organisation de l’enseignement supérieur en France, et à la prédominance de la recherche et des revues anglo-saxonnes. Depuis les années 1960 et 1970, leur enseignement reste empreint des contributions d’universitaires français tels que Pierre Renouvin, Jean-Baptiste Duroselle, Marcel Merle et Raymond Aron. Profitant de cette dynamique, plusieurs initiatives ont, dans les années 1980, fait espérer une montée en puissance de la discipline. Cependant, celle-ci reste handicapée par l’absence d’un cursus disciplinaire cohérent et son exclusion des circuits de la décision politico-administrative. Ainsi, l’enseignement des relations internationales ne pourra s’épanouir qu’en s’appuyant sur la diversité qu’offre son interdisciplinarité.

A. John R. Groom :   Les relations internationales en France : un regard d’outre-Manche

Vues d’outre-Manche et avec le bénéfice occasionnel de quelques gros plans – par une participation à la vie académique française –, les relations internationales françaises paraissent riches, non seulement de promesses, mais aussi d’accomplissements. Elles traversent une phase de métamorphose où, de façon heureuse, les atouts traditionnels sont préservés, tandis qu’apparaissent de nouvelles dimensions organisationnelles et intellectuelles. Les relations internationales françaises ont toujours joui d’une excellente tradition d’étude de la politique étrangère. Aujourd’hui, celle-ci continue à se développer tout en incorporant à l’analyse des événements, des notions conceptuelles.

Josepha Laroche :   La mondialisation : lignes de force et objets de recherche

La mondialisation procède du dépassement du cadre étatique et de l’affaiblissement du politique par l’économique. Sous l’effet conjugué de la concurrence des opérateurs économiques et des nouveaux acteurs de la scène internationale (notamment les ONG et l’individu), l’État voit ses prérogatives de puissance publique remises en cause par des acteurs et des flux qui doivent leur impact à leur caractère résolument transnational. Comment, alors, réguler la mondialisation de l’économie de marché ? Le débat relatif à la gouvernance mondiale y répond, soulignant la coexistence d’un « droit mondial » et d’un « droit de la mondialisation ». À terme, l’harmonisation des systèmes de droit devrait permettre de réguler la mondialisation, et de la contrôler en la canalisant autour des enjeux que sont les « biens publics mondiaux ».

Philippe Ryfman :   Vers une « École française » d’analyse de l’humanitaire ?

Depuis une vingtaine d’années, l’humanitaire a suffisamment investi le débat public et social français, pour qu’on s’interroge aujourd’hui sur l’existence d’une « École française » d’analyse de l’humanitaire au sein de la discipline des relations internationales. Cette spécificité française s’apprécie au regard de trois évolutions. L’apport des chercheurs issus du monde de l’humanitaire a permis de mener une réflexion à partir de leurs expériences sur le terrain. Quant à elle, l’intégration progressive de la dimension humanitaire dans les théories et les analyses des relations internationales a souligné le rôle d’acteur des organisations non gouvernementales sur la scène internationale, et, ce faisant, on assiste à la naissance d’une sociologie de l’humanitaire. Enfin, le droit international a intégré l’humanitaire à travers le concept de droit d’ingérence. Pour autant, cette spécificité française n’en est qu’à ses balbutiements.

Franck Petiteville :   L’Union européenne, acteur international « global » ? Un agenda de recherche

L’Union européenne est-elle devenue un « acteur des relations internationales » ? L’action de l’UE sur la scène internationale recouvre trois types de politiques externes : la politique étrangère et de sécurité, la politique commerciale, et la coopération de l’UE avec les pays tiers. L’imbrication de ces modes d’action internationale de l’UE permet-elle alors de la qualifier d’« acteur » unique ? Au-delà d’une réflexion théorique qui se concentre sur quatre critères (la reconnaissance, l’autonomie décisionnelle, une autorité juridique à agir, et une cohésion de la gestion des relations extérieures), le débat porte également sur la capacité internationale effective de l’UE, envisagée sous trois approches. Ainsi, le concept d’« acteur global », certains parlent même de « puissance globale », tend à s’imposer dans la littérature internationale, et semble correspondre à l’extension du champ d’action internationale de l’Union européenne.

Georges Mink :   La conversion de la « soviétologie » française après la disparition de son objet d’étude

Pendant longtemps, la recherche française sur la Russie et l’Europe de l’Est s’est caractérisée par un penchant idéologique issu de la nature même du régime soviétique. Cependant, au cours des années 1960 et 1970, les préoccupations des chercheurs ont considérablement évolué sous l’effet d’un renouvellement générationnel, de l’accroissement de la transparence des pays d’Europe de l’Est, et de l’irruption des disciplines de sciences sociales, qui, au lieu de partir de la spécificité du terrain, ont appliqué au terrain leurs paradigmes et leurs approches propres. Ainsi, depuis les années 1980, le regard porté sur ces pays s’inspire de l’idée de la complexité, de la diversité, et de la nécessaire contextualisation des hypothèses. Par ailleurs, le démantèlement du bloc soviétique et l’ouverture des terrains d’observation ont poussé les autorités publiques à consentir à un effort financier sans précédent à l’étude de l’Europe centrale et orientale.


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