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LA REVUE INTERNATIONALE ET STRATEGIQUE
N°43 - Eté 2001

LE DOSSIER : Les relations internationales illicites


Sous la direction de Pierre Conesa
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ENTRETIEN
Xiaobo LU : L’avenir des relations sino-américaines
Anne NIVAT : L’information au cœur des enjeux politiques en Russie

DOSSIER
Les relations internationales illicites

Introduction
Pierre CONESA

Des produits et des activités de plus en plus variés
Alain LABROUSSE : Les ambiguïtés de la "guerre à la drogue "
Romain BERTRAND : L'affaire de la prise d'otages de Jolo : un exemple de criminalisation du politique en Asie du Sud-Est
Isabelle CORDONNIER : La piraterie en Asie du Sud-Est
Daniel KIFFER, Olivier MUTEZ : Les trafics de matières nucléaires
David MUGNIER : Les diamants et les relations internationales illicites

Le trafic financier
Jean-Pierre JOUYET : Les progrès de la régulation financière internationale : l'exemple de la lutte contre le blanchiment d'argent
Daniel DOMMEL : La corruption internationale au tournant du siècle
Jacky DARNE : Les ambiguïtés des politiques conduites par les États pour lutter contre les activités financières illicites

Les organisations et leurs sociétés
Anne-Gabrielle CASTAGNET : La mafia en Russie : un autre regard
Franck DEBIE : Les relations internationales illicites dans les Balkans occidentaux : État, criminalité et société
Cécile JOLLY : Les cercles vicieux de la corruption en Algérie

CONTROVERSE
Michel GALY : Nouvelles visions des conflits : une politologie des « mondes contemporains »
René OTAYEK : L'Afrique au prisme de l'ethnicité : perception française et actualité du débat

TENDANCES
Karim PAKZAD : Quelque dix ans après le retrait des troupes soviétiques : où en est l'Afghanistan ?
Philippe HUGON : L'économie des conflits en Afrique

EN LIBRAIRIE
Lecture critique
Georges LE GUELTE : La défense antimissile en question

Comptes rendus

LES AUTEURS

RESUMES-ABSTRACTS

LES ACTIVITÉS DE L'IRIS
(avril, mai, juin 2001)


Pierre Conesa :   Les relations internationales illicites

Les "relations internationales illicites" continuent de bouleverser le champ de la légalité et de la morale internationales. Aujourd'hui, le phénomène apparaît plus que jamais comme une composante majeure, source de troubles non négligeables, des relations internationales. D'entrée, la définition du sujet révèle la difficulté d'une approche globale. Les relations internationales illicites ne se limitent pas à la seule criminalité internationale, et la multiplicité des facteurs de développement rend le phénomène de plus en plus difficile à cerner. La fin de la guerre froide, la défaillance des structures étatiques de certains pays, l'émergence de nouveaux acteurs, l'apparition de " zones grises " contribuent à l'expansion de ce nouveau fléau. Et si les dangers qu'il représente pour l'équilibre mondial sont depuis longtemps avérés, il appartient désormais aux États de se mobiliser et d'œuvrer pour une véritable moralisation de l'ordre international.

Alain Labrousse :   Les ambiguïtés de la " guerre à la drogue "

La fin de la guerre froide a favorisé, d'une part, l'apparition de pseudo-États au sein desquels s'est institutionnalisée la corruption du politique par l'argent des narcotrafics. Elle a permis, d'autre part, le déclenchement de nouveaux conflits locaux et la mutation d'anciennes luttes en des guérillas sans idéologies aux ressorts mafieux. Leurs protagonistes, ne recevant plus de subsides de l'un des deux blocs, ont dû chercher des sources de financement dans des activités illégales, au premier rang desquelles, le trafic de drogue. De la Colombie à l'Afghanistan en passant par l'Angola ou le Kosovo, la drogue est un des éléments de la prolongation des conflits. Enfin la lutte contre les drogues est brouillée par les intérêts géopolitiques des États, au premier rang desquels les États-Unis, qui y voient le moyen de conserver leur contrôle sur le pré carré latino-américain. Par ailleurs, l'argument de la lutte anti-drogue est utilisé par beaucoup d'États pour discréditer leurs ennemis, tandis que la complaisance est de mise à l'égard de leurs alliés ou de leurs clients.

Romain Bertrand :   L'affaire de la prise d'otages de Jolo : un exemple de criminalisation du politique en Asie du Sud-Est

L'affaire de la prise d'otages de Jolo a mis au jour le système dans lequel s'inscrit la prolifération des " zones grises " en Asie. Champ d'investigation privilégié, le Sud-Est asiatique offre un terrain propice au développement d'une marginalité para-étatique. Dans un jeu complexe de miroirs et d'apparences, se dessinent des mouvements " hors-la-loi " en quête de visibilité. Et derrière une mystification politico-religieuse, seule la recherche des moyens nécessaires à leur survie semble inspirer l'action de ces groupements. Dès lors, pour s'attirer capitaux et légitimité, le discours transnational est opportunément brandi : c'est en tissant les liens d'une solidarité islamique transfrontalière, que le groupe Abu Sayyaf s'est affirmé. Jeu de dupes auquel chacun aime à se prendre, les États y trouvant aussi leur compte. Car c'est bien dans la porosité d'une structure étatique délétère que s'insinuent ces nouvelles formes d'illégalismes transnationaux.

Isabelle Cordonnier :   La piraterie en Asie du Sud-Est

En Asie du Sud-Est, la piraterie maritime constitue l'une des activités illicites transnationales les plus visibles. Pour enrayer son développement, acteurs privés, étatiques et organisations internationales s'efforcent de coopérer. L'entrée en vigueur, en décembre 1994, de la convention sur le droit de la mer de Montego Bay, illustre cependant les limites de cette coopération. En la matière, l'accumulation de règles et de structures ne suffit pas ; encore faut-il que les États aient les moyens et la volonté de participer. Et c'est ici que se révèle le caractère paradoxal de la situation, qui confie aux acteurs internationaux un rôle accru, alors que c'est en profitant d'un contexte géographique et géopolitique particulièrement trouble que la piraterie continue de se jouer des initiatives censées lui faire obstacle.

Daniel Kiffer, Olivier Mutez :   Les trafics de matières nucléaires

Bien que le trafic de matières radioactives ne soit pas un phénomène nouveau, l'éclatement de l'URSS et la multiplication des républiques indépendantes ont favorisé son essor. Les stocks nucléaires imposants des pays de l'ex-bloc soviétique représentent un risque pour la prolifération des matières fissiles, d'autant que les systèmes de contrôle étaient, au début des années 1990, lacunaires, voire inexistants, principalement dans les installations nucléaires civiles - des améliorations notables y ont été apportées grâce à l'aide de la communauté internationale. En outre, le manque de moyens financiers, la corruption et l'illusion d'un marché hypothétique à l'Ouest ont largement encouragé les tentatives de détournements de matières. Pourtant les statistiques montrent que les cas sont relativement peu nombreux et ne portent que sur de petites quantités. On peut dire que ce trafic se différencie des autres en ce sens qu'il est conduit par les pourvoyeurs eux-mêmes, et qu'il n'existe pas de véritable demande pour ces matières. Il est en également difficile d'identifier les acheteurs potentiels, souvent assimilés aux États qui ont une volonté nucléaire ou aux groupes terroristes. Il n'a pas été possible à ce jour d'apporter la preuve directe de leur implication. Toutefois, il convient de rester vigilant car le petit nombre de cas répertoriés à ce jour n'indique en rien qu'il n'existe pas un trafic à plus grande échelle et mieux organisé qui aurait échappé à la vigilance internationale.

David Mugnier :   Les diamants et les relations internationales illicites

Dans plusieurs régions d'Afrique, la crise économique et le délitement des États rentiers hérités de la colonisation ont entraîné l'apparition de pouvoirs personnels assis sur le contrôle du diamant. Les sites diamantifères, longtemps restés hors du champ des relations internationales, se retrouvent ainsi au centre des enjeux de pouvoir locaux et deviennent dans les régions en guerre autant un objectif militaire qu'une des causes de l'entretien des conflits. Les tentatives faites par la communauté internationale pour mettre un terme à ce phénomène ont des effets encore limités car elles se heurtent à la puissance des réseaux mondialisés qui savent profiter des déficiences dont souffre encore les mécanismes de régulation de la mondialisation.

Jean-Pierre Jouyet :   Les progrès de la régulation financière internationale : l'exemple de la lutte contre le blanchiment d'argent

Confrontée au phénomène répandu du blanchiment d'argent, la régulation financière internationale apparaît de plus en plus comme une nécessité. Partant de ce constat, un groupe de travail multilatéral, le Groupe d'action financière contre le blanchiment (GAFI), épaulé par la communauté internationale à travers l'action du G 7 et de l'Union européenne sous présidence française, s'est engagé dans une initiative spectaculaire : contribuer à la création de dynamiques incitatives à un plus large respect des codes et standards internationaux en matière de lutte contre le blanchiment. C'est par la voie de l'intégration financière que le GAFI entend mettre un terme aux pratiques de surenchère de la sous-régulation, auxquelles se livrent plusieurs États, véritables places financières off shore. L'action résolue du GAFI, à travers la publication d'une liste " noire " des pays non coopératifs, semble porter ses fruits. Et si les premiers acquis restent fragiles, le mouvement, lui, est bel et bien lancé.

Daniel Dommel :   La corruption internationale au tournant du siècle

Conçue à l'origine comme un moyen de gagner des marchés à l'étranger, la corruption internationale est devenue depuis une trentaine d'années un problème essentiel dans les relations commerciales internationales. Elle est d'abord un handicap au développement des pays les plus pauvres, en accroissant leur endettement, lorsque leurs dirigeants commandent aux entreprises occidentales des réalisations surdimensionnées ou inutiles, dans le seul but d'obtenir des pots-de-vin. Mais la corruption internationale atteint aussi les pays développés. Facteur profondément déstabilisant pour la démocratie, elle fait l'objet depuis quelques années d'une attention croissante de la part des organisations internationales ; malgré des avancées significatives et la signature de conventions interétatiques, il convient de rester vigilant face à la frilosité des gouvernements.

Jacky Darne :   Les ambiguïtés des politiques conduites par les États pour lutter contre les activités financières illicites

La libéralisation des mouvements de capitaux et l'internationalisation du commerce se sont accompagnées d'une mutation des activités financières illicites, qui ont vu leurs profits et leur rapidité s'accroître, tandis que leurs débouchés s'élargissaient. Face à leurs opinions publiques et dans le but déclaré de lutter efficacement contre ces pratiques, les États ont été contraints de mettre en place, dans le cadre des organisations internationales, des systèmes de surveillance et des codes de conduite. Mais ces dispositions de lutte contre l'argent sale ont été souvent prises de mauvais gré et de façon totalement hypocrite : les États les plus puissants voient dans ces engagements des désavantages dont risquent de profiter leurs concurrents pour conquérir des marchés en dissimulant plus habilement les pratiques habituelles de corruption, alors que les États blanchisseurs ou criminels trouvent dans les transactions illicites une part importante de leurs revenus. Au final, les principales victimes de ces activités sont les populations des États les plus faibles.

Anne-Gabrielle Castagnet :   La mafia en Russie : un autre regard

La Russie demeure, pour nombre d'observateurs, un pays mystérieux envers lequel on ne peut nourrir que de la méfiance : à la crainte d'une déferlante communiste a succédé celle d'une invasion mafieuse. Sans minimiser un phénomène reconnu, il convient toutefois de le replacer dans son contexte de transition. La singularité de la mafia russe tient à ses liens avec le pouvoir politique dont elle a su tirer profit pour s'émanciper et au rapport bien particulier de la société russe à l'illégalité et à la criminalité. Elle tient également à la place accordée à la corruption, véritable " colonne vertébrale " du système mafieux russe, qui n'est pas apparue avec la chute de l'empire mais en a toujours fait partie. Elle tient enfin à la difficulté d'appréciation de ses activités qui ne relèvent pas tant de la transgression de normes que de l'absence de norme.

Franck Debié :   Les relations internationales illicites dans les Balkans occidentaux : État, criminalité et société

Nées de la guerre et de la fermeture des frontières au cours de la dernière décennie, les relations internationales illicites dans les Balkans ont été dictées par l'impératif de la raison d'État, par-delà la corruption et les mafias. Les plus grandes puissances se sont engagées dans ces relations illicites à la suite des États balkaniques qui les employaient, sans autre forme de culpabilité, comme des instruments sophistiqués d'influence stratégique, capables de fidéliser quelque temps de puissantes clientèles. Les relations internationales illicites ont démontré leur nature profondément politique, mais aussi leur logique propre : la prolifération rapide de l'illégalité internationale et le discrédit du droit international. Les régimes se sont lancés dans une politique de contournement de leur propre réglementation et de leurs frontières, de discrédit de leurs engagements internationaux, donnant naissance, non à des États mafieux, mais à des entités para-étatiques sans règles fermes, sans foi ni loi au sein de la société des États.

Cécile Jolly :   Les cercles vicieux de la corruption en Algérie

Il semble désormais impossible de porter un regard sur l'Algérie sans y déceler les symptômes d'une société en proie à la corruption. Des articles de la presse algérienne et internationale viennent régulièrement mettre en évidence la pérennité du phénomène. Recherche de rentes économiques autant qu'arme politique, la corruption a su profiter des carences institutionnelles du pays et d'une transition difficile à l'économie de marché pour se généralise tout au long de l'échelle sociale. Plus grave, le phénomène s'enracine dans la structure même de l'appareil d'État, conduisant les nouveaux acteurs économiques et politiques à se plier aux règles du clientélisme et de la gestion patrimoniale des biens publics. Mais le contexte de guerre civile et d'appauvrissement qui frappe la population pourrait remettre en cause les racines d'un système devenu à son tour corrupteur. Plus que jamais, en Algérie, l'heure est à la crise.

Michel Galy :   Nouvelles visions des conflits : une politologie des " mondes contemporains "

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la multiplication des conflits a conduit politologues et analystes à repenser le phénomène guerrier. L'entreprise, qui consistait autrefois à rationaliser la violence pour mieux en maîtriser les manifestations, trouve aujourd'hui ses limites dans l'émergence de nouvelles formes de conflictualité. La notion même de guerre est alors battue en brèche par l'apparition - en Afrique, notamment - d'une violence " hors cadre ", souvent issue de la déconstruction des structures étatiques les plus fragiles. Face à cette violence non maîtrisée, et surtout non rationalisée, de nouvelles théories s'efforcent de reconsidérer la conflictualité, sans pour autant s'affranchir d'une démarche explicative globalisante. À l'heure où tant de bouleversements augurent l'apparition d'une nouvelle epistemê, c'est la perception même de la conflictualité qui mérite d'être réexaminée.

René Otayek :   L'Afrique au prisme de l'ethnicité : perception française et actualité du débat

L'ethnicité est fréquemment perçue de manière négative en France alors que la nation y est très positivement connotée. L'une renverrait aux liens de culture et de sang alors que l'autre serait une communauté imaginée fondée sur le lien politique et le contrat social. Cette perception de l'ethnicité a décisivement informé la politique coloniale de la France comme construction du rapport à l'Autre et détermine encore sa manière de se représenter l'Afrique. Mais l'ethnicité est-elle l'unique grille de lecture du politique en Afrique et explique-t-elle tout ? Son analyse peut-elle être dissociée des autres dynamiques qui " travaillent " les sociétés africaines ? Comment interpréter sa récurrence dans les situations de changement politique que connaît le continent depuis une dizaine d'années ? Au rebours de toute diabolisation, on peut faire l'hypothèse que l'ethnicité peut être un mode légitime de participation politique et d'accès à l'espace public. Autrement dit, sa prégnance ne serait pas forcément incompatible avec l'enracinement de la démocratie, comme idée et système politique.

Karim Pakzad :   Quelque dix ans après le retrait des troupes soviétiques : où en est l'Afghanistan ?

Apparemment absurde, la guerre civile qui ravage l'Afghanistan depuis le retrait des troupes soviétiques est en fait un nœud essentiel des conflits ethniques, religieux et géopolitiques de la région. L'arrivée au pouvoir à Kaboul des talibans, étudiants sunnites pachtouns, rend compte de la réussite d'un projet pakistanais ancien, qui consistait à faire imploser le nationalisme afghan en appuyant les extrémismes religieux, afin de ruiner son programme d'unification des territoires pachtouns, qui menaçait depuis 1947 les frontières du Pakistan. La rencontre au milieu des années 1990 des intérêts pakistanais avec ceux des États-Unis et de l'Arabie Saoudite s'est faite par convoitise des richesses naturelles de l'Asie centrale, et contre les influences croisées de l'Iran chiite et de la Russie post-soviétique. Mais face à la menace du terrorisme international, les États-Unis commencent à réviser leur politique dans la région.

Philippe Hugon :   L'économie des conflits en Afrique

La multiplicité et la perpétuation des conflits en Afrique découragent souvent les tentatives de compréhension du processus conflictuel et de son éventuelle spécificité africaine. Une approche pluridisciplinaire révèle cependant une série de facteurs qui permettent de mieux apprécier les manifestations endémiques de la conflictualité africaine. L'étude de ces différents facteurs ne suffit pas à apporter une explication de la nature de ce processus. C'est en proposant de lui appliquer trois théories économiques, avec ce que cette approche comporte d'arbitraire par la construction de systèmes rationnels, que l'on s'éloigne des manifestations pour appréhender la nature même de la conflictualité. L'introduction, dans l'étude systémique, de nouveaux paramètres d'incertitude favorise encore l'analyse. Dès lors, les modèles produisent leurs effets, les conséquences peuvent être étudiées, et certaines orientations proposées, qui permettent une meilleure prévention des conflits.


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